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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201622

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201622

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201622
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantVEYRIERES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 avril 2022, le 18 mai 2022, et 23 novembre 2022, M. C B, représenté par Me Veyrières, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui remettre le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 960 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été consulté en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'examen de sa demande au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par deux mémoires enregistrés le 19 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir les moyens dont se prévaut le requérant sont infondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 avril 2022.

Vu le jugement du magistrat désigné du 24 mai 2022 se prononçant sur les conclusions de la requête relatives à la décision portant obligation de quitter le territoire français et à la décision portant assignation à résidence ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Gilette subsistant Me Veyrières, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant ivoirien né le 19 avril 1997, entré irrégulièrement sur le territoire français, selon ses déclarations, le 20 novembre 2016, a sollicité le 7 février 2022 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décision du 2 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui accorder le titre de séjour sollicité, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois. Par une décision du 17 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a, par un jugement du 24 mai 2022, statué sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français ainsi que sur la décision l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par suite, le tribunal reste seulement saisi des conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision portant de refus de titre de séjour et des conclusions à fin d'injonction sous astreinte en tant qu'elles s'y rattachent.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Et enfin aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. M. B fait valoir sans l'établir être entré en France à l'âge de dix-neuf ans. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a conclu le 26 novembre 2020, un pacte civil de solidarité avec une ressortissante ivoirienne, en situation régulière et déjà mère de deux enfants d'une précédente union, avec qui il partage une communauté de vie récente. Ils ont eu ensemble deux enfants nés, respectivement les 4 juin 2019 et 25 juillet 2021. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 30 août 2018, prise à son encontre par le préfet de police de Paris, à laquelle il n'a pas déféré, et d'un premier refus de titre de séjour, le 27 janvier 2021 pris par le préfet de la Seine-Maritime, assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, confirmé par jugement du 12 octobre 2021 du tribunal administratif de Rouen, qui a annulé uniquement l'interdiction de retour sur le territoire qui assortissait cet arrêté. M. B a ainsi développé sa vie privée et familiale en France, depuis seulement deux années à la date de la décision attaquée alors qu'il se trouvait en situation irrégulière depuis 2016. Par ailleurs, si le frère de l'intéressé réside en France et si sa sœur est de nationalité française, M. B dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine, qu'il n'a quitté qu'après sa majorité et où réside encore sa mère et ne justifie d'aucune insertion professionnelle sur le territoire français. En outre, M. B n'établit pas, par les pièces qu'il produit, que la cellule familiale ne pourra pas se reconstituer dans leur pays d'origine. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France ainsi qu'à l'âge des enfants, la décision de refus de délivrance du titre de séjour litigieuse n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement toutes les conditions prévues à l'article L. 432-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquels il envisage de refuser la délivrance du titre de séjour sollicité et non de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. B ne remplit pas les conditions prévues pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet n'était donc pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de saisine de cette commission préalablement à l'édiction de la décision attaquée ne peut, dès lors, qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que ses conclusions au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. B aux fins d'annulation de la décision du 2 mars 2022 portant refus de titre de séjour, ainsi que celles formées aux fins d'injonction sous astreinte et au titre des frais liés au litige, en tant qu'elles s'y rattachent sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

Mme D et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé :

B. A

La présidente,

Signé :

P. BaillyLa greffière,

Signé :

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ah

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