jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201665 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n°2201664, les 22 avril 2022 et 18 juillet 2022, M. C B, représenté par Me Mary, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 16 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ; à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire, valable pendant un an, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à la selarl Maryet Inquimbert sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37, alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet ne produit pas l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) concernant la situation de Mme B ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le traitement de la demande de Mme B ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet ne produit pas l'avis du collège des médecins de l'OFII concernant la situation de Mme B ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle méconnait le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 21 mars 2022.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n°2201665, les 22 avril 2022 et 18 juillet 2022, Mme D F épouse B, représentée par Me Mary, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 16 février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ; à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire, valable pendant un an, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à la selarl MaryetInquimbert, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37, alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Elle fait valoir pour chacune des décisions attaquées les mêmes moyens que ceux développés dans la requête n°2201664, présentée par son époux, précédemment analysés.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme B été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 21 mars 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,
- et les observations de Me Mary, représentant M. et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D F épouse B, ressortissante guinéenne, née le 13 août 1996, a sollicité le 13 août 2020 le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 11°, repris à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En cours d'instruction, Mme B a également présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Son époux, M. C B, né le 26 mai 1995, ressortissant guinéen, a sollicité le même jour la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 311-11 7°, repris à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 16 février 2022, dont ils demandent l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler et de délivrer les titres sollicités, a obligé M. et Mme B à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé leur pays de destination.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 2201664 et n°2206465, présentées par M. et Mme B présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation:
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".
4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.
5. Le préfet de la Seine-Maritime fait état de ce que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a retenu par un avis du 18 août 2021 que l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical confidentiel du 7 septembre 2020 d'un docteur spécialisé en psychiatrie du groupe hospitalier du Havre, adressé au médecin de l'OFII à l'appui de la demande de titre de séjour de Mme B que celle-ci était en état de stress post-traumatique, avec des troubles dépressifs chroniques et des troubles anxieux ayant conduit à deux hospitalisation en psychiatrie, qu'elle était sujette à des idées suicidaires, une grande anxiété nécessitant un suivi psychothérapeutique hebdomadaire dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En outre, Mme B produit plusieurs certificats médicaux et ordonnances médicales entre 2018 et 2022 faisant état de la gravité de son état de santé et de la régularité de ses traitements médicamenteux. Mme B apporte ainsi assez d'éléments de nature à établir que, contrairement à ce qu'a retenu l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, le défaut de traitement médical entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Au demeurant, les pathologies dont Mme B souffre sont en lien direct avec les évènements traumatisants qu'elle a vécus dans son pays d'origine, ce qui ne permet pas, dans ce cas particulier, d'envisager un traitement effectivement approprié en Guinée. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en rejetant sa demande d'admission au séjour.
6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ()" .
7. Il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme B résident habituellement sur le territoire français depuis 2016 à une adresse commune au Havre (76), qu'ils parlent français et qu'ils ont été titulaires de 2019 à 2020 d'un titre de séjour, en raison de l'état de santé de Mme B. M. et Mme B font état de leurs activités bénévoles au sein d'associations ainsi que de leur intégration dans la société française par la production de témoignages de leurs proches et de membres des associations. Il est constant que Mme B fait l'objet d'un suivi médical pour des troubles psychiques en raison de traumatismes et de violences qu'elle a subis dans son pays d'origine de la part de membres de sa famille. En outre, Mme B exerce une activité professionnelle en contrats courts à durée déterminée depuis 2021 et effectuait à la date de la décision attaquée une formation pour devenir aide-soignante pour laquelle elle a été diplômée au mois de juin 2022. M. B exerce une activité professionnelle stable, en contrat à durée indéterminée depuis 2019, en tant que plongeur, puis en tant que monteur mécanicien pour une société automobile. Enfin, au regard des sources des traumatismes de Mme B dans son pays d'origine, celle-ci ne peut pas être regardée comme entretenant un lien avec les membres de sa famille résidant en Guinée. Dans les circonstances particulières de l'espèce, et notamment au regard de la stabilité et de l'ancienneté du séjour de M. et Mme B sur le territoire français ainsi que de l'état de santé de Mme B qui justifie, ainsi qu'il a été dit son admission au séjour, le préfet de la Seine-Maritime, en prenant les décisions de refus de titre de séjour, a porté au droit au respect de la vie privée et familiale des intéressés une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les mesures litigieuses ont été prises et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, ni qu'il soit besoin d'ordonner les expertises sollicitées, que M. et Mme B sont fondés à demander l'annulation des décisions du 16 février 2022 leur refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, les décisions les obligeant à quitter le territoire français et leur fixant le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Les annulations prononcées, eu égard à leurs motifs, impliquent nécessairement qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. et Mme B, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que la selarl MaryetInquimbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 16 février 2022 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination à l'encontre de M. et Mme B sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. et Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme B, sous réserve que la selarl MaryetInquimbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, une somme de 1 700 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Article 4 : Les surplus des requêtes sont rejetés.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, Mme D F épouse B, à Me Mary et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bailly, présidente,
Mme E et Mme A, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.
La rapporteure,
B. A
La présidente,
P. Bailly La greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2201664 et 2201665
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026