lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201171 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | SEYREK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 mars 2022, M. D, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans l'un et l'autre des cas, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- méconnaît l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur de fait ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Garona, conseillère.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant albanais, né le 5 avril 1976, déclare être entré en France au mois de janvier 2016. Le 10 février 2016, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile, qui a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 août 2016, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 janvier 2017. Par arrêté du 18 août 2017, M. D a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. S'étant maintenu sur le territoire national sans exécuter cette mesure d'éloignement, il a sollicité le 7 juin 2018 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des 7° et 11° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-10 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par arrêté du 24 juillet 2018, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français. Son recours contre cet arrêté a été rejeté par jugement du tribunal administratif de Rouen du 1er février 2019. Par un arrêt du 10 décembre 2019, la cour administrative d'appel de Douai a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation. Par arrêté du 28 octobre 2020, le préfet de la Seine-Maritime, à la suite de ce réexamen, a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Le 1er février 2022, M. D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-7, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 17 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
3. Par arrêté n°22-003 du 23 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, Mme B A, sous-préfète du Havre, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement du Havre, à l'exception d'actes expressément listés, parmi lesquels ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, il ressort de la demande de titre de séjour de M. D déposée le 1er février 2022 et versée en défense par le préfet de la Seine-Maritime, que le requérant n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
5. En deuxième lieu, aux termes de L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
6. M. D soutient qu'un enfant est né le 19 mars 2021 de sa relation avec une ressortissante française, avec laquelle il est marié depuis le 31 août 2021. Il soutient également que du fait de son incarcération à compter du 6 novembre 2021, il n'a pu s'occuper de son enfant que jusqu'à cette date et qu'il contribue depuis son lieu de détention à l'entretien et à l'éducation de son enfant, selon ses possibilités. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. D n'établit la communauté de vie avec son épouse qu'à compter du 23 novembre 2021, soit postérieurement à la naissance de son enfant et ne peut dès lors soutenir qu'il s'occupe de son enfant depuis sa naissance, dès lors qu'il ne vit pas avec lui à cette date. Par ailleurs, le requérant ne produit aucune facture d'achat de fournitures pour enfant et n'établit ainsi pas davantage contribuer à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".
8. Pour rejeter la demande de titre de séjour du requérant présenté sur le fondement de ces dispositions, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur le motif tiré de la menace pour l'ordre public qu'il représente en raison de ses nombreuses condamnations entre 2015 et 2021 pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement et de conduite d'un véhicule en état d'ivresse et sans permis. En se bornant à soutenir qu'il est entré en France au mois de janvier 2016, qu'il est marié depuis le 31 août 2021 avec une ressortissante française avec laquelle il a eu un enfant au mois de mars 2021 et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche à sa sortie de prison en avril 2022, M. D ne critique pas utilement le motif de refus qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En quatrième lieu, M. D ne se prévaut d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel de nature à justifier l'obtention d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. En cinquième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle mentionne qu'il ne travaille pas alors qu'il est emprisonné, et verse au dossier une promesse d'embauche de la société Prestagaz service en qualité de magasinier. Toutefois, il est constant que M. D ne travaille pas à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la décision portant refus de titre de séjour. En vertu des dispositions précitées, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.
13. En deuxième lieu, M. D a pu faire valoir ses éventuelles observations de manière utile et effective dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour. Le droit de l'intéressé d'être préalablement entendu, ainsi satisfait, n'imposait pas à l'administration de le mettre à même de réitérer ses observations ou d'en présenter de nouvelles, préalablement à l'intervention de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
14. En troisième lieu, il ressort de la décision attaquée que la situation de M. D a fait l'objet d'un examen particulier.
15. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et ainsi qu'il a été dit au point 6, que M. D n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant français. En outre, le préfet fait valoir en défense que M. D est également père de deux autres enfants, nés en 2000 et 2004 qui résident en Italie. Enfin, il n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine, l'Albanie, où résident encore ses parents. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
16. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 mars 2022 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Galle, première conseillère,
Mme Garona, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé :
E. GaronaLa présidente,
Signé :
C. BoyerLe greffier,
Signé :
N. Boulay
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026