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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201680

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201680

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201680
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête et des mémoires en production de pièces, enregistrés le 22 avril 2022, le 27 avril 2022, le 12 juillet 2022 et le 23 août 2022, M. C B, représenté A la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2021 A lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 600 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B soutient que :

* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'une progression dans ses études ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

A un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés A M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 21 mars 2022 A laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle ;

- la décision A laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,

- et les observations de Me Leroy, substituant la SELARL Mary et Inquimbert, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen, né le 5 mai 1993, est entré sur le territoire français le 29 septembre 2016 sous couvert d'un visa étudiant et a bénéficié de titres de séjour en cette qualité jusqu'au 31 décembre 2021. Il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour le 17 octobre 2021. A décision du 1er décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre sollicité et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que M. B ne justifiait pas du sérieux de ses études ni d'une progression raisonnable, qu'il ne justifiait pas de famille en France et n'établissait pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'examen de son dossier ne permettait pas d'envisager une régularisation à titre exceptionnel et dérogatoire et que rien ne s'opposait à ce qu'il fût obligé de quitter le territoire français. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. Les décisions attaquées, qui contrairement à ce que soutient le requérant n'ont pas à viser l'ensemble des éléments relatifs à sa vie personnelle, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. B A le préfet de la Seine-Maritime, sont donc suffisamment motivées.

Sur les moyens propres au refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. () " Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'après la validation de la licence mention " économie et gestion " obtenue à la suite de l'année 2016/2017, M B était inscrit en première année de Master " économie " pour l'année 2017/2018 et a été ajourné. Il était inscrit en première année du même master pour l'année 2018/2019 et a été ajourné sans autorisation de redoublement. Il était inscrit en première année de master " monnaie banque finance assurance " pour 2019/2020 et a été ajourné. Il s'y est réinscrit en 2020/2021 et a été ajourné. Il était inscrit en première année de master " management " pour 2021/2022 et a été ajourné. Ainsi, d'une part, depuis six années, l'intéressé n'a pas validé d'année universitaire, ni même de semestre. D'autre part, en faisant état de ses problèmes de santé et d'accès aux cours en raison des restrictions imposées A l'épidémie de Covid-19, il ne fait pas état de motifs permettant de justifier le manque de progression sur la période concernée. A suite, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet a, au 1er décembre 2021, refusé de l'admettre au séjour en qualité d'étudiant.

5. En second lieu, M. B soutient qu'il a placé en France le centre de ses intérêts privés. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, si l'intéressé indique qu'il est orphelin et qu'il entretient des liens forts avec son frère résidant en France, le requérant, célibataire et sans enfant, n'est entré en France qu'à l'âge de vingt-trois ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine. Il ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement inséré socialement dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est en tout état de cause pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime du 1er décembre 2021 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

7. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés au point 5.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les motifs exposés au point 5.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2021 A lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. A voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,

T. DEFLINNE

Le président,

P. MINNE

Le greffier,

N. BOULAY

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