jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2200985 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | BOYLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 mars 2022, M. D F A, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade, ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui rendre son passeport ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros TTC en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que l'arrêté attaqué
- a été pris par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'un vice de procédure en l'absence de preuve que le collège des médecins a rendu un avis, qu'un rapport a été établi, et que le médecin rapporteur ne siégeait pas au sein du collège et que le collège s'est réellement réuni ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Niakate, substituant Me Boyle, pour M. A.
Le préfet de l'Eure n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 1er janvier 1970, est entré en France en 2016. Après le rejet de sa demande d'asile, il a fait l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français en date du 5 septembre 2018. En 2020, il a sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Il s'est vu délivrer un titre de séjour valable durant douze mois. Par un arrêté du 2 décembre 2021, le préfet de l'Eure a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays de destination.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Isabelle Dorliat-Pouzet, secrétaire générale de la préfecture de l'Eure, qui bénéficie d'une délégation de signature par arrêté du 22 mars 2021 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Eure le même jour. Cette délégation de signature lui permet de signer notamment les décisions de refus de titre de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique les raisons pour lesquelles le préfet de l'Eure a refusé de renouveler le titre de séjour que M. A avait obtenu en qualité d'étranger malade, en se référant notamment au sens de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 21 octobre 2021. Le préfet a également indiqué que le requérant ne dispose pas de liens familiaux anciens et stables en France, car sa concubine et ses trois enfants vivent au Congo, et qu'il peut poursuivre sa vie dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 46 ans. Par suite, la décision de refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit à l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
5. Il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'OFII a rendu un avis en date du 21 octobre 2021. Cet avis a été émis au vu d'un rapport médical établi le 1er octobre 2021 par le docteur B, qui n'a pas siégé au sein du collège des médecins, comme l'indiquent les noms et signatures des trois médecins composant le collège, apposés en bas de l'avis. Les mentions de l'avis selon lesquelles " après en avoir délibéré, le collège des médecins émet l'avis suivant ", établissent, en l'absence de preuve contraire apportée par le requérant, que le collège des médecins s'est réuni collégialement pour rendre son avis.
6. Il ressort également des pièces du dossier que le collège de médecins de l'OFII a indiqué dans son avis que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale, que le défaut de cette prise en charge peut entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que M. A a subi un accident vasculaire cérébral en février 2020, dont il conserve des séquelles, notamment une hémiparésie droite et une hypoesthésie hémicorporelle droite. Il souffre d'hypertension artérielle traitée par médicaments, et bénéficie de séances de rééducation en kinésithérapie. Il présente également un syndrome anxio-dépressif pour lequel il est suivi et bénéficie également d'un traitement médicamenteux. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les médicaments qui lui sont prescrits, énumérés dans un certificat médical du 1er février 2021, ne seraient pas disponibles au Congo. Les pièces du dossier ne précisent par ailleurs pas la nature exacte du suivi et du traitement psychiatrique dont il bénéficie en France à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, en se bornant à produire des éléments relatifs au système de soins psychiatriques en République démocratique du Congo, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième lieu, M. A est entré en France en 2016, à l'âge de 46 ans. Il n'a pas d'attaches privées ou familiales en France. Il ne conteste pas avoir des attaches familiales fortes dans son pays d'origine, où vivent ses trois enfants. Il ne fait état d'aucun élément d'insertion sociale particulière sur le territoire français. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la délégation de signature accordée à Mme E s'étend aux décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté par application des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 8 les moyens tirés de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins et de la violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. A doit également être écarté pour les motifs exposés au point 7.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la délégation de signature accordée à Mme E s'étend aux décisions fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
12. En deuxième lieu, l'arrêté vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que les pays à destination desquels l'intéressé est susceptible d'être éloigné sont celui dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège et de la Suisse. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Il suit de là, que le moyen tiré d'une motivation insuffisante de cette décision doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de l'Eure du 2 décembre 2021 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F A, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Galle, première conseillère
Mme Garona, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé :
C. CLa présidente,
Signé :
C. Boyer
Le greffier,
Signé :
J-L. Michel
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026