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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201062

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201062

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2022, Mme A, représentée par Me Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ; à titre subsidiaire d'ordonner une expertise médicale ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an, dans un délai de 30 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le préfet a saisi le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), faute pour lui de produire les avis visés dans l'arrêté ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le préfet a saisi le collège de médecins de l'OFII, faute pour lui de produire les avis visés dans l'arrêté ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

La décision fixant le pays de destination :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Garona, conseillère,

- et les observations de Me Mary, substituant Me Inquimbert, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne, née le 12 mai 1957 est entrée en France au mois de janvier 2015, sous couvert d'un visa de court séjour. Le 28 novembre 2017, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien. Le 15 novembre 2021, la requérante a complété sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté attaqué du 21 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de

plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des

conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas

effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux demandes présentées sur le fondement de l'article 6-7 précité : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

3. Si la requérante soutient que la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet ne justifie pas avoir saisi le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), il ressort des pièces du dossier que le préfet a produit en défense ces avis des 24 juillet 2019 et 8 décembre 2021. Dès lors, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, pour refuser d'accorder le titre de séjour sollicité, le préfet a estimé, à l'instar de l'avis de l'OFII du 8 décembre 2021, que l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'un traitement approprié existe en Algérie et qu'elle peut y voyager sans risque. Pour contester ces conclusions, l'intéressée soutient qu'elle est atteinte d'hypertension artérielle, d'asthme, de lithiase urinaire par cystinurie congénitale, ayant nécessité plusieurs interventions chirurgicales et qu'elle bénéficie d'un suivi spécialisé en urologie. Toutefois, à l'exception d'ordonnances de prescription, de certificats médicaux attestant de la nécessité d'un suivi médical, ainsi que de comptes rendus d'hospitalisation, dont il ressort au demeurant que la requérante a déjà été opérée d'une lithiase en Algérie en 2000, la requérante ne verse aucune autre pièce, permettant de remettre en cause l'appréciation portée par le préfet sur la disponibilité du traitement en Algérie. Dans ces conditions, Mme A n'apporte pas la preuve qui lui incombe de ce qu'elle ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de

plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa

vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".

6. La requérante soutient qu'elle réside en France depuis plus de 7 ans, qu'elle est divorcée et sans enfant, qu'elle n'a plus de famille en Algérie, ses parents étant décédés et qu'elle est hébergée en France par des amis. Toutefois, et nonobstant sa durée de présence en France, Mme A ne fait état d'aucune intégration particulière sur le territoire national et ne démontre, par les attestations qu'elle verse au dossier, ni l'ancienneté ni l'intensité de ses liens personnels en France. Enfin, elle a vécu dans son pays d'origine, l'Algérie, jusqu'à l'âge de 58 ans. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, et ainsi qu'il a été dit au point 3, le préfet justifie avoir recueilli l'avis du collège de médecins de l'OFII. Le moyen doit dès lors être écarté.

8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Ainsi qu'il a été dit au point 4, si Mme A nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, un traitement approprié existe en Algérie et elle peut y voyager sans risque. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

12. Ainsi qu'il a été dit au point 4, l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais un traitement approprié existe en Algérie et elle peut y voyager sans risque. Par suite, ce moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise médicale, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2021 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Galle, première conseillère,

Mme Garona, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé :

E. Garona

La présidente,

Signé :

C. BoyerLe greffier,

Signé :

N. Boulay

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ah

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