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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201560

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201560

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201560
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantBARON COSSE ANDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2022, Mme B A, représentée par Me André, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er février 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Eure a prononcé le retrait de son agrément d'assistante maternelle ;

2°) de mettre à la charge du département de l'Eure une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- il appartient au département de l'Eure de justifier de l'avis émis par la commission consultative paritaire départementale ;

- la matérialité des faits reprochés n'est pas établie ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'accueil des mineurs ne présente pas de risques et que les conditions permettant la délivrance de l'agrément sont réunies.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, le département de l'Eure conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, assistante maternelle depuis le 9 août 2000, a bénéficié d'un agrément renouvelé en dernier lieu le 6 août 2020, valable jusqu'au 7 août 2025, autorisant l'accueil à son domicile et à temps complet de deux enfants âgés de 0 à 6 ans et un enfant âgé de 2 à 12 ans. Par la décision attaquée du 1er février 2022, le président du conseil départemental de l'Eure a procédé au retrait de son agrément d'assistante maternelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 25 octobre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs et transmis au contrôle de légalité, le président du conseil départemental de l'Eure a donné délégation à M. C, directeur général des services, signataire de la décision contestée, afin de signer, notamment, toutes décisions relatives au fonctionnement, à l'activité et aux compétences des services départementaux au nombre desquelles figure la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 1er février 2022 doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, d'y apporter une restriction ou de ne pas le renouveler, il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. ".

4. Le département de l'Eure produit en défense l'avis favorable au retrait de l'agrément d'assistante maternelle de Mme A émis par la commission consultative paritaire départementale le 27 janvier 2022. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'avis de la commission consultative paritaire départementale doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil général du département où le demandeur réside. / Un référentiel approuvé par décret en Conseil d'Etat fixe les critères d'agrément. / () L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne, et, pour l'assistant maternel uniquement, si celui-ci autorise la publication de son identité et de ses coordonnées, dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat strictement nécessaires à la connaissance par les familles de la localisation des professionnels et à leur mise en relation avec eux, par les organismes chargés d'une mission de service public mentionnés par arrêté des ministres chargés de la famille et de la sécurité sociale. " Le troisième alinéa de l'article L. 421-6 du même code, dans sa version applicable au litige dispose : " Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil général peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil général peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. ".

6. Enfin, l'annexe 4-8 du même code " référentiel fixant les critères de l'agrément des assistants maternels par le président du conseil général " dispose notamment que l'agrément impose que " le lieu d'accueil ainsi que son environnement et son accessibilité doivent présenter des caractéristiques permettant () de garantir la santé, la sécurité et l'épanouissement des jeunes enfants accueillis en tenant compte de leur nombre et de leur âge", et que l'assistant maternel doit être en capacité de " mesurer les responsabilités qui sont les siennes vis-à-vis de l'enfant, de ses parents ainsi que des services départementaux de protection maternelle et infantile () " et de comprendre et d'accepter le " rôle d'accompagnement, de contrôle et de suivi des services départementaux de protection maternelle et infantile ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil général de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. À cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime des comportements en cause ou risque de l'être.

8. Pour prononcer le retrait d'agrément de Mme Fouque, le président du conseil départemental s'est fondé sur les motifs tirés de son manque de conscience professionnelle et des responsabilités imposées par les fonctions qu'elle exerce ainsi que de son manque de collaboration avec les services départementaux et son absence de volonté de mettre en œuvre les recommandations qui lui ont été adressées depuis 2010.

9. Il ressort des pièces du dossier que, lors des visites domiciliaires organisées en mai et juillet 2020, dans le cadre de l'instruction de la demande de renouvellement de l'agrément de Mme A, les services départementaux ont relevé que cette dernière n'avait pas de connaissance actualisée en matière de motricité libre et d'éducation ludique des enfants et que les conditions d'hygiène et de sécurité étaient insuffisantes, eu égard notamment à l'absence d'espace dédié à la préparation des biberons et à l'hygiène des enfants, à la présence excessive de poussière, d'un lit mezzanine dans la chambre des enfants et de pots de fleurs en pierre à l'extérieur. Les services du département ont, à l'issue de cette procédure, indiqué à Mme A qu'elle devait s'engager à procéder à des améliorations et être vigilante quant à l'organisation de l'espace de vie au sein de son domicile. Ces éléments avaient d'ailleurs déjà fait l'objet de signalements en 2015 lors de son précédent renouvellement d'agrément et avait été l'une des causes du rejet de la demande d'extension d'agrément qu'elle avait formulée en 2017. Les services du département ont constaté, à nouveau, lors de deux visites en décembre 2020 et en février 2021 que les pratiques inadaptées de Mme A quant au développement psychomoteur des enfants et à l'organisation de l'espace de change des enfants, directement installé sur le billard, n'avaient pas évolué, ni celles relatives à la sécurisation des espaces d'accueil. Il ressort également des pièces du dossier que Mme A, qui a bénéficié de la mise en place d'un accompagnement personnalisé en vue d'améliorer son cadre d'accueil et ses pratiques professionnelles, ne s'est pas engagée dans un travail coopératif avec les services départementaux, faute de les informer de la mise en place des changements qui lui avaient été recommandés et de répondre aux multiples sollicitations qui lui ont été adressées. Enfin, les attestations versées au dossier par la requérante ne sont pas de nature à remettre en cause la matérialité des faits constatés, ni leur gravité. Ainsi, Mme A qui n'a pas témoigné de sa capacité à mesurer l'étendue de ses responsabilités en qualité d'assistante maternelle et de comprendre et accepter le rôle d'accompagnement et de suivi des services départementaux, a manqué à ses obligations au regard des dispositions précitées. Dans ces conditions, le président du conseil départemental de l'Eure, en prononçant le retrait d'agrément, ne s'est pas fondé sur des faits inexacts et n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 1er février 2022 du président du conseil départemental de l'Eure. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

La rapporteure,

Signé : H. D

La présidente,

Signé : C. BOYER Le greffier,

Signé : J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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