jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200974 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | FIDAL BOISGUILLAUME |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 7 mars 2022 sous le n°2200974, la société Brouettes Distribution Rapides (ci-après BDR), représentée par la SELAS Fidal, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 3 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé la suspension de la mise sur le marché des lève-plaques SR 602(L), le retrait et le rappel de ces produits auprès des consommateurs ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'arrêté du 3 janvier 2022 :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivé ;
- méconnaît les articles L. 521-7 et L. 521-12 du code de la consommation ;
- est entaché d'erreur de droit, d'erreur d'appréciation et d'erreur de qualification juridique des faits au regard de l'article L. 521-7 du code de la consommation et de l'article R. 4312-1 du code du travail et son annexe, dès lors que la machine SR 602(L) ne présente pas de danger pour l'utilisateur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 15 juillet 2022 sous le n° 2202920, la société BDR, représentée par la SELAS Fidal, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé la suspension de la mise sur le marché des lèves-plaques SR 602, le retrait et le rappel de ces produits auprès des consommateurs ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soulève les mêmes moyens que ceux de la requête n°2200974 et soutient en outre que le modèle SR 602 est équipé d'un compensateur qui est de nature à limiter les risques pour l'utilisateur dans l'hypothèse d'une descente brutale de charge.
Par mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête pour les mêmes motifs que ceux exposés sous le n° 2200974. Il fait valoir, en outre, que le compensateur présent sur le modèle SR 602 a été pris en compte par le laboratoire dans son analyse du 25 avril 2022 relative au SR 602 et est assimilable à un frein à friction.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la directive 2006/42/CE du Parlement européen et du Conseil du 17 mai 2006 relative aux machines ;
- le code de la consommation ;
- le code du travail ;
- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique:
- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;
- et les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. À la suite d'un contrôle diligenté par la direction de la protection des populations de la Seine-Maritime au sein de l'entreprise BDR, qui a pour activité l'importation et la distribution de matériel de bricolage et de jardinage, une machine " lève-plaques ", permettant l'élévation de plaques ou panneaux, référencée SR-602(L) a été soumise à l'analyse du service commun des laboratoires (SCL) de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes et de direction générale des douanes et droits indirects. Dans son rapport du 19 novembre 2021, le laboratoire a conclu à la dangerosité du produit pour l'utilisateur. Par un arrêté du 3 janvier 2022, le préfet de la Seine-Maritime a ordonné la suspension de la mise sur le marché, le retrait et le rappel des lève-plaques de référence SR-602(L) importés par la société BDR.
2. À la suite de cet arrêté, l'administration a identifié un autre modèle de lève-plaques, référencé SR-602, également importé par la société BDR auprès du même fournisseur chinois antérieurement à l'importation des modèles SR-602(L), et présentant des caractéristiques similaires. Un modèle de lève-plaques SR-602 a été prélevé chez la société BDR et analysé par le service commun des laboratoires précité. Dans son rapport du 25 avril 2022, ce laboratoire a conclu à la non-conformité et à la dangerosité du lève-plaques SR-602. À la suite d'une nouvelle procédure contradictoire préalable, le préfet de la Seine-Maritime a ordonné, par un arrêté du 19 mai 2022 la suspension de la mise sur le marché, le retrait et le rappel des lève-plaques référencés SR-602 en application de l'article L. 521-7 du code de la consommation. La société BDR demande l'annulation des arrêtés du 3 janvier et du 19 mai 2022.
3. Les requêtes n° 2202920 et n° 2200974 présentées par la société BDR appellent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
4. En premier lieu, aux termes de l'article 43 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 1° En toutes matières () au secrétaire général () ".
5. Les arrêtés attaqués ont été signés par la secrétaire générale de la préfecture de la Seine-Maritime qui bénéficiait, par des arrêtés des 24 septembre 2021 et 1er avril 2022, régulièrement publiés le jour même de leur signature au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de mesures au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués doit être écarté comme manquant en fait.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° () constituent une mesure de police ; () ", et aux termes de l'article L. 211-5 du même code, " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
7. Les arrêtés contestés visent les dispositions applicables du code de la consommation et du code du travail, et mentionnent, outre l'existence des rapports d'essais concluant à la dangerosité des lèves-plaques SR-602(L) et SR-602, que les produits en cause entrent dans la catégorie des machines et ne satisfont pas aux exigences essentielles de sécurités définies dans l'annexe I à l'article R. 4312-1 du code du travail et que leur dangerosité est démontrée. Dans ces conditions, les arrêtés du 3 janvier et du 19 mai 2022 doivent être regardés comme suffisamment motivés.
8. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 421-3 du code de la consommation : " Les produits et les services doivent présenter, dans des conditions normales d'utilisation ou dans d'autres conditions raisonnablement prévisibles par le professionnel, la sécurité à laquelle on peut légitimement s'attendre et ne pas porter atteinte à la santé des personnes ", aux termes de l'article L. 521-7 du même code: " S'il est établi que des produits ne sont pas conformes à la réglementation en vigueur ou présentent ou sont susceptibles de présenter un danger pour () la sécurité des consommateurs, l'autorité administrative peut ordonner par arrêté une ou plusieurs des mesures suivantes : la suspension de la mise sur le marché, le retrait, le rappel et la destruction./ L'autorité administrative peut également, lorsque les produits présentent ou sont susceptibles de présenter un danger pour la santé publique ou la sécurité des consommateurs, ordonner la diffusion de mise en garde ainsi que le rappel des produits en vue d'un échange, d'une modification ou d'un remboursement total ou partiel () ".
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-12 du même code : " Lorsqu'il existe des éléments de nature à mettre en doute la conformité du produit aux prescriptions en vigueur relatives à la sécurité et à la santé des consommateurs ou à l'obligation générale de sécurité définie à l'article L. 421-3 et que le responsable de la mise sur le marché national n'est pas en mesure de justifier des contrôles et vérifications effectués, notamment ceux mentionnés à l'article L. 411-1, afin de vérifier le respect de ces obligations, l'autorité administrative peut lui enjoindre par arrêté de faire procéder, dans un délai qu'elle fixe, à des contrôles à ses frais par un organisme présentant des garanties d'indépendance, de compétence et d'impartialité. L'autorité administrative peut suspendre par arrêté la mise sur le marché du produit dans l'attente de la réalisation des contrôles. L'autorité administrative peut ordonner par arrêté la consignation entre les mains d'un comptable public, avant une date qu'elle détermine, d'une somme correspondant au coût des contrôles à réaliser. La somme consignée est restituée lorsque l'opérateur a justifié des contrôles effectués ".
10. Il ressort des pièces des dossiers qu'à la date des arrêtés attaqués, le préfet de la Seine-Maritime disposait, pour chacun des modèles en cause, d'un rapport établi par le laboratoire commun qui constatait de manière suffisamment documentée et précise les risques induits par l'utilisation des lèves-plaques SR-602(L) et SR-602. Les circonstances qu'à la date des décisions attaqués, aucun accident n'avait été répertorié et que la société requérante disposait d'une déclaration de conformité, ne sont pas de nature à établir que le préfet de la Seine-Maritime aurait commis une erreur de droit ou adopté une mesure excessive, en ne se limitant pas à édicter une mesure conservatoire sur le fondement de l'article L. 521-12 du code de la consommation, les mesures de police ayant d'ailleurs pour objet de prévenir de tels accidents. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions précitées doit être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes du point 4.1.2.6 de l'annexe I à l'article R. 4312-1 du code du travail, auquel renvoient les dispositions de l'article R. 4312-1 du même code : " Les dispositifs de contrôle des mouvements agissent de manière que la machine sur laquelle ils sont installés demeure en situation de sécurité. () c) La machine est conçue et construite de manière que les charges ne puissent glisser dangereusement ou tomber inopinément en chute libre, même en cas de défaillance partielle ou totale de l'alimentation en énergie ou lorsque l'opérateur cesse d'actionner la machine. d) La machine est conçue et construite de manière qu'il ne soit pas possible, dans les conditions normales de fonctionnement, de faire descendre la charge sous le seul contrôle d'un frein à friction, sauf lorsque la fonction de la machine nécessite une telle application () ".
12. Il ressort des pièces des dossiers que, pour réaliser la descente d'une plaque chargée sur le SR-602(L) et le SR-602, l'utilisateur doit, des conditions normales, débloquer le frein de sécurité tout en maintenant, de l'autre main, la poignée du volant du treuil, et tourner ledit volant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre afin de contrôler la descente. Au regard de ces modalités d'utilisation, en considérant qu'un tel mécanisme, qui autorise la descente de charge sous le seul contrôle d'un frein à friction dès lors que l'action de l'opérateur sur le volant de treuil ne peut être regardée comme un dispositif de freinage, le préfet de la Seine-Maritime a exactement qualifié des faits et correctement appliqué les dispositions précitées en considérant que les modèles SR-602(L) et le SR-602 n'étaient pas conformes.
13. Il ressort également des pièces du dossier, notamment des deux tests filmés par la société requérante, que si le modèle SR-602 est, contrairement au modèle SR-602(L), équipé d'un compensateur qui permet de ralentir la descente de charge et ainsi de limiter les risques induits par l'utilisation de la machine, un tel système, dès lors qu'il repose exclusivement sur un mécanisme de frein à friction, méconnait également les dispositions de l'annexe I à l'article R. 4312-1 du code du travail. C'est ainsi sans commettre d'erreur d'appréciation, ni d'erreur de qualification juridique que le préfet de la Seine-Maritime a pu considérer que les lèves-plaques SR-602 et SR-602(L) méconnaissaient les normes prévues aux dispositions précitées de l'annexe I à l'article R. 4312-1 du code du travail et présentaient un risque pour les utilisateurs.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL BDR n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Ses conclusions présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées par voie de conséquence, l'Etat n'étant pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1 : Les requêtes visées ci-dessus de la société BDR sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société BDR et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
Robin MulotLa présidente,
Anne Gaillard Le greffier,
Henry Tostivint
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2202920 ; 2200974
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026