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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201673

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201673

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 avril 2022, M. B A, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 21 mars 2022 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 15 juillet 2022 fixant la clôture de l'instruction au 29 août 2022 à 12h ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. A, enregistrées le 23 août 2022.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Inquimbert, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 26 janvier 1988, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 3 octobre 2011. Il a bénéficié d'une carte temporaire de séjour, en qualité de parent d'un enfant français, du 22 septembre 2016 au 21 septembre 2017, dont le renouvellement a été implicitement refusé. Le 21 janvier 2021, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 1er décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des articles L. 423-7, L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à M. A. Il mentionne également les considérations de fait, propre à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Contrairement à ce que soutient le requérant, il n'appartenait pas au préfet de viser les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui ne constituent le fondement d'aucune des décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent écartés.

Sur le refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. "

4. M. A est père d'un enfant de nationalité française, né le 4 juillet 2013. Il est constant que cet enfant réside avec sa mère et que le requérant ne vit plus avec cette dernière. M. A ne conteste pas, par ailleurs, n'avoir aucun contact avec cet enfant. Il soutient toutefois qu'il participe à son entretien par le versement mensuel d'une somme d'argent à la mère de son enfant. Il ressort cependant des pièces du dossier qu'il a effectué ces virements jusqu'en janvier 2018. S'il se prévaut de deux attestations de la mère de son enfant, dont une établie postérieurement à l'arrêté attaqué, le 16 août 2022, celles-ci n'apportent aucune précision sur les périodes au cours desquelles M. A aurait effectué ces versements. La seule production de la preuve d'un virement par le requérant, au demeurant à la même date que la seconde attestation de son ex-compagne, ne saurait établir la réalité de sa participation à l'entretien de son enfant. Par conséquent, c'est sans faire une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté. Par conséquent, M. A ne remplissant pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit également être écarté.

5. En second lieu, M. A se prévaut de son ancienneté de séjour, de ses attaches familiales et de son insertion professionnelle sur le territoire français. Cependant, il ressort des pièces du dossier que la présence du requérant en France n'est établie qu'à compter de la naissance de son enfant en juillet 2013 et, par ailleurs, qu'il a séjourné plusieurs fois en Côte d'Ivoire au cours des années 2016 et 2017, où il ne conteste pas être père d'un enfant mineur. S'il justifie avoir un frère de nationalité française et une sœur en situation régulière, il n'entretient plus de lien avec son fils de nationalité française et il n'apporte aucun élément de nature à établir l'intensité de la relation qu'il allègue avec une ressortissante burkinabé, qui, au demeurant, séjourne en France sous couvert d'un titre de séjour en qualité d'étudiante ne lui donnant pas vocation à s'y établir. En outre, l'insertion professionnelle de M. A se limite à un an de travail salarié entre mars 2017 et mars 2018 et à quelques mois à compter d'août 2021. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale en ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour, eu égard aux buts poursuivis par cette décision. Le préfet n'a pas non plus méconnu son obligation de faire de l'intérêt supérieur de l'enfant français de M. A, avec lequel il n'entretient plus aucun lien, une considération primordiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés. Ces dernières stipulations n'imposant pas à l'autorité administrative de procéder à un examen distinct du droit au séjour des étrangers sur le fondement, d'une part, de la vie privée et, d'autre part, de la vie familiale, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté. Enfin, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

7. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen, dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les moyens, dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les moyens, dirigés contre la décision fixant le pays de destination, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.

Le rapporteur,

A. LE VAILLANT

Le président,

P. MINNELe greffier,

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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