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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201209

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201209

vendredi 15 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 22 mars et 17 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à la SELARL Mary et Inquimbert, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciations quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciations quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête dans toutes ses conclusions dès lors qu'aucun moyen n'est fondé.

Par décision du 23 février 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boyer, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Mary substituant Me Inquimbert, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante libanaise née le 15 janvier 1981, est entrée régulièrement sur le territoire français le 27 juin 2021 pour faire un don de moelle osseuse à sa sœur malade. Une autorisation provisoire de séjour lui a été délivrée le 15 septembre 2021 en qualité de parent accompagnant, valable jusqu'au 14 décembre 2021, l'intervention ayant eu lieu le 4 octobre 2021. Le 7 décembre 2021, elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23, L.421-1 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 14 janvier 2022 dont l'annulation est demandée, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée mentionne les dispositions dont elle fait application, et notamment les dispositions des articles L. 423-23, L. 421-1et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle rappelle la situation administrative et personnelle de Mme B et notamment ses conditions de résidence en France et les raisons de sa venue en France liées à la maladie de sa sœur. Par suite, la décision de refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Mme B fait valoir qu'ayant fait un don de moelle osseuse à sa sœur de nationalité française, elle est indispensable à sa guérison et sa présence à ses côtés pour une durée d'un an serait nécessaire pour l'aider dans l'éducation de sa fille ainsi qu'en témoignent un certificat médical du Dr F et une attestation de Mme D E, enseignante à la retraite, en date du 12 avril 2022. Toutefois, le certificat médical produit, établi par le Dr F le 5 septembre 2021, est peu circonstancié, et ne permet pas d'établir que l'état de santé de la sœur de la requérante au jour de la décision contestée nécessiterait la présence de cette dernière à ses côtés. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que la sœur de la requérante vit avec le père de son enfant et a repris une activité professionnelle ainsi qu'elle le déclare elle-même dans son attestation du 28 février 2022. Si Mme B produit une attestation de Mme C, cheffe de l'établissement dans lequel sa nièce est scolarisée, en date du 2 mai 2022 indiquant qu'elle vient régulièrement chercher sa nièce à l'école, cette seule circonstance ne permet pas d'établir le caractère indispensable de sa présence alors même qu'elle établit disposer d'un contrat de travail en tant que responsable d'un restaurant et dont les horaires de travail sont incompatibles avec la garde d'une enfant scolarisée. Mme B est célibataire et sans enfant, elle ne justifie d'aucune difficulté administrative l'ayant empêchée de soutenir sa sœur dans des moments difficiles. A la date de la décision contestée, elle n'était en France que depuis six mois et y disposait d'un contrat de travail depuis seulement une quinzaine de jours. Elle n'établit pas ne pas avoir d'attache au Liban où elle a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans alors même que ses parents y seraient décédés. Dans ces conditions, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a méconnu ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. (). " Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail, de plus : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".

6. Pour rejeter la demande d'admission au séjour sur le fondement des dispositions citées au point précédent, le préfet s'est fondé, en particulier, sur les circonstances que l'intéressée était dépourvu de visa de long séjour et ne justifiait pas être titulaire d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes. Mme B produit à l'instance un contrat de travail à durée indéterminée en date du 28 décembre 2021 prenant effet à compter du 3 janvier 2022 soit antérieurement à l'édiction de la décision contestée ainsi que le classement de la demande de visa de son contrat par décision du ministère de l'intérieur en raison de la circonstance qu'elle était titulaire d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler alors même que cette autorisation était sur le point d'arriver à expiration et qu'un tel classement de la demande faisait obstacle à ce que Mme B puisse régulariser sa situation. Toutefois, le préfet de la Seine-Maritime produit à l'instance le passeport de Mme B revêtu d'un visa Schengen court séjour avec lequel elle est entrée en France et qui ne lui permet pas de remplir la condition relative au visa posée au 1° de l'article L. 5221-2 du code du travail nécessaire à l'obtention d'un titre de travail salarié. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime était fondé à refuser de lui délivrer un titre de séjour et n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment aux points 4 et 6 et dès lors que la situation de Mme B ne révèle l'existence ni de considération humanitaire ni de motif exceptionnel au sens de l'article cité au point précédent, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions précitées en refusant à l'intéressée la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté par application des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour doit être écarté.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 à 12 que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En second lieu, Mme B soutient que son renvoi au Liban ne pouvait être décidé eu égard aux liens forts qui l'unissent aux membres de sa famille en France et à la situation géopolitique du Liban. Toutefois, elle n'établit ni même n'allègue qu'elle-même encourrait des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine ni qu'elle ne disposerait pas au Liban de liens personnels forts dès lors qu'elle y a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans et ne l'a quitté que fort récemment. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dirigé contre la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B aux fins d'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2022 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et les conclusions relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Galle, première conseillère,

Mme Garona, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé :

C. Boyer L'assesseure la plus ancienne,

Signé :

C. Galle

Le greffier,

Signé :

N. Boulay

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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