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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200963

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200963

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantSCP MORIVAL AMISSE MABIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mars 2022, M. A C, représenté par la SCP Morival Amisse Mabire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de ce jugement, le tout sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens ainsi qu'une somme de 2 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement saisi la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision lui octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 23 mars 2022 par laquelle M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 22 juin 2022 fixant la clôture de l'instruction au 4 juillet 2022 ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. C, enregistrées le 11 mars 2022.

Des pièces complémentaires produites par M. C, enregistrées le 2 septembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'ont pas été communiquées.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Amisse, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 4 avril 1991, déclare être entré sur le territoire français le 1er septembre 2004. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance le 19 juin 2007 puis a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour jusqu'au 23 septembre 2011. Par un arrêté du 3 juillet 2018, contre lequel le recours de M. C a été rejeté par le tribunal administratif de Montpellier le 4 décembre 2018, le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit le retour pour une durée d'un an. Par un arrêté du 3 février 2020, dont la légalité n'a pas été remise en cause par la juridiction administrative, le préfet de l'Hérault l'a à nouveau obligé à quitter le territoire. Le 27 août 2021, M. C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français. Par l'arrêté du 8 février 2022 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté n° 21-108 du 21 décembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime du 24 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. D B, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions relevant de sa direction, au nombre desquelles figurent notamment les décisions de refus de séjour, les décisions d'éloignement des étrangers ainsi que celles fixant le délai de départ volontaire pour leur exécution et les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Si cette délégation ne vise pas expressément les décisions fixant le pays de destination, l'adoption des mesures d'éloignement implique nécessairement la détermination du pays à destination duquel l'étranger pourra être éloigné d'office en cas d'inexécution de celle-ci, si bien que M. D B doit être regardé comme ayant également reçu délégation à l'effet de signer ces décisions. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doivent être écartés.

Sur le refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () "

4. Si M. C soutient que le préfet aurait été tenu de saisir la commission du titre de séjour préalablement au refus qui lui a été opposé, il ne ressort pas des pièces du dossier ni même n'est sérieusement allégué par le requérant qu'il aurait présenté une demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que le préfet aurait d'office examiné sa demande sur ce fondement. Le préfet de la Seine-Maritime n'était dès lors pas tenu de saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

6. M. C, dont il n'est pas contesté qu'il est marié à une ressortissante française depuis le 7 août 2021, soutient qu'il doit être regardé comme remplissant la condition d'entrée régulière sur le territoire dès lors qu'il y est entré mineur, avec son père, et qu'il figurait alors sur le passeport de ce dernier en qualité d'enfant accompagnant. Il ne résulte toutefois d'aucune disposition ni d'aucun principe général que les étrangers mineurs seraient dispensés de l'obligation de disposer d'un visa afin d'entrer régulièrement sur le territoire, ni que la seule mention dont se prévaut le requérant suffirait à faire regarder son entrée comme régulière. Le préfet de la Seine-Maritime était dès lors fondé, pour ce seul motif, à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. M. C, qui peut être regardé comme étant entré sur le territoire français à l'âge de treize ans, entre la fin de l'année 2004 et le début de l'année 2005, y a d'abord séjourné auprès de membres de sa famille, avant d'être confié aux services de l'aide sociale à l'enfance le 19 juin 2007. Il est devenu père, en 2012, d'un enfant dont il soutient sans l'établir qu'il aurait la nationalité française. En tout état de cause, il n'apporte aucun élément permettant d'apprécier la nature et l'intensité de ses liens avec cet enfant, à l'éducation et à l'entretien duquel il ne participe pas, qui vivrait à Toulouse avec sa mère. En se bornant à affirmer que cette dernière l'empêcherait de voir son fils sans justifier avoir entrepris des démarches pour surmonter cet obstacle, il n'établit pas être dans l'impossibilité d'entretenir une relation avec l'enfant. Le préfet fait par ailleurs valoir sans être contredit que M. C a été condamné par le tribunal correctionnel de Montpellier, le 27 juin 2018, à neuf mois d'emprisonnement dont trois mois avec sursis, pour des faits de violence commis sur sa concubine d'alors. Le 7 août 2021, il a épousé une ressortissante française, avec qui il déclare vivre depuis le 14 septembre 2020. Cependant, si le requérant se prévaut d'une attestation établie par son épouse et lui-même, ainsi que d'attestations peu circonstanciées de proches, établies postérieurement à l'arrêté attaqué, afin d'attester de l'ancienneté de leur relation, la vie commune, attestée par le mariage, est en réalité très récente à la date de la décision litigieuse. Par ailleurs, cette situation s'est constituée alors que M. C avait déjà fait l'objet, le 3 juillet 2018 et le 3 février 2020, d'obligations de quitter le territoire français, qu'il n'a pas exécutées. Au surplus, il ressort du procès-verbal d'audition par les services de police de Rouen du 11 mai 2021 que l'intéressé a déclaré que son épouse envisageait de vivre avec lui dans son pays d'origine s'il n'était pas en mesure de régulariser son séjour. En outre, si le requérant se prévaut de son insertion professionnelle, les seuls éléments qu'il fait valoir datent de l'année 2010 et n'établissent l'exercice d'une activité professionnelle durant un mois et une semaine seulement. Enfin, si M. C soutient qu'il dispose en France de son père et de sa grand-mère, il ne l'établit nullement alors, par ailleurs, qu'il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance à l'âge de seize ans au motif qu'il n'était pas pris en charge par ces membres de sa famille. Dans ces conditions, en dépit du jeune âge du requérant lors de son entrée sur le territoire et de la durée significative de son séjour, le préfet de la Seine-Maritime, qui s'est déterminé au regard de faits qui ne sont pas matériellement inexacts, n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour, eu égard aux buts poursuivis par cette décision. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; "

11. Ainsi qu'il a été dit aux points 1 et 8, M. C peut être regardé comme étant entré sur le territoire à l'âge de treize ans révolus, celui-ci n'établissant sa présence sur le territoire qu'à compter d'une période couvrant l'année scolaire 2004-2005 et déclarant lui-même n'être présent en France que depuis le 1er septembre 2004. Dès lors, à supposer qu'il justifie d'une résidence habituelle sur le territoire depuis cette date, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir du bénéfice des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen, dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () " Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire () " Aux termes enfin de l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont motivées. "

15. Il résulte de ces dispositions que si tout refus de délai de départ volontaire doit être motivé, la décision par laquelle le préfet accorde à un étranger un délai de départ volontaire de trente jours, délai de droit commun, ou un délai supérieur, n'a pas à faire l'objet d'une motivation particulière. M. C ne peut donc utilement soutenir que la décision attaquée, fixant son délai de départ volontaire à trente jours, ne serait pas motivée.

Sur la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, il résulte des points 9 à 12 que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

17. En deuxième lieu, en indiquant que M. C serait éloigné d'office, en cas d'inexécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible, a mis l'intéressé à même de comprendre les motifs de droit et de fait ayant conduit à l'adoption de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

18. En dernier lieu, si M. C soutient que la décision fixant le pays de destination porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, une telle atteinte est susceptible de résulter, en tant que telle, non pas de cette décision, mais de celle portant obligation de quitter le territoire. Le requérant ne fait par ailleurs état d'aucun argument de nature à faire regarder le choix du Maroc, pays dont il a la nationalité, comme susceptible de porter une atteinte, en tant que tel, à sa vie privée et familiale, alors qu'il a lui-même déclaré que son épouse était disposée à y vivre avec lui. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, il résulte des points 9 à 12 que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

20. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que la situation familiale de M. C, à savoir son mariage à une ressortissante française, s'est constituée récemment à la date de l'arrêté attaqué. Il ne fait par ailleurs état d'aucune autre attache d'une intensité particulière sur le territoire français, en dépit de la durée de séjour dont il se prévaut. Il a également fait l'objet de deux précédentes obligations de quitter le territoire qu'il n'a pas exécutées. Dans ces conditions, même si M. C ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée de trois mois. Le préfet n'a pas non plus, par cette décision, porté à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 février 2022, par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la SCP Morival Amisse Mabire et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le rapporteur,

A. LE VAILLANT

Le président,

P. MINNELe greffier,

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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