mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201534 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | LEROY Magali |
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Leroy représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né le 1er juin 1998 à Conakry, qui déclare être entré en France le 3 octobre 2018, a sollicité le 27 avril 2021 son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 7 janvier 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, les dispositions de la Charte de l'Union européenne et les principes généraux du droit de l'Union européenne ne trouvent à s'appliquer dans l'ordre juridique national que lorsque la situation juridique dont a à connaître le juge administratif français est régie par le droit de l'Union européenne. M. B ne peut dès lors utilement se prévaloir de la méconnaissance du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour qui n'est pas régie par la directive n° 2008/15/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ni ne peut être regardée comme mettant en œuvre le droit de l'Union européenne.
3. En deuxième lieu, la circonstance à la supposer même avérée, que le préfet n'ait pas délivré à M. B, pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour, un récépissé l'autorisant à séjourner en France est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas traité la demande de M. B de manière impartiale. Par ailleurs, la circonstance que le préfet n'ait pas instruit la demande du requérant dans un délai raisonnable, ainsi qu'il est soutenu, demeure sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, le silence gardé pendant quatre mois par l'administration sur cette demande ayant fait naître, en tout état de cause, une décision implicite de refus de titre de séjour que l'intéressé pouvait valablement contester devant la juridiction administrative. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
5. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions dont le préfet a fait application, expose, de manière suffisamment précise, la situation personnelle et familiale du requérant, notamment la présence de sa concubine et de son enfant, et indique les motifs pour lesquels il ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté contesté, dont la motivation n'est pas stéréotypée, énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision refusant à M. B un titre de séjour. Ces considérations, qui révèlent que la situation personnelle du requérant a été étudiée dans sa globalité, sont suffisamment précises et développées pour avoir mis l'intéressé à même d'en apprécier la portée et d'en discuter la légalité. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de cette décision et du défaut d'examen ne peuvent qu'être écartés.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ".
7. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Maritime a procédé, contrairement à ce qui est soutenu, à un examen global de la situation du requérant au regard tant de ses conditions de séjour en France et de son insertion sociale et professionnelle que de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité des liens personnels et familiaux qu'il y a noués. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France, selon ses propres déclarations, à l'âge de vingt ans et y séjournait depuis seulement trois ans à la date de l'arrêté litigieux. Par ailleurs, si le requérant indique vivre en couple avec une ressortissante guinéenne depuis qu'il est en France et qu'un enfant est né le 13 mars 2020 de leur union, les documents produits, à savoir les attestations de sa concubine et d'une éducatrice et quelques photographies, ne peuvent suffire à établir l'ancienneté et l'intensité des liens qu'entretiendrait le requérant avec son fils et sa compagne qui habite seule avec son enfant. Il ressort également des pièces du dossier que la concubine de M. B, qui est aussi une ressortissante guinéenne, séjourne en France sous couvert de récépissés et ne disposait, à la date de l'arrêté attaqué, d'aucun titre de séjour lui donnant vocation à demeurer durablement sur le territoire national. Dès lors, à supposer même que la vie familiale du requérant soit établie, rien ne s'oppose à ce qu'il reconstitue, avec sa concubine et son fils, la cellule familiale en Guinée où il a vécu la majeure partie de son existence. Dans ces conditions, et en dépit des efforts d'intégration dont il témoigne, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision de refus de séjour a été prise. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant.
9. En septième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " ".
10. M. B, dont l'insertion professionnelle sur le territoire n'est pas établie, ne justifie pas, eu égard notamment à ce qui a été dit au point 8 du présent jugement, de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions citées au point précédent de nature à lui ouvrir droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ". Par suite, le préfet a pu, sans commettre d'erreur de droit ni même d'erreur manifeste d'appréciation, refuser d'admettre M. B au séjour au titre du pouvoir de régularisation qu'il détient des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En huitième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 8 du présent jugement, en l'absence de liens affectifs suffisamment établis entre le requérant et son fils et dès lors que la cellule familiale du couple peut en tout état de cause être reconstruite en Guinée, le préfet n'a pas méconnu l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, en refusant de délivrer au requérant un titre de séjour.
12. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement, le préfet n'était pas tenu de soumettre le cas de M. B à la commission départementale du titre de séjour avant de se prononcer sur sa demande d'admission, dès lors que l'intéressé ne pouvait pas prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, en application de l'article L. 613-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français qui accompagne la décision de refus de titre de séjour n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de cette décision. En l'espèce, la décision de refus de titre de séjour étant, ainsi qu'il a été dit précédemment, suffisamment motivée, le moyen tiré du défaut de motivation de la mesure d'éloignement doit être écarté.
15. En deuxième lieu, M. B a présenté le 27 avril 2021 une demande de titre de séjour au soutien de laquelle il a pu faire état de tous les éléments pertinents sur à sa situation personnelle et familiale au regard tant de son droit au séjour que des conditions de son éloignement du territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
16. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen complet de la situation personnelle du requérant.
17. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 13 du présent jugement que M. B ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour pour demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
18. En cinquième lieu, les moyens tirés de ce que le préfet aurait, d'une part, porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, méconnu l'intérêt supérieur de son enfant et, enfin, entaché la mesure d'éloignement d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 11.
19. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
20. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
21. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15 du présent jugement.
22. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen complet de la situation personnelle du requérant.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 janvier 2022 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Boucetta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
Le rapporteur,
S. A
La présidente,
C. BOYER
Le greffier,
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026