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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201058

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201058

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201058
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2022, Mme B D épouse C, représentée par la Selarl Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2021, par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de renouvellement titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, selon le moyen retenu soit de lui délivrer un certificat de résidence valable un an, soit de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation dans le délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine du collège des médecins de l'office de l'immigration et de l'intégration (OFII) et de preuve de la régularité de l'avis ;

- est entachée d'un défaut d'examen complet des fondements de sa demande de titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'un erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine du collège des médecins de l'OFII ;

- est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- méconnaît l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de destination :

- a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu ;

- est fondée sur une décision d'obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Mary, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D épouse C, ressortissante algérienne née le 25 juin 1954, est entrée en France le 13 janvier 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade, et un certificat de résidence valable du 23 février 2021 au 22 août 2021 lui a été délivré. Mme C a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par arrêté du 8 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour vise l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié notamment son article 6-7, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique, en référence à l'avis du collège des médecins de l'OFII en date du 27 octobre 2021, que si son état de santé peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et peut voyager sans risque. L'arrêté attaqué indique également que l'entrée en France de Mme C est récente, et que si elle a deux filles en France, l'une en situation régulière et l'autre de nationalité française, le cœur de ses attaches familiales se trouve en Algérie où résident cinq de ses enfants majeurs et l'ensemble de sa fratrie. Il indique également que Mme C ne démontre pas être intégrée à la société française. Par suite, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rendu un avis en date du 27 octobre 2021. Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet, avant de refuser à un étranger la délivrance d'un titre de séjour pour raisons médicales, de communiquer cet avis à l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'inexistence et de la non communication de l'avis du collège des médecins doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus; () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays.". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

5. S'il ressort des pièces du dossier que, lors de sa demande initiale de titre de séjour datée du 3 mars 2020, Mme C avait sollicité l'examen de sa situation tant au regard des stipulations de l'article 6-7 qu'au regard de celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, le certificat de résidence qui lui a été délivré l'a été sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord. La requérante ne démontre pas avoir, lors de sa demande de renouvellement de titre de séjour, également sollicité l'examen de sa demande sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas statué sur l'ensemble des fondements de sa demande de renouvellement de titre de séjour doit être écarté. En tout état de cause, l'autorité préfectorale a indiqué explicitement les raisons pour lesquelles le refus de titre de séjour opposé à Mme C ne méconnaissait pas l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et a donc procédé, alors même qu'il n'a pas expressément cité l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, a un examen de la situation de la requérante au regard de sa vie privée et familiale en France équivalent à celui prévu par les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France en 2018, et a vécu l'essentiel de son existence dans son pays d'origine, où résident cinq de ses enfants majeurs. Si elle vit en France avec l'une de ses filles, et si l'une de ses autres filles vit également en France, la requérante n'établit pas être insérée sur le territoire français. Compte tenu de ces circonstances, la décision de refus de titre de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, de même que celui tiré de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, fondement de demande, qui, en outre n'avait pas été sollicité par la requérante dans le cadre de sa demande de renouvellement de titre de séjour.

7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que par un avis du 27 octobre 2021 le collège des médecins de l'OFII a estimé que si le défaut de prise en charge médicale de Mme C peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort des documents médicaux produits par la requérante que Mme C souffre d'un rhumatisme inflammatoire chronique, compliquée d'une insuffisance surrénalienne, nécessitant un traitement immunosuppresseur à vie. Son état nécessite un suivi en rhumatologie semestriel, des analyses biologiques régulières, ainsi qu'un suivi endocrinologique. La requérante fait également l'objet d'une prise en charge en orthopédie pour le traitement d'une gonalgie. Si elle a également fait l'objet d'une intervention de la cataracte le 3 mars 2022, il ne ressort pas des documents produits qu'elle nécessiterait un suivi ou un traitement particulier sur le plan ophtalmologique. S'agissant de ses autres pathologies, aucun document du dossier ne permet d'établir que contrairement à ce qu'ont estimé les médecins de l'OFII, elle ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, l'Algérie. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". La décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée, ainsi qu'il a été dit au point 2. En vertu des dispositions précitées, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avaient pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.

10. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit aux points 2 à 8, aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour n'est fondé. Il en résulte que le moyen tiré de l'illégalité par voie d'exception de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : /() 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ().

12. D'une part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de saisine du collège de médecins de l'OFII doit être écarté.

13. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 7, Mme C n'établit pas qu'elle ne pourrait disposer d'un traitement approprié en Algérie. Par suite, et dès lors que le collège de médecins de l'OFII a précisé dans son avis que l'état de santé de l'intéressée lui permet de voyager, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, la requérante soutient qu'elle n'a pas été mise en mesure, en méconnaissance du droit de l'Union européenne, de présenter des observations avant que la décision fixant le pays de renvoi ne soit édictée. Néanmoins, lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile. Le droit de l'intéressé d'être entendu ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur la décision fixant le pays de destination qui a été prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à l'édiction d'une décision défavorable.

16. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Il en résulte que le moyen tiré de l'illégalité par voie d'exception de la décision fixant le pays à destination duquel Mme C pourra être reconduite doit être écarté.

17. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dirigé contre la décision fixant le pays de destination est dépourvue de toute précision permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé et ne peut donc qu'être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D épouse C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse C, à Me Mary et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Galle, première conseillère,

Mme Garona, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

La rapporteure,La présidente,

Signé : Signé

C. A C. Boyer

Le greffier,

Signé :

N. Boulay

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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