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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201028

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201028

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantLEROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 mars 2022 et 14 mai 2022, et des pièces complémentaires enregistrées les 29 avril 2022, 18 juin 2022 et 21 août 2022, M. C B, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, en lui remettant, dans les deux cas, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de huit jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à titre principal, à verser à Me Leroy au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat au versement de l'aide juridictionnelle, et, à titre subsidiaire, à lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision portant refus de séjour :

o a été prise en méconnaissance du droit à une bonne administration incluant le droit d'accès aux informations, d'être entendu et le traitement de sa demande de titre de séjour de manière impartiale ;

o est insuffisamment motivée ;

o n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;

o est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa demande ;

o méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o méconnait l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de ces dispositions ;

o méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o méconnaît le droit à une bonne administration et les droits de la défense, incluant le droit d'accès aux informations et le droit d'être entendu ;

o est insuffisamment motivée ;

o est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa demande ;

o est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

o méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-la décision fixant le pays de renvoi :

o méconnaît le droit à une bonne administration et les droits de la défense, incluant le droit d'accès aux informations et le droit d'être entendu ;

o est insuffisamment motivée ;

o est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa demande ;

o est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 avril 2022 et 24 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 juin 2022.

Vu :

- la décision du 26 janvier 2022 par laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. B enregistrées les 29 avril 2022 et 18 juin 2022.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Leroy, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 31 décembre 2002, déclare être entré en France le 4 mars 2018. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance par ordonnance de placement provisoire du 24 mai 2018. Il a sollicité un titre de séjour le 2 novembre 2020. Par l'arrêté attaqué du 7 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une décision de placement provisoire jusqu'au 16 février 2021 dès le 29 mars 2018 auprès des services de l'aide sociale à l'enfance qui a été confirmée par un jugement de placement en date du 24 mai 2018. Il établit avoir été scolarisé durant les années scolaires 2018-2019, 2019-2020 et 2020-2021 dans une formation en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) de boulangerie puis d'un CAP pâtissier au centre de formation de la chambre des métiers et de l'artisanat Normandie à Rouen, avoir signé des contrats d'apprentissage avec des boulangeries du 14 août 2018 au 13 août 2020, du 31 août 2020 au 10 janvier 2021 et du 18 janvier 2021 au 9 juillet 2021 et avoir obtenu les diplômes de CAP boulanger le 6 juillet 2020 et diplôme de CAP Pâtissier le 2 juillet 2021. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a signé un contrat à durée déterminée à la Boulangerie Plaisirs Gourmands de septembre 2021 à février 2022 puis un contrat à durée indéterminée au sein du même établissement. Il produit des attestations de deux de ses employeurs qui attestent de son sérieux et de son investissement dans son travail ainsi qu'une note sociale de l'équipe éducative du foyer Le Cabestan à Rouen qui a pris en charge l'intéressé jusqu'au 16 février 2021 qui précise notamment qu'il s'est très bien intégré en France et qu'il était très assidu dans sa formation. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a développé des liens personnels sur le territoire au regard des nombreuses attestations produites et qu'il dispose d'un contrat de bail à son nom depuis janvier 2021. Par suite, le requérant peut ainsi être regardé comme ayant fixé en France le centre de ses intérêts privés. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, alors même que M. B ne remplit pas les conditions posées à l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a terminé ses études au jour de la décision contestée, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de M. B doit être retenu.

3. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'annulation de la décision de refus de titre de séjour et, par voie de conséquence, de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de la décision fixant son pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs qui le fondent, que le préfet délivre à M. B, qui est titulaire d'un contrat à durée indéterminée à la date du présent jugement, une carte de séjour temporaire l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement à Me Leroy, avocate, d'une somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine Maritime a refusé à M. B de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Leroy la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

L. A

La présidente,

C. BOYER Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

SG

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