mercredi 25 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201205 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 18 mars 2022 et le 13 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 juillet 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Rouen a prononcé son licenciement à compter du 1er septembre 2021 ;
2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Rouen de la réintégrer à compter du 8 juillet 2021, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de prononcer sa titularisation ou, subsidiairement encore, de lui octroyer le bénéfice d'une nouvelle période de stage ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à Me Elatrassi-Diome en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Elle soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas eu communication de l'intégralité de son dossier préalablement à son adoption, que la procédure applicable en matière disciplinaire n'a pas été respectée et que la délibération du jury académique est elle-même entachée d'irrégularité ;
- est entachée d'un détournement de pouvoir ;
- constitue une sanction déguisée ;
- prononce à son encontre une sanction disproportionnée ;
- est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article 13 du décret du 1er août 1980 relatif au statut particulier des professeurs des écoles ;
- est entachée d'erreur de droit, dès lors que la rectrice de l'académie de Rouen s'est cru, à tort, en situation de compétence liée au regard de l'avis du jury académique pour refuser sa titularisation ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 mai 2023 et le 22 juin 2023, la rectrice de l'académie de Normandie conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 15 juin 2023 fixant la clôture de l'instruction au 17 juillet 2023 à 12h00 ;
- les autres pièces du dossier, notamment celle produite, pour compléter l'instruction, par la rectrice de l'académie de Normandie, enregistrée le 6 septembre 2023.
Vu :
- le décret n° 90-680 du 1er août 1990 ;
- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, admise au concours externe de recrutement des professeurs des écoles au titre de la session 2020, a été nommée professeure des écoles stagiaire et affectée au sein de l'académie de Rouen à compter du 1er septembre 2020. À l'issue de ce stage, le jury académique, réuni le 1er juillet 2021, ne l'a pas estimée apte à être titularisée et n'a pas émis d'avis favorable à ce qu'elle soit autorisée à effectuer une seconde année de stage. Par la décision attaquée du 8 juillet 2021, la rectrice de l'académie de Normandie a prononcé le licenciement de Mme B à compter du 1er septembre 2021.
2. En premier lieu, d'une part, la décision attaquée a pour seul objet de prononcer le licenciement de Mme B, au terme d'une période de stage à l'issue de laquelle le jury académique ne l'a pas estimée apte à être titularisée et n'a pas émis d'avis favorable à ce qu'elle soit autorisée à effectuer une seconde année de stage. D'autre part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'autorité rectorale aurait, en réalité, cherché, par cette décision, à lui infliger une sanction à raison de faits, qu'au demeurant la requérante ne précise pas, qui auraient été regardés comme fautifs. Par suite, dès lors que la décision attaquée ne saurait être regardée comme ayant le caractère d'une sanction déguisée, les moyens tirés d'un vice de procédure à raison de la méconnaissance de la procédure applicable en matière disciplinaire, du défaut de communication préalable de son dossier et de la disproportion d'une sanction sont inopérants.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 10 du décret du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles : " Les professeurs stagiaires accomplissent un stage d'un an. () / Les modalités du stage et les conditions de son évaluation par un jury sont arrêtées conjointement par le ministre chargé de l'éducation et par le ministre chargé de la fonction publique. () " Aux termes de l'article 12 de ce décret : " A l'issue du stage, les professeurs des écoles stagiaires sont titularisés par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie du département dans le ressort duquel le stage est accompli, sur proposition du jury prévu à l'article 10. () " Aux termes de l'article 13 de ce même décret : " Les stagiaires qui n'ont pas été titularisés peuvent être autorisés à accomplir une nouvelle année de stage. () " Aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires : " Il est constitué un jury académique de cinq à huit membres nommés par le recteur. () " Aux termes de l'article 5 de cet arrêté : " Le jury se prononce sur le fondement du référentiel de compétences prévu par l'arrêté du 1er juillet 2013 susvisé, après avoir pris connaissance des avis suivants : I. Pour les professeurs des écoles stagiaires qui effectuent leur stage dans les écoles et établissements visés à l'article 2 du décret du 1er août 1990 susvisé : 1° L'avis de l'inspecteur de l'éducation nationale désigné par le recteur, établi sur la base d'une grille d'évaluation et après consultation du rapport du tuteur désigné par le recteur, pour accompagner le fonctionnaire stagiaire pendant sa période de mise en situation professionnelle. L'avis peut également résulter d'une inspection ; 2° L'avis du directeur de l'école supérieure du professorat et de l'éducation responsable de la formation du stagiaire. () " Aux termes de l'article 8 du même arrêté : " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés. En outre, l'avis défavorable à la titularisation concernant un stagiaire qui effectue une première année de stage doit être complété par un avis sur l'intérêt, au regard de l'aptitude professionnelle, d'autoriser le stagiaire à effectuer une seconde et dernière année de stage. () " Enfin, aux termes de l'article 9 de cet arrêté : " Le recteur prononce la titularisation des stagiaires estimés aptes par le jury. () Il arrête la liste des stagiaires autorisés à accomplir une seconde année de stage et la liste des professeurs stagiaires licenciés () "
4. Les jurys académiques, appelés notamment à se prononcer en vue de la titularisation des professeurs stagiaires nommés dans certains corps, statuent à l'issue d'une période de formation et de stage. S'agissant, non d'un concours ou d'un examen, mais d'une procédure tendant à l'appréciation de la manière de servir qui doit être faite en fin de stage, cette appréciation est contrôlée par le juge de l'excès de pouvoir et peut être censurée en cas d'erreur manifeste.
5. Mme B peut être regardée comme critiquant, par la voie de l'exception d'illégalité, la régularité de la procédure au terme de laquelle l'avis du jury académique a été établi ainsi que l'appréciation portée sur son aptitude par ce jury. D'une part, si Mme B soutient que l'avis du jury académique aurait été rendu au terme d'une procédure irrégulière, elle se borne en réalité à déplorer l'absence de communication de cet avis, dont il ne résulte d'aucune disposition ni d'aucune principe général qu'elle serait obligatoire. Au demeurant, l'existence de cet avis est établie par la rectrice de l'académie de Normandie, qui en produit une copie. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier des comptes rendus des visites évaluatives réalisées par ses tuteurs en décembre 2020 et en mars 2021, lesquels expriment un avis " réservé ", des bulletins de positionnement de janvier 2021 et de mai 2021, ainsi que des deux rapports d'inspection du mois de juin 2021, lesquels expriment un avis défavorable à la titularisation, que Mme B a, au cours de son année de stage, rapidement rencontré des difficultés, notamment en terme d'organisation de son travail, de préparation des séances, d'adaptation du contenu et des modalités de celles-ci au niveau des élèves et aux objectifs d'apprentissage, et de gestion de sa classe. Si ces documents font également état de sa bonne volonté, notamment pour prendre en compte les remarques formulées au cours de cette année de stage, ils relèvent également, de manière systématique, la persistance des difficultés précédemment identifiées. En outre, si la requérante se prévaut de difficultés personnelles, rencontrées avant le début de son année de stage et ayant eu des répercussions, sur le plan médical, au cours de cette même année, elle n'apporte aucun élément suffisamment précis et circonstancié de nature à établir dans quelle mesure ces circonstances auraient affecté ses capacités professionnelles, alors au demeurant que le certificat médical qu'elle produit fait état d'une amélioration progressive au cours du premier trimestre 2021. Par conséquent, en dépit des bons résultats de Mme B durant ses études universitaires ainsi qu'au concours de recrutement des professeurs des écoles et du soutien de parents d'élèves dont elle fait état, c'est sans entacher son avis d'une erreur manifeste d'appréciation que le jury académique a estimé qu'elle n'était pas apte à être titularisée et qu'il n'existait pas d'intérêt à lui permettre de réaliser une seconde année de stage.
6. En dernier lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, le jury académique, qui est appelé à porter une appréciation globale sur les capacités et l'aptitude professionnelle des professeurs des écoles stagiaires, eu égard tant à leur titularisation qu'à l'intérêt pour eux d'une seconde année de stage, a considéré que Mme B n'était pas apte à être titularisée et n'a pas considéré qu'il existait un intérêt à lui permettre de réaliser une seconde année de stage. Par conséquent, il résulte des dispositions citées au point 3 que la rectrice de l'académie de Normandie se trouvait en situation de compétence liée pour ne pas titulariser la requérante à l'issue de sa période de stage, lui refuser le bénéfice d'une seconde année de stage et, tirant ainsi les conséquences de sa situation, prononcer son licenciement. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée du 8 juillet 2021, de l'incompétence de son auteur, de l'existence d'un détournement de pouvoir, du défaut d'examen particulier de sa situation et de la méconnaissance, par l'autorité rectorale, des dispositions de l'article 13 du décret du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles, sont inopérants.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 juillet 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Normandie a prononcé son licenciement. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera transmise, pour information, à la rectrice de la région académique Normandie.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026