jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201057 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 14 mars et 5 avril 2022, Mme C A, représentée par Me Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à la SELARL Mary et Inquimbert, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciations quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciations quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
La décision fixant le pays de destination :
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête dans toutes ses conclusions dès lors qu'aucun moyen n'est fondé.
Par décision du 9 février 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boyer, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Inquimbert, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante marocaine née le 28 octobre 1996, est entrée sur le territoire français le 4 septembre 2018 munie d'un visa long séjour valant titre de séjour étudiant. Le 6 février 2020, elle a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étudiant qui a été renouvelé jusqu'au 25 novembre 2021. Le 23 novembre 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 en cette même qualité. Par l'arrêté attaqué du 21 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision contestée mentionne les dispositions dont elle fait application, et notamment les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle rappelle la situation administrative, scolaire et personnelle de Mme A et indique que l'intéressée recommence pour la quatrième fois sa troisième année de licence, que le sérieux des études n'a pas été établi, qu'elle ne justifie d'aucune progression raisonnable dans ses études, qu'elle n'a pas déclaré de famille en France, qu'elle ne démontre pas être dépourvue de liens au Maroc et qu'il n'existe pas de motif exceptionnel ou de considération humanitaire permettant de régulariser sa situation. Par suite, la décision de refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
4. Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présenté en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies, en tenant compte, notamment, de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi et que le postulant dispose de moyens d'existence suffisants, ces critères présentant un caractère cumulatif.
5. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité, le préfet s'est fondé sur l'absence du caractère sérieux et de progression raisonnable dans les études poursuivies par la requérante. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est inscrite à l'université de Clermont-Ferrand en troisième année de licence mathématique à compter de l'année scolaire 2018/2019 et n'a pas validé, après trois ans, cette troisième année universitaire. Pour justifier ces ajournements et défaillances, Mme A soutient qu'elle justifie d'une progression dans ses études lente mais réelle, qu'à la suite d'une intervention volontaire de grossesse en mai 2019 elle a développé des problèmes médicaux atteignant son état de santé physique et psychique prenant la forme d'une dépression qui a été aggravée lors des confinements de l'année 2020 et 2021 ayant engendré plusieurs tentatives d'autolyse, qu'elle bénéficie d'un suivi psychologique et d'un traitement médicamenteux et qu'elle a également été absente en début d'année scolaire 2021/2022 en raison d'une quarantaine et de son infection au covid. Toutefois, la requérante pour justifier de sa défaillance et de ses ajournements produit pour l'année 2019, une notice d'information patiente datant du 13 mai 2019 sur l'interruption volontaire de grossesse médicamenteuse, une prise de sang du 13 juin 2019, et une ordonnance de médicaments du 18 juin 2019, pour l'année 2021 des ordonnances de médicaments, son test positif au Covid 19, et se prévaut d'un certificat médical du docteur B du 15 mars 2022 qui mentionne qu'elle est suivie en consultation depuis le 2 novembre 2021. Ces pièces qui sont peu circonstanciées et qui se bornent à faire état d'un suivi médical sans établir que la requérante souffrirait de dépression ou autre maladie neurologique ou psychiatrique, ne sont pas de nature à justifier l'absence de progression dans ses études. En outre et à supposer même que cette circonstance ait été de nature à affecter ses résultats universitaires, sa mise en quarantaine est la conséquence d'un voyage au Maroc qu'elle a pris le risque d'effectuer en pleine crise sanitaire. Dès lors, et en dépit du fait que la requérante poursuit pour l'année scolaire 2021/2022 sa troisième année de licence mathématique à l'université Le Havre Normandie, le préfet de la Seine-Maritime en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France le 4 septembre 2018, et y a séjourné sous couvert d'un titre de séjour en qualité d'étudiant qui ne donne pas vocation à se maintenir sur le territoire. Par ailleurs, célibataire et sans charge de famille, elle ne justifie d'aucune attache particulière sur le territoire. Il ressort de ce qui a été dit au point 5, que Mme A n'établit pas que son état de santé nécessiterait un suivi médical et médicamenteux indispensable qui ne pourrait être poursuivi au Maroc, ni qu'il se serait dégradé. En outre, elle n'établit pas être dépourvue d'attache au Maroc, d'autant qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle s'y est rendue lors de l'été 2021. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour ne porte pas à son droit de mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté par application des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de décision portant refus de renouvellement de titre de séjour doit être écarté.
11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 à 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 11 que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
13. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dirigé contre la décision fixant le pays de destination doit pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 5 à 7 être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A aux fins d'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2021 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et les conclusions relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Galle, première conseillère,
Mme Garona, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juillet 2022.
La présidente-rapporteure,
Signé :
C. Boyer L'assesseure la plus ancienne,
Signé :
C. Galle
Le greffier,
Signé :
J.-L. Michel
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026