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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201108

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201108

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201108
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2022 et un mémoire enregistré le 5 mai 2022, M. B A, représenté par Me Mary, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de la SELARL Mary et Inquimbert, une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- a été édictée au terme d'une analyse erronée du fondement textuel sur laquelle repose la demande, le préfet ayant considéré à tort qu'il était sollicité sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers alors qu'était demandée l'admission exceptionnelle au séjour prévue par l'article L. 435-1 du même code ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciations quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de renvoi :

- méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boyer, présidente,

- et les observations de Me Mary, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 3 novembre 1994, déclare être entré irrégulièrement en France le 20 juin 2019 pour y solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 novembre 2020, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 1er avril 2021. Le 26 avril 2021 le requérant a sollicité un titre de séjour. Par l'arrêté attaqué, le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée mentionne les dispositions dont elle fait application, et notamment les dispositions des articles L. 425-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle rappelle la situation administrative et personnelle de M. A en des termes lui permettant de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. A soutient que le préfet a entaché la décision litigieuse d'illégalité en considérant qu'il avait demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que sa demande était fondée sur les dispositions de l'article L. 313-14 du même code alors applicable, reprises désormais à l'article L. 435-1 de ce code. Toutefois, il ressort des mentions du formulaire complété et signé par le requérant le 22 avril 2021 qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, devenu article L. 421-1 du même code. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit au point précédent, le préfet a visé les dispositions de l'article L. 435-1 de ce code relatives à l'admission exceptionnelle au séjour et a procédé à un examen de la situation du requérant sur ce fondement, en relevant que " l'examen attentif et complet de sa situation n'a pas permis de démontrer qu'il justifie de circonstances exceptionnelles ou de motifs humanitaires ". Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait requalifié à tort la demande de titre de séjour dont il était saisi doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans charge de famille, est entré récemment en France. Il justifie avoir été salarié en qualité d'aide livreur de la société VHF Transport du 2 novembre 2020 au 17 mars 2022 en vertu d'un contrat à durée indéterminée et produit une promesse d'embauche en date du 16 mars 2022 de la même entreprise pour reprendre son poste après régularisation de sa situation ainsi qu'une attestation faisant état d'une participation à des ateliers d'intégration sociale et linguistique organisés par l'association AHAM. Cependant ces seuls éléments ne permettent pas de justifier d'une insertion socio-professionnelle particulière dans la société française. Enfin, il ne justifie pas davantage être dépourvu d'attaches familiales et personnelles en Côte d'Ivoire, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces circonstances, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et par suite méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs sa décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

7. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment au point 5, dès lors que la situation de M. A ne révèle l'existence ni de considérations humanitaires ni de motif exceptionnel au sens de l'article cité au point précédent, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions précitées en refusant à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté par application des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour ayant été écartés, le requérant n'est donc pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, M. A soutient qu'il n'a pas été mis en mesure, en méconnaissance du droit de l'Union européenne, de présenter des observations avant que la décision fixant le pays de renvoi ne soit édictée. Néanmoins, lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile. Le droit de l'intéressé d'être entendu ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur la décision fixant le pays de destination qui a été prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu.

13. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire ayant été écartés, le requérant n'est donc pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 de la convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun Etat partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. 2. Pour déterminer s'il y a de tels motifs, les autorités compétentes tiendront compte de toutes les considérations pertinentes, y compris, le cas échéant, de l'existence, dans l'Etat intéressé, d'un ensemble de violations systématiques des droits de l'homme, graves, flagrantes ou massives ".

15. M. A, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par la CNDA le 1er avril 2021, ne verse aucun élément au dossier de nature à démontrer qu'il serait personnellement exposé à un traitement contraire aux dispositions citées au point précédent en cas de retour en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant le pays de destination. Par suite, les moyens doivent être écartés. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et les conclusions relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Mary et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

C. BOYER

L'assesseur le plus ancien,

S. GUIRALLe greffier

J.-L. MICHEL La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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