mardi 25 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201660 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | LEPEUC MARIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 avril 2022, et un mémoire en production de pièces enregistré le 3 août 2022, Mme A se disant Dian Conté, représentée par Me Lepeuc, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté notifié en mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, dans le délai de sept jours, une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente du réexamen de sa situation, qui devrait intervenir dans le délai d'un mois, le tout sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'État en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- S'agissant de la décision portant refus de séjour :
o elle n'est pas suffisamment motivée ;
o elle méconnaît les articles R. 431-10 et L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 47 du code civil ;
o elle a été prise sans examen de sa situation personnelle ;
o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
- S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
o elle a été prise sans avis du collège de médecins de l'OFII ;
o elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
o elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
- S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
o elle n'est pas suffisamment motivée ;
o elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du 11 mai 2022 admettant la requérante à l'aide juridictionnelle totale ;
- le courrier du 6 octobre 2022 par lequel le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office de la compétence liée du préfet pour refuser un titre de séjour sur quelque fondement que ce soit ;
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,
- et les observations de Me Lepeuc, pour la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A se disant Conté, ressortissante de la République de Guinée, demande au tribunal d'annuler l'arrêté notifié en mars 2022 par lequel le préfet de la Seine Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la légalité du refus de séjour :
2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / () La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () " Aux termes de l'article L. 811-2 de ce code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. " Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. "
3. Il résulte des dispositions précitées que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a produit, à l'appui de sa demande de titre de séjour fondée sur les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un jugement supplétif d'acte de naissance du 7 mars 2019, un extrait du registre d'état civil de la commune de Boké portant transcription, le 27 novembre 2020, du jugement supplétif, un certificat de nationalité, un extrait de casier judiciaire et une carte d'identité consulaire. Les services de la police aux frontières ont estimé que le jugement supplétif, le registre d'état civil et l'extrait de casier judiciaire étaient falsifiés et ont donné un avis défavorable sur le certificat de nationalité. Si la requérante produit un acte de naissance établi le 23 mai 2022 par l'ambassade de Guinée, ce document a lui-même été établi au vu du registre d'état civil du 27 novembre 2020 estimé falsifié. La carte d'identité consulaire, qui ne constitue par ailleurs pas un document d'état civil, a elle-même été également établie au vu des documents estimés falsifiés et n'est donc pas suffisante pour établir l'identité réelle de l'intéressée, qui ne critique pas les points de non-conformité mis en avant par la police aux frontières. Les légalisations produites sont apposées sur des feuillets différents des documents d'état civil et ne peuvent dès lors pas attester de leur authenticité. Compte tenu de ces éléments, le préfet doit être regardé, alors même qu'il n'a pas fait procéder aux vérifications prévues par l'art 1er du décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger, comme renversant la présomption d'authenticité des actes d'état civil produits par la requérante à l'appui de sa demande de titre de séjour.
5. Dès lors qu'un titre de séjour constitue un titre de police et de circulation qui ne peut être remis qu'à une personne dont l'identité est établie, le préfet de la Seine-Maritime était fondé à estimer qu'il ne pouvait délivrer un titre de séjour, sur quelque fondement que ce soit, à la requérante qui ne justifiait pas de son état civil. Les autres moyens soulevés contre le refus de titre de séjour doivent dès lors être écartés comme inopérants.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, si les pièces du dossier montrent que l'intéressée présente une fragilité psychologique liée à son histoire personnelle et à son parcours migratoire, elles ne font pas apparaître un état de santé antérieur à la décision en litige pour lequel le défaut d'une prise en charge médicale pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Aucune pièce ne démontre par ailleurs qu'elle ne pourrait pas effectivement bénéficier d'une prise en charge appropriée dans son pays d'origine ou que son état de santé ne permettait pas, à la date à laquelle la décision a été prise, de s'y rendre sans risque. Les moyens tirés du défaut de saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés.
7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour n'est pas entaché d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français doit donc être écarté.
8. En dernier lieu, la requérante, qui ne produit pas de pièces établissant sa véritable identité et donc son âge véritable, est entrée irrégulièrement et récemment en France, en janvier 2019. Si les pièces produites établissent la fragilité psychologique de l'intéressée, prise en charge par l'aide sociale à l'enfance, qui a exigé son hospitalisation à 4 reprises pendant l'année scolaire pendant de courtes périodes, elles n'expliquent pas à elles-seules son échec à mener à bien ses études. Elle ne fait pas état d'une insertion sociale particulière ni de sérieuses perspectives d'insertion professionnelle. Elle a toujours gardé, pendant son séjour en France, le contact avec sa famille résidant en Guinée. En l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a, par suite, pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.
10. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision obligeant la requérante à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de son éloignement doit donc être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté notifié en mars 2022 par lequel le préfet de la Seine Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A se disant Dian Conté, à Me Marie Lepeuc et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.
La rapporteure,
H. JEANMOUGIN Le président,
P. MINNE Le président,
P. MINNE
Le greffier,
N. BOULAY
N°2201660
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026