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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201720

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201720

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201720
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 25 avril 2022 et 1er juillet 2022, M. B C, représenté par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou de réexaminer sa demande dans le même délai de trente jours et également sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ou, à titre subsidiaire, une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

la décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'un défaut de motivation et signée par une autorité incompétente ;

- n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour et méconnait le droit d'être entendu ;

- méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant;

- méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée et signée par une autorité incompétente;

- n'a pas respecté le principe du droit d'être entendu ;

- méconnaît le 5° de l'article L 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- est illégale car fondée sur un refus de titre de séjour illégal ;

la décision fixant le pays de destination

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale car fondée sur une mesure d'éloignement illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- les rapports de M. A ;

- les observations de Me Kabamba, pour M. C.

Le préfet de l'Eure n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C est un ressortissant marocain né le 14 juillet 1985, qui affirme être entré en France régulièrement en mars 2015. Il est le père d'un enfant français né le 27 janvier 2021 de sa relation avec une ressortissante française. Le 5 novembre 2021, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et par l'acte attaqué du 6 décembre suivant, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande et a pris à son encontre une mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :

2. Les décisions contestées, signées par Mme Isabelle Dorliat-Pouzet, secrétaire générale de la préfecture de l'Eure disposant d'une délégation en date du 22 mars 2021 à cet effet, comprennent les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et sont par suite suffisamment motivées. Les moyens tirés du défaut de motivation et de l'incompétence du signataire des actes en cause doivent par conséquent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. Les pièces versées au dossier par le requérant, constituées de factures, de photographies et de témoignages dépourvus de caractère probant, en raison, pour certaines, de leur caractère insuffisamment significatif, pour d'autres de leur postériorité à l'acte attaqué, ne démontrent pas l'effectivité de l'entretien et de l'éducation de l'enfant concerné. Par ailleurs, le requérant, entré en France à l'âge de trente ans, dispose au Maroc de nombreuses attaches familiales, a développé sa vie privée et familiale en France alors qu'il se trouvait en situation irrégulière, et ne pouvait par conséquent ignorer qu'il était susceptible de faire l'objet d'un refus de délivrance d'un titre de séjour accompagné d'une mesure d'éloignement. La circonstance qu'un enfant devrait naître dans les mois à venir est, de ce point de vue, sans effet sur la légalité de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions et stipulations précitées doit être écarté

5. En deuxième lieu, eu égard à ce qui précède relativement aux relations entretenues par M. C avec l'enfant français concerné, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté, ainsi que celui tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation, l'administration l'ayant correctement analysée.

7. En quatrième lieu, une atteinte au droit d'être entendu tel que prévu à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait été empêché, avant que ne fût prise à son encontre la décision qu'il conteste, de porter à la connaissance de l'administration des informations tenant à sa situation personnelle qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision.

8. En dernier lieu, eu égard à ce qui précède, dès lors que le requérant ne remplissait pas les conditions lui permettant de bénéficier de plein droit de la délivrance d'une carte de séjour temporaire, le préfet de l'Eure n'était pas tenu de consulter la commission du titre de séjour avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français:

9. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de la violation du droit d'être entendu, de l'erreur manifeste d'appréciation et du défaut d'examen sérieux de sa situation doivent être écartés. Par ailleurs, M. C n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour pour demander l'annulation de la décision attaquée.

10. En second lieu, dès lors que la réalité de l'entretien et de l'éducation de l'enfant français de M. C par ses soins n'est pas établie, il n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions de l'article L. 611-3.5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. M. C n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour demander l'annulation de la décision attaquée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Elatrassi-Diome et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Leduc, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 octobre 2022.

Le rapporteur,

C. ALa présidente,

A. GAILLARD

La greffière,

A. HUSSEIN

N°2201720

ah

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