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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201008

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201008

mercredi 31 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201008
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 10 mars 2022 et 1er juin 2022, M. C B, représenté par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " valable un an, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

' la décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est signée par une autorité incompétente ;

- n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- est entachée d'une violation du droit d'être entendu ;

- méconnait l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- ne respecte pas l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

' la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une violation du droit d'être entendu ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

' la décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît l'article L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien né en 1991, est entré en France le 24 juin 2019 au moyen d'un visa de court séjour valable du 9 juin 2019 au 8 juillet suivant. Le 26 juin 2021, il a épousé une ressortissante française, Mme F, et le 4 juillet suivant, a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le 11 janvier 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée comprend les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, l'acte attaqué est signé par M. E D, qui dispose, depuis la publication de l'arrêté préfectoral n°21-108 du 21 décembre 2021, d'une délégation à cette fin. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, lorsqu'il sollicite l'octroi ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Par suite, la seule circonstance que M. B n'a pas été invité à formuler des observations avant l'édiction de la décision portant refus de séjour et de la mesure d'éloignement n'est pas de nature à permettre de le regarder comme ayant été privé de son droit à être entendu. Il ne se prévaut par ailleurs d'aucun élément qui aurait été de nature à exercer une influence sur le sens des décisions contestées et n'établit pas, dès lors, avoir été privé de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que la procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 visé ci-dessus: " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ". Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls ressortissants étrangers mariés à des ressortissants français qui remplissent effectivement les conditions prévues à l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

6. Le requérant a obtenu un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires espagnoles, valable du 9 juin 2019 au 8 juillet 2019. Il est entré en Espagne le 23 juin 2019, puis en France le 24 juin suivant, sans toutefois avoir souscrit la déclaration prévue à l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen, qui constitue une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention l'ayant admis à entrer ou à séjourner sur son territoire. Dans ces conditions, son entrée en France est irrégulière, ainsi que l'a relevé l'administration. Par ailleurs, à la date de l'acte contesté, son mariage avec une ressortissante française ne datait que de six mois, ce qui constitue une durée particulièrement réduite, la réalité de la vie commune étant par ailleurs insuffisamment documentée par les pièces versées au dossiers. Eu égard à ce qui précède, dès lors que M. B ne remplissait pas les conditions lui permettant de bénéficier de plein droit de la délivrance d'un titre de séjour temporaire, le préfet de la Seine-Maritime n'était pas tenu de consulter la commission du titre de séjour avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

7. En cinquième lieu, dès lors, ainsi qu'il est relevé ci-dessus, que l'entrée en France du requérant était irrégulière, le préfet était fondé à rejeter sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien susvisé.

8. En sixième lieu, si le requérant soutient que l'acte attaqué méconnait les articles L. 423-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de rappeler que M. B est entré irrégulièrement en France en juin 2019, après avoir quitté son pays d'origine, où il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches personnelles et familiales, à l'âge de vingt-sept ans. Son mariage avec une ressortissante française est particulièrement récent à la date de la décision attaquée, ainsi que la durée de leur vie commune. Quant à l'insertion alléguée de l'intéressé dans la société française, elle n'est nullement démontrée, la promesse d'embauche par une entreprise d'Argenteuil étant insuffisante à cet égard. Dans ces conditions, les moyens sus analysés doivent, en tout état de cause, être rejetés.

9. En septième lieu, la décision attaquée présente précisément la situation administrative, personnelle et familiale du requérant en France depuis son arrivée en juin 2019. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. B doit être écarté.

10. En dernier lieu, eu égard à ce tout qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, et est, par suite, suffisamment motivée. Par ailleurs, l'acte attaqué est signé par M. E D, qui dispose d'une délégation à cette fin. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'incompétence du signataire de l'acte ne peuvent qu'être écarté. Quant au moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, il ne peut qu'être écarté, eu égard à ce qui est relevé au point 4 du présent jugement.

12. En deuxième lieu, eu égard à ce qui est indiqué aux points 6 et 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du défaut d'examen sérieux de sa situation et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent, pour les mêmes motifs, qu'être écartés.

13. En dernier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, et est, par suite, suffisamment motivée. Cet acte est signé par M. E D, qui dispose d'une délégation à cette fin.

15. En deuxième lieu, en l'absence d'illégalité de la mesure d'éloignement, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence la décision fixant le pays de destination.

16. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que relevés précédemment, l'administration n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste ni d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant.

17. En dernier lieu, si M. B se prévaut des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il lui appartient, et non à l'administration, d'établir que sa vie et sa liberté seraient menacées en cas de retour dans son pays d'origine, ce qu'il ne démontre en aucun cas. Par suite, ce moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2021 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, celles formées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Elatrassi-Diome et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Leduc, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 31 août 2022.

Le rapporteur,

Signé

C. A La présidente,

Signé

A. GAILLARD

La greffière,

Signé

A. RAHILI

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201008

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