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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201061

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201061

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2022, Mme C A représentée par la Selarl Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an, dans le délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- est entachée d'un erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu ;

- est fondée sur une décision d'obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Mary, représentant Mme A

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 25 septembre 2001, est entrée en France en en provenance d'Italie en septembre 2021 selon ses déclarations. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante. Par arrêté du 21 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment les articles L. 422-1 et L. 423-23 dont le préfet a fait application, et indique que Mme A ne justifie pas d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante, qu'elle n'est pas étudiante dans l'enseignement supérieur mais inscrite en terminale au lycée professionnel Lavoisier du Havre, que son entrée en France est récente, et qu'elle a des attaches au Sénégal comme en Italie où vivent ses parents et deux membres de sa fratrie. Par suite, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.() ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : () 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 ; ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France en provenance d'Italie, sans être titulaire d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Si elle fait valoir qu'elle était titulaire d'une carte " long séjour " délivrée par les autorités italiennes, une telle carte ne dispense pas de la production d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante et en tout état de cause, son document de séjour italien est un permis de séjour pour motifs familiaux valable jusqu'au 21 janvier 2023 et non un titre de long séjour. D'autre part, la seule circonstance que Mme A est francophone ne suffit pas, contrairement à ce qu'elle allègue, à caractériser une nécessité liée au déroulement des études au sens du deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France depuis l'Italie, où elle séjournait régulièrement avec ses parents et sa fratrie, en septembre 2021 au plus tôt. Elle est hébergée chez une personne qu'elle désigne comme sa tante, sans établir de liens de parenté, et sans préciser la situation au regard du séjour de cette personne. Mme A n'a aucune autre attache familiale en France, et ne fait pas état d'une insertion particulière sur le territoire français, alors même qu'elle est inscrite depuis le 1er septembre 2021 dans un lycée professionnel. Compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". La décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée, ainsi qu'il a été dit au point 2. En vertu des dispositions précitées, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.

7. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit aux points 2 à 5, aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour n'est fondé. Il en résulte que le moyen tiré de l'illégalité par voie d'exception de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise la nationalité de Mme A, et indique que l'intéressée pourra être reconduite d'office à la frontière à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout pays pour lequel elle établit être légalement admissible. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.

10. En deuxième lieu, la requérante soutient qu'elle n'a pas été mise en mesure, en méconnaissance du droit de l'Union européenne, de présenter des observations avant que la décision fixant le pays de renvoi ne soit édictée. Néanmoins, lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile. Le droit de l'intéressé d'être entendu ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur la décision fixant le pays de destination qui a été prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à l'édiction d'une décision défavorable.

11. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit aux points 6 à 8 aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Il en résulte que le moyen tiré de l'illégalité par voie d'exception de la décision fixant le pays à destination duquel Mme A pourra être reconduite doit être écarté.

12. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dirigé contre la décision fixant le pays de destination est dépourvu de toute précision permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé et ne peut donc qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Mary, et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Galle, première conseillère,

Mme Garona, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.

La rapporteure,La présidente,

Signé : Signé :

C. B C. Boyer

Le greffier,

Signé :

N. Boulay

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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