jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200983 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | MUKENDI NDONKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 mars 2022, Mme D C, veuve E, représentée par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, et dans un délai de 8 jours, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou subsidiairement, de mettre cette somme à la charge de l'Etat à son propre bénéfice sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- est entachée d'erreur d'appréciation en ce qui concerne l'existence d'une menace à l'ordre public ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- est entachée d'erreur de fait en ce qui concerne les circonstances de son entrée en France ;
- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;
La décision d'obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant refus de délai de départ volontaire :
- est insuffisamment motivée ;
- est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant le pays de renvoi :
- est insuffisamment motivée ;
- doit être annulée par voie de conséquence en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Mukendi Ndonki, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante marocaine née le 25 juin 1963, est entrée régulièrement en France en 2017 accompagnée de son époux et de ses deux enfants nés en 1999 et 2001. Elle s'est maintenue sur le territoire à l'expiration de son visa et à la suite du décès de son époux en France en 2018, elle a sollicité un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale. Par des arrêtés du 25 novembre 2020, le préfet a rejeté les demandes présentées par Mme C et ses enfants. En 2021, elle a sollicité un titre de séjour en tant qu'étranger malade. Par un arrêté du 10 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, Mme C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. L'avis rendu le 6 décembre 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) indique que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il relève également que son état de santé lui permet de voyager sans risque à destination de son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'avis du collège des médecins de l'OFII doit être écarté. Si la requérante soutient qu'il n'est pas démontré que cet avis est régulier, cet avis, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatives notamment à la collégialité de l'avis, comporte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant : () ". Il est daté et signé par les trois médecins qui le composent. Mme C n'apporte aucun élément permettant de remettre en cause l'exactitude des mentions y étant portées et qui font foi jusqu'à preuve contraire.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée a été prise au terme d'un examen complet de la situation de Mme C.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C souffre de lombalgies et d'une gonarthrose. Si Mme C justifie que ces pathologies entraînent une réduction de sa mobilité et nécessitent l'aide de sa fille, aucune des pièces médicales fournies au dossier ne permet d'établir que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C vit en France depuis moins de cinq ans à la date de la décision attaquée. Si ses frères et sœurs, ainsi que sa fille née en 1994, soit résident régulièrement sur le territoire français soit sont de nationalité française, la requérante a vécu l'essentiel de son existence dans son pays d'origine et ne démontre pas y être dépourvue d'attaches familiales, malgré le décès de son époux en 2018. Les deux enfants de A C entrés en France en sa compagnie en 2017 ne disposent pas de titre de séjour en France. La circonstance que Mme C travaille en qualité d'aide à la personne auprès de sa propre sœur depuis le mois de juin 2021 ne saurait caractériser une insertion sociale particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour a porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de Mme C doit être écarté.
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
7. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que le collège des médecins de l'OFII a rendu un avis le 6 décembre 2021. Par suite le moyen tiré de l'absence d'avis du collège des médecins doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 que la décision de refus de titre de séjour n'est pas illégale. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la décision d'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination
10. L'arrêté attaqué vise à son article 5 les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que les pays à destination desquels l'intéressée est susceptible d'être éloignée sont celui dont elle a la nationalité ou tout autre pays pour lequel elle établit être légalement admissible à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège ou de la Suisse. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Il suit de là que le moyen tiré d'une motivation insuffisante de cette décision doit être écarté.
15. Il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 9 que la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
16. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".
17. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, présente sur le territoire national depuis le mois de janvier 2017, est entrée régulièrement en France. Son époux est décédé en France en 2018. De nombreux membres de sa famille résident en France. Elle ne représente pas une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, alors même que le préfet de la Seine-Maritime a déjà édicté une mesure d'éloignement à son encontre en 2020, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois est entachée d'une erreur d'appréciation.
18. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués contre cette décision, que l'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée.
19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 10 décembre 2021 en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Elle n'est en revanche pas fondée à demander l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et qu'il fixe le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
20. L'exécution du présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
21. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 10 décembre 2021 est annulé en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C veuve E, à Me Mukendi Ndonki et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Galle première conseillère,
Mme Garona, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé :
C. B
La présidente,
Signé :
C. BoyerLe greffier
Signé :
J-L. Michel
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026