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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201188

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201188

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 3 juin 2022, M. D G, successivement représenté par Me Traore et la SAS Itra Consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer, à titre principal, une carte de séjour " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, une carte de séjour de séjour pour soins;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- dès lors qu'il est atteint d'une hépatite B, il est éligible au titre de séjour pour soins ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 mai et 8 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens n'était fondé.

Le mémoire présenté par M. E, enregistré le 23 août 2022, postérieurement à la clôture d'instruction fixée au 22 juin 2022, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D G, ressortissant camerounais né en 1977, est entré en France le 19 septembre 2017 au moyen d'un visa de court séjour valable du 2 août 2017 au 2 novembre suivant. Le 11 août 2020, il s'est lié à une ressortissante française, Mme C B, par un pacte civil de solidarité. Le 18 février 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 28 juin 2021, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée comprend les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, père de deux enfants résidant dans son pays d'origine, n'est entré en France qu'à l'âge de quarante ans, n'était pacsé avec une ressortissante française que depuis dix-huit mois à la date de l'acte attaqué, et n'établit nullement la réalité d'une quelconque insertion dans la société française. Quant à la réalité de la vie commune avec Mme B, l'administration est fondée à faire valoir qu'elle n'est pas établie par les pièces versées au dossier. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté. Le requérant n'établit pas plus que sa situation en France relèverait des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucune considération humanitaire ni motif exceptionnel au sens et pour l'application de ces dispositions ne pouvant être relevés dans le dossier.

5. En troisième lieu, M. E n'est pas fondé à se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard aux conditions de sa vie privée et familiale présentée au point précédent.

6. En dernier lieu, eu égard à ce tout qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation. Par ailleurs, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. M. E, qui se prévaut, dans son mémoire complémentaire, des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'établit pas avoir présenté une demande sur le fondement de cet article. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E aux fins d'annulation de l'arrêté du 18 février 2022 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, celles formées aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D G et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Leduc, premier conseiller,

M. Bouvet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 septembre 2022.

Le rapporteur,

C. ALa présidente,

A. GAILLARD

Le greffier,

N. BOULAY

N°2201188

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