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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201049

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201049

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantAIT-TALEB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Aït-Taleb, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de la Commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) rejetant son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 25 octobre 2021 de la Commission Locale d'Agrément et de Contrôle Nord (CLAC) lui refusant la délivrance d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une carte professionnelle, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CNAPS une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, faute de procédure contradictoire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a obtenu, le 1er février 2021, une autorisation préalable, sous l'empire d'une loi antérieure à la loi du 25 mai 2021, qui ne pouvait donc lui être appliquée.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Le CNAPS fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération en date du 25 octobre 2021, la Commission Locale d'Agrément et de Contrôle Nord (CLAC) du Conseil National des Activités Privées de Sécurité (CNAPS) a refusé de délivrer une carte professionnelle d'agent privé de sécurité à Mme B. L'intéressée a exercé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision auprès de la Commission Nationale d'Agrément et de Contrôle (CNAC) qui en a accusé réception le 15 novembre 2021. Le silence de l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet, le 15 janvier 2022. Par la présente instance, Mme B demande, à titre principal, l'annulation de cette décision.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Ainsi, lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, la décision implicite, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première. Il en résulte que les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire, née du silence gardé par la CNAC, doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 6 avril 2022, versée aux débats par le CNAPS, qui s'y est substituée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

4. Mme B ne saurait utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions, à l'encontre de la décision de refus de délivrance d'une carte professionnelle d'agent de sécurité litigieuse, laquelle a été prise en réponse à une demande formulée par l'intéressée. Le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire doit, par suite, être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, la décision du 6 avril 2022 litigieuse comporte, de façon précise et développée, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

6. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er du code civil : " Les lois et, lorsqu'ils sont publiés au Journal officiel de la République française, les actes administratifs entrent en vigueur à la date qu'ils fixent ou, à défaut, le lendemain de leur publication. Toutefois, l'entrée en vigueur de celles de leurs dispositions dont l'exécution nécessite des mesures d'application est reportée à la date d'entrée en vigueur de ces mesures () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, dans sa version issue de l'article 23 de la loi du 25 mai 2021 pour une sécurité globale préservant les libertés : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 4° bis Pour un ressortissant étranger ne relevant pas de l'article L. 233-1 du même code, s'il n'est pas titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour () ".

8. Les dispositions précitées de la loi du 25 mai 2021, qui ont inséré un 4 bis au sein de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure afin d'instituer la condition de détention d'un titre de séjour pendant au moins cinq ans pour les étrangers sollicitant la délivrance d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité, ont été publiées au Journal officiel de la République française, le 26 mai 2021 et sont, par conséquent, entrées en vigueur le 27 mai 2021, en l'absence de dispositions dérogatoires ou subordonnant expressément ou nécessairement leur exécution à une condition déterminée. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'extrait du fichier AGDREF versé aux débats par le CNAPS, qu'à la date d'adoption de la décision litigieuse, Mme B n'était titulaire d'un titre de séjour que depuis le 20 novembre 2018, soit depuis moins de cinq ans et ne satisfait donc pas aux conditions exigées par les dispositions citées au point n°7 pour se voir délivrer une carte d'agent privé de sécurité. A cet égard, la circonstance que l'intéressée avait obtenu, le 1er février 2021, une autorisation préalable lui permettant de suivre une formation pour être agent de gardiennage ou de surveillance humaine pouvant inclure l'usage de moyens électroniques délivrée par la CLAC Ouest, est sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la CNAC a commis une erreur de droit en lui opposant les conditions posées par les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, dans leur rédaction issue de l'article 23 de la loi du 25 mai 2021, pour refuser de faire droit à sa demande. Le moyen ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision litigieuse. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Akli Aït-Taleb et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

C. BOUVETLa présidente,

signé

A. GAILLARD

Le greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

N°2201049

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