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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2200972

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2200972

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2200972
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantBERRADIA NEJLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mars 2022, et un mémoire, enregistré le 2 juillet 2022, M. A, se disant Amara Sidibe, représenté par Me Berradia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Le requérant soutient que :

* Le refus de séjour :

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'une erreur de fait dès lors que le préfet considère à tort qu'il ne justifie pas de son état civil ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet a examiné sa situation sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

* L'obligation de quitter le territoire français :

- est illégale dès lors qu'elle repose sur un refus de titre de séjour illégal ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 juin 2022 et le 07 juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

- la décision du 23 février 2022 admettant l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 4 juillet 2022 fixant la clôture de l'instruction au 18 juillet 2022 à 12 h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-malien du 26 septembre 1994 relatif à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Minne, président de chambre,

- et les observations de Me Berradia, pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant Sidibe est entré irrégulièrement en France le 30 août 2018 et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Seine-Maritime par jugement du 7 décembre 2018. Il a demandé la régularisation de sa situation administrative sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, repris à l'article L. 435-3, relatif aux jeunes majeurs ayant été placés à l'aide sociale à l'enfance entre 16 et 18 ans. Le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande par l'arrêté du 10 janvier 2022 attaqué.

2. En premier lieu, l'arrêté préfectoral en litige vise les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à l'intéressé. L'arrêté énonce les motifs de fait propres à sa situation familiale et personnelle. Par suite, la décision de refus de séjour, qui comporte les considérations de droit et de fait constituant son fondement, est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiant de son état civil ; 2° Les documents justifiant de sa nationalité ; () " Aux termes de l'article L. 811-2 de ce code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. " Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées de ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toute vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. "

4. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des énonciations du rapport d'analyse technique de l'acte de naissance rendu par la police aux frontières le 12 juillet 2021 que la mention pré-imprimée " l'officier de l'état civil " comporte une faute qui la transforme en " offier de l'état civil ", que sa numérotation est absente, qu'il a été établi par un 2e adjoint en principe compétent pour officier dans les centres secondaires alors que l'acte émane d'un centre principal, que les coordonnées de l'imprimeur n'apparaissent pas en marge et, surtout, que le timbre humide apposé pour l'authentifier comporte une faute à " Mali ". En ayant estimé ce document falsifié par, notamment, apposition d'un timbre contrefait, et comme ne permettant pas de déterminer l'identité et l'âge du requérant, et donc son droit à bénéficier des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

6. En troisième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté en litige que le préfet de la Seine-Maritime a examiné l'admission au séjour sur le seul fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet aurait examiné l'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se serait mépris dans l'application de ce texte.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que le requérant était inscrit en CAP " Maçonnerie ", travaillait dans le cadre d'un contrat d'apprentissage au sein de la Compagnie Clèroise de Maçonnerie depuis le 1er juillet 2020 à la satisfaction de son employeur et a fait l'objet d'une appréciation favorable lors du suivi social effectué par un éducateur. Toutefois, eu égard à l'incertitude qui entoure l'âge auquel l'intéressé est entré sur le territoire et donc sur la nature et l'intensité de ses liens avec son pays d'origine, il n'est pas établi que le préfet ait entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En dernier lieu, l'obligation de quitter le territoire français attaquée repose sur un refus de séjour légal, ainsi qu'il résulte des points 2 à 7, et n'est, pour les motifs énoncés au point 7, pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Amara Sidibe, à Me Nejla Berradia et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,

H. JEANMOUGIN

Le greffier,

N. BOULAY

N°2200972

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