mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201033 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | LEROY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 mars 2022, M. C A B, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, ou à titre subsidiaire, dans le délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente du réexamen de sa situation, lequel devra intervenir dans le délai de deux mois ;
3°) de mettre la somme de 1 200 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. A B soutient que :
* Le refus de séjour :
- a été pris sans recueil de ses observations, en méconnaissance d'un principe général du droit de l'Union européenne ;
- a été pris en méconnaissance de l'article L. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- n'a pas été précédé de la consultation de la commission de titre de séjour ;
- est entaché d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
* L'obligation de quitter le territoire français :
- a été prise sans recueil de ses observations, en méconnaissance d'un principe général du droit de l'Union européenne ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- repose sur un refus de séjour illégal ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
* La décision fixant le pays de destination :
- a été prise sans recueil de ses observations, en méconnaissance d'un principe général du droit de l'Union européenne ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 26 janvier 2022 admettant M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 21 juillet 2022 portant réouverture d'instruction et nouvelle clôture au 9 août 2022 à 12 h ;
- les autres pièces du dossier, notamment les pièces versées le 21 juillet 2022 pour M. A B.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-camerounais signé à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Minne, président de chambre,
- et les observations de Me Leroy pour M. A B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant camerounais, déclarant être entré en France en septembre 2015, défère au tribunal l'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, l'arrêté préfectoral en litige vise notamment les dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. A B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.
3. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen complet et individualisé de la situation de M. A B. Par suite, les moyens tirés du défaut d'un tel examen doivent être écartés.
Sur le refus de séjour :
4. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision de refus de séjour ou d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est en tout état de cause susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
5. L'étranger, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, et, le cas échéant, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En l'espèce, il appartenait à l'intéressé de fournir spontanément tout élément utile relatif à sa situation. Il n'établit pas avoir présenté ces éléments et n'indique pas en quoi de tels éléments auraient pu influer sur le contenu de la décision. Il n'établit pas en outre qu'il aurait raisonnablement ignoré les éléments susceptibles de lui être opposés ou qu'il n'aurait été en mesure d'y répondre qu'après avoir effectué certaines vérifications ou démarches. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / Le récépissé n'est pas remis au demandeur d'asile titulaire d'une attestation de demande d'asile. " Il résulte de ces dispositions que les récépissés délivrés ont pour seul objet de constater le dépôt d'un dossier complet de demande de titre de séjour et de régulariser la situation du demandeur pendant la période d'instruction de sa demande. La délivrance du récépissé n'est pas une formalité faisant partie du processus d'élaboration de la décision à prendre sur la demande de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, la circonstance que le préfet n'ait pas délivré au requérant, pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour, un récépissé l'autorisant à séjourner provisoirement sur le territoire français en application de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est sans influence sur la légalité de la décision.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
8. M. A B est présent sur le territoire français depuis, au plus tard le mois de septembre 2015. Marié à une compatriote depuis le 25 juillet 2020, qu'il a rencontrée en France, il ne peut utilement se prévaloir de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui excluent de son champ d'application les étrangers relevant de la procédure du regroupement familial. Son épouse, en situation régulière, est mère de quatre enfants d'une précédente union, qui vivent au domicile conjugal. S'il fait état d'une communauté de vie depuis septembre 2019, celle-ci, à la supposer établie, est récente à la date de la décision attaquée et le mariage civil a été célébré le 25 juillet 2020 soit un peu plus d'un an auparavant. Si M. A B soutient avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'aucun enfant n'est né de son union avec sa compagne et il ne démontre pas avoir noué des liens stables et intenses avec les enfants de sa compagne. Par ailleurs, la promesse d'embauche en contrat à durée déterminée dont il se prévaut a été consentie sous réserve de la régularisation de sa situation administrative et le requérant ne dispose ni d'un visa de long séjour ni d'une autorisation de travail. Enfin, s'il invoque la présence sur le territoire français de son frère et de celle de ses sœurs en Grande-Bretagne, il n'est pas contesté qu'il a vécu jusqu'à au moins l'âge de 40 ans dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet, en ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts poursuivis par cette décision au sens des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour le même motif, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission pour motif exceptionnels et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
9. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A B ne remplit pas effectivement les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision n'a pas été précédée de la consultation de la commission de titre de séjour doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 5, le moyen, dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de la méconnaissance du droit du requérant d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne doit être écarté.
11. En deuxième lieu, il résulte des points 2 à 9 que l'obligation de quitter le territoire français ne repose pas sur un refus de séjour entaché d'illégalité.
12. En dernier lieu, pour les motifs énoncés au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas fondés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4, 5 et 10, le moyen, dirigé contre la décision fixant le pays de destination, tiré de la méconnaissance du droit du requérant d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne doit être écarté.
14. En deuxième lieu, il résulte des points 10 à 12 que la décision fixant le pays de destination ne repose pas sur une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité.
15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 12, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Magali Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
Le président-rapporteur,
P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,
H. JEANMOUGIN
Le greffier,
N. BOULAY
N°2201033
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026