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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201699

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201699

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2022, Mme D C, représentée par Me David Boyle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour " étranger malade ", ou à défaut une autorisation provisoire de séjour lui permettant de déposer des éléments supplémentaires à l'appui de sa demande de titre de séjour, et de procéder à un nouvel examen approfondi de sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des dispositions des articles L. 911-1, L911-2 et L 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État et au bénéfice de Me Boyle, la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir l'indemnité due au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme C soutient que :

Les décisions comprises dans l'arrêté attaqué :

- ont été signées par une autorité ne disposant pas d'une délégation à cette fin ;

- sont insuffisamment motivées, s'agissant, notamment, du refus de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours et de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- sont entachées d'une erreur d'appréciation concernant la gravité de sa pathologie ;

- sont entachées d'une erreur d'appréciation concernant la disponibilité des soins et des médicaments dans son pays d'origine ;

- sont entachées d'une erreur d'appréciation concernant l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation concernant ses conditions d'existence et son insertion dans la société française ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation concernant la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation concernant l'existence d'un motif humanitaire ou exceptionnel ;

- sont entachées d'une erreur de droit et d'appréciation concernant la violation de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 5 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 17 juin 2022.

Un mémoire a été enregistré pour Mme C le 20 juin 2022.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mars 2022.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Boyle, représentant Mme D C.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, ressortissante guinéenne née le 13 octobre 1998 à Kindia (Guinée), est entrée en France le 27 octobre 2018. Le 7 décembre 2018, elle a sollicité l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 30 janvier 2019, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 décembre 2019. Par un arrêté du 17 décembre 2019, le préfet de l'Eure a refusé son admission au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire. Le 10 décembre 2020, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-11-11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a ainsi obtenu un titre pour une durée de six mois. Le 20 août 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 décembre 2021, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, par un arrêté n° DCAT/SJIPE-2021-014 du 22 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Eure a donné délégation à Mme Isabelle Dorliat-Pouzet, secrétaire générale de la préfecture de l'Eure, pour signer tous arrêtés et décisions, à l'exception d'actes expressément listés, parmi lesquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué est, par conséquent, infondé et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont le préfet de l'Eure a fait application. Il rappelle les principales caractéristiques de la vie privée et familiale de Mme C, notamment qu'elle est célibataire et sans charge de famille, que ses liens personnels en France ne sont pas anciens et stables, que son état de santé nécessite une prise en charge médicale mais que le défaut de traitement ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. De plus, il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'OFII s'est prononcé le 23 novembre 2021 sur la situation médicale de la requérante. Cet avis indique qu'il a été rendu aux termes d'une délibération collégiale. Mme C ne justifie d'aucun élément permettant de remettre en cause ce caractère collégial. En outre, il ressort des pièces du dossier que le Dr A B, médecin rapporteur, n'a pas siégé au sein du collège. Par ailleurs, le préfet ayant accordé à Mme C un délai de départ volontaire de trente jours, délai de droit commun prévu par l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ne méconnaît pas le 2° de l'article 7 de la directive " retour ", il n'était pas tenu de motiver spécifiquement cette décision dès lors qu'il n'est ni établi ni allégué que la requérante avait formulé une demande tendant à ce qu'un délai plus long lui soit accordé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions litigieuses doit être écarté dans toutes les branches invoquées par la requérante.

4. En troisième lieu, le collège de médecins de l'OFII a indiqué dans son avis précité du 23 novembre 2021 que si l'état de santé de Mme C nécessitait bien une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge n'entraînerait pas de conséquences d'une exceptionnelle gravité. En se bornant à soutenir que les médicaments composant son traitement ne sont pas disponibles en Guinée, que le système de santé guinéen est défaillant, qu'elle a auparavant bénéficié d'une carte de séjour sur le fondement de son état de santé, que le précédent avis du collège des médecins de l'OFII du 2 mars 2021 indiquait que le défaut de prise en charge médicale pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et en produisant un certificat médical du 1er mars 2022, postérieur à l'arrêté litigieux, faisant état de ce qu'elle est suivie par un médecin spécialisé en médecine physique et rééducative, un orthoprothésiste et un kinésithérapeute, suivi pluridisciplinaire qu'il indique comme n'étant " pas disponible en Guinée ", un rapport d'évaluation d'octobre 2012 de médecins sans frontière s'intitulant " Vulnérabilités urbaines à Conakry, Guinée " faisant notamment état d'un système de santé défaillant en Guinée, la requérante n'apporte toutefois pas d'éléments suffisamment précis et probants de nature à contrarier les conclusions du collège des médecins de l'OFII et à démontrer que le défaut de prise en charge médicale serait de nature à entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Enfin, si la requérante fait valoir, en outre, que le préfet de l'Eure a commis une erreur d'appréciation concernant la disponibilité des soins et des médicaments dans son pays d'origine, elle ne saurait utilement faire état de cette circonstance dès lors que l'avis du collège des médecins de l'OFII a conclu à l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé en cas de défaut de prise en charge de ses pathologies. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation concernant la gravité de la pathologie de la requérante et concernant la disponibilité des soins et des médicaments dans son pays d'origine doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".

6. Mme C fait valoir que l'acte attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation relative à l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, qu'elle est célibataire et sans charge de famille en France et que l'ensemble de sa famille réside en Guinée. Par ailleurs, si la requérante soutient aussi que l'acte attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation relative à la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine, dès lors que cela fait trois ans qu'elle a quitté ce pays et qu'elle n'y aurait plus d'attaches fortes, elle n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations alors même que l'ensemble de sa famille vit en Guinée et qu'elle y a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet de l'Eure n'a pas commis d'erreur d'appréciation portant sur l'intensité, l'ancienneté et la stabilité des liens personnels et familiaux en France et dans le pays d'origine de la requérante, ni plus que sur son insertion dans la société française, et pas davantage sur son isolement dans son pays d'origine. Enfin, si la requérante fait également valoir que l'acte attaqué, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation relative à ses conditions d'existence et à son insertion dans la société française et qu'elle apporte la preuve qu'elle bénéficie de l'allocation aux adultes handicapés depuis le 1er avril 2021 et donc de ressources supposées suffisantes afin d'assurer sa subsistance sur le territoire, cette seule circonstance ne suffit pas à permettre de regarder l'arrêté du 28 décembre 2021 comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Les moyens soulevés en ce sens ainsi que celui tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, par suite, être écartés.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. Mme C soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'erreur d'appréciation en relevant qu'elle ne justifie d'aucun motif humanitaire ou motif exceptionnel de nature à la faire admettre au séjour. Toutefois, eu égard aux éléments rappelés au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me David Boyle et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La présidente-rapporteure,

A. E

L'assesseur le plus ancien,

C. BOUVETLe greffier,

J. L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201699

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