jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200936 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | BOYLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 mars 2022, et un mémoire, enregistré le 3 juillet 2022, M. D A, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :
1°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et, d'autre part, l'arrêté du 28 février 2022 par lequel le préfet de l'Eure l'a assigné à résidence pendant la durée de six mois dans le département de l'Eure ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois, sous astreinte journalière de 155 euros et de lui enjoindre de restituer ses documents d'identité et de voyage ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur auteur ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- l'arrêté méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- le refus de départ volontaire méconnaît le 2 de l'article 7 de la directive dite Retour ;
- le refus de départ volontaire ne tient pas compte de ses relations avec sa fille et des soins que nécessite en France sa pathologie mentale ;
- le préfet s'est mépris sur la gravité de la menace pour l'ordre public ;
- sa demande aurait dû être instruite comme une demande d'admission en qualité d'étranger malade ;
- l'arrêté méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français de deux années est contraire aux dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et apparaît injustifiée et disproportionnée ;
- l'assignation à résidence méconnaît les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'assignation à résidence est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté méconnaît la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 23 mars 2022 admettant M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 22 juin 2022 fixant la clôture de l'instruction au 4 juillet 2022 à 12 h ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites le 3 août 2022 pour M. A.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique ont été entendus :
- le rapport de M. Minne, président de chambre,
- et les observations de Me Boyle, pour M. A.
Connaissance prise des pièces produites le 5 septembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien, affirme être entré en France au cours de l'année 2000 alors qu'il était mineur. Le 12 mai 2021, il a demandé la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la vie privée et familiale ainsi que sa régularisation pour motif exceptionnel. Par les deux arrêtés du 28 février 2022 attaqués, le préfet de l'Eure a, d'une part, refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de six mois.
2. En premier lieu les deux arrêtés attaqués ont été pris par M. B C, préfet de l'Eure, qui n'avait à pas justifier d'une délégation de signature. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de ces actes doit être écarté.
3. En deuxième lieu, et d'abord, l'arrêté du 28 février 2022 cite les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à la réserve de la menace pour l'ordre public que le préfet a opposée au requérant. Ensuite, l'arrêté énonce les motifs, pour l'essentiel tirés de la teneur de condamnations pénales, retenus pour caractériser la menace pour l'ordre public. Ainsi, le refus de séjour comporte les considérations de droit et de fait constituant son fondement et la mesure d'obligation de quitter le territoire français est, par voie de conséquence, elle-même suffisamment motivée. Par ailleurs, l'arrêté, en tant qu'il fixe le pays de destination mentionne la nationalité de l'intéressé et énonce qu'il n'est pas exposé à des traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De plus, le même arrêté rappelle les dispositions des articles L. 611-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comporte les éléments de fait justifiant l'absence de délai de départ volontaire imparti à M. A pour se conformer à l'obligation de quitter le territoire français. En outre, l'arrêté en cause rappelle les termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et contient une analyse des critères utiles à la détermination de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée. Enfin, le second arrêté du 28 février 2022 attaqué rappelle les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comporte les considérations de fait, propres à la situation du requérant, justifiant son assignation à résidence de longue durée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation dirigé contre l'ensemble des décisions attaquées doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire () peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 9 février 2007 à une peine de réclusion de 7 ans pour viol en réunion, le 20 décembre 2012 à 5 mois d'emprisonnement pour outrage et violences, le 7 mars 2013 à une peine d'amende pour usage illicite de stupéfiants, le 28 août 2013 à une peine d'emprisonnement d'1 mois avec sursis pour non-justification de son adresse dans le fichier automatisé des auteurs d'infractions sexuelles, le 8 octobre 2013 à une peine de 4 mois d'emprisonnement pour outrage et rébellion, le 21 mai 2014 à une peine d'1 an et 6 mois d'emprisonnement pour violence aggravée et le 11 mars 2016 à une peine d'1 an et 6 mois, dont 6 mois avec sursis pour, notamment, agression sexuelle par personne en état d'ivresse manifeste et violence avec usage ou menace d'une arme en récidive. S'il est vrai que certains de ces faits revêtent un caractère ancien et ont d'ailleurs été commis alors que M. A était mineur, leur gravité, qui a conduit à des peines successives d'emprisonnement, et leur répétition jusqu'en 2016 leur confèrent la nature d'agissements constituant une menace pour l'ordre public. En ayant fondé le refus de séjour sur ce motif, le préfet de l'Eure n'a pas inexactement qualifié les faits en question et n'a donc pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En quatrième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "
7. Si les périodes d'incarcération ne sont pas de nature à remettre en cause la continuité de la résidence habituelle en France de l'intéressé, elles ne peuvent être prises en compte dans le calcul de la durée de résidence. Ainsi, la période totale de 8 ans et 11 mois que M. A déclare lui-même avoir passée en maison d'arrêt ou centre de détention doit être soustraite de la période retenue pour la durée de dix ans prévue par les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aucune preuve d'une quelconque présence en France n'est apportée au titre des années 2000 à 2004, période précédant le premier mandat de dépôt du 14 février 2005. La circonstance que la fiche pénale produite en défense mentionne que le niveau d'instruction de M. A est " collège avant la troisième " ne suffit pas à justifier de sa présence sur le territoire français jusqu'à sa première incarcération intervenue en 2005. La justification d'une présence tangible n'est apportée qu'en ce qui concerne l'année 2013 par la production d'un titre professionnel d'agent de propreté et d'hygiène. Dans ces conditions, M. A ne démontre pas le caractère habituel de sa résidence en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Par suite, le préfet de l'Eure n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de prendre le refus de séjour.
8. En cinquième lieu, les dispositions de l'article L. 423-23 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne trouvent à s'appliquer que sous réserve de celles, précitées, de l'article L. 432-1 relatives à la menace que représente l'étranger pour l'ordre public. Compte tenu de ce qui est dit au point 4, le préfet n'était pas tenu d'examiner les conditions prévues par les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En sixième lieu, M. A n'a pas formé de demande d'admission au séjour en qualité d'étranger malade. La production, au tribunal, d'une attestation de venue établie le 16 février 2022 mentionnant quatre consultations au Nouvel hôpital de Navarre au cours de l'année 2021, dont une effectuée à distance, sans précision de diagnostic, ni d'indication, n'est pas de nature à considérer que le préfet était tenu d'instruire une demande de titre de séjour pour raison de santé.
10. En septième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, pour les motifs énoncés aux points 4 et 5, le préfet était fondé à faire application du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vertu duquel, par dérogation à l'article L. 612-1, le délai de départ volontaire peut être refusé lorsque le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public, étant précisé que la possibilité de refuser un délai de départ volontaire ne contrevient à aucun des objectifs définis par la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier.
11. En huitième lieu, si M. A se prévaut de la présence en France de sa fille, née le 24 octobre 2021 et qu'il avait reconnue avant la naissance, il ne justifie pas, par la production d'une attestation de la mère de l'enfant qui ne contient aucune précision en ce qui concerne la contribution effective du père, subvenir d'une quelconque manière à son entretien et à son éducation. A la date des arrêtés en litige, il ne partage pas la vie de la mère, laquelle demeure dans un département distinct. Le requérant ne justifie d'aucune autre attache familiale significative en France. Les justifications d'un travail salarié sont limitées à une mission d'un peu plus d'un mois dans une entreprise de nettoyage en 2020 et il est hébergé dans un centre associatif. Dans ces conditions, et malgré la durée de présence importante de l'intéressé en France, en ayant fixé à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français qu'il était tenu de prendre, le préfet de l'Eure n'a pas fait une appréciation erronée des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui imposent de prendre en considération la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
12. En neuvième lieu, pour les motifs qui précèdent, notamment des points 5 et 11, le principe de l'assignation à résidence, qui consiste seulement à restreindre le droit de M. A de se déplacer dans le département de l'Eure, la durée de cette mesure de police et les modalités du pointage imposées ne portent pas une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. En dixième lieu, l'assignation à résidence attaquée ne constitue pas un traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
14. En dernier lieu, pour le motif énoncé au point 11, aucune des décisions contenues dans les arrêtés attaqués ne porte à l'intérêt supérieur de l'enfant de M. A une atteinte prohibée par les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 28 février 2022 par lesquels le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pendant la durée de six mois. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me David Boyle et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Minne président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
P. MINNEL'assesseur le plus ancien,
T. DEFLINNE
Le greffier,
N. BOULAY
N°2200936
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026