jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201761 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 avril 2022, M. C représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert conformément aux dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation de l'avocat au versement de l'aide juridictionnelle.
M. B soutient que :
- à titre liminaire, l'arrêté étant dépourvu de décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, celle-ci ne peut faire l'objet d'une exécution d'office ;
Le refus de séjour :
- n'a pas été précédé de la saisine de la commission du titre de séjour ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- la décision du 25 mai 2022 par laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;
- les observations de Me Vercoustre, représentant de M. B.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant mongol né le 7 juillet 1988, est entré en France le 28 février 2011. Il a sollicité une première fois l'asile, sous l'alias d'Ingha Jandos, ressortissant kazakh. Sa demande a été rejetée en 2011 par l'OFPRA et en 2012 par la CNDA. Il a fait l'objet, le 8 février 2013, d'un premier arrêté d'éloignement auquel il ne s'est pas conformé. Le 1er décembre 2015, l'intéressé a fait une nouvelle fois l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français auquel il n'a pas déféré. Le 21 décembre 2020, M. B a été condamné à un an d'emprisonnement pour des faits de refus d'obtempérer dans des circonstances exposant autrui à un risque de mort ou d'infirmité, conduite en état d'ivresse, rébellion et conduite sans permis. Il a été placé sous le régime de la détention à domicile, sous surveillance électronique, le 30 mars 2021. Le 18 juin 2021, M. B a fait l'objet d'un troisième arrêté d'éloignement, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans auquel il ne s'est pas conformé. Le 24 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence à compter de sa levée d'écrou, prévue le 30 décembre suivant. Le 21 janvier 2022, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le refus de séjour :
2. En premier lieu, le requérant ne remplissant pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit et n'établissant pas résider habituellement en France depuis dix ans par les pièces qu'il produit, ce que conteste d'ailleurs le préfet de la Seine-Maritime dans ses écritures en défense, ce dernier n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour, pour avis, avant d'adopter la décision en litige. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
4. Au cas d'espèce, M. B ne saurait valablement se prévaloir de sa durée de séjour en France, celle-ci résultant, notamment, de ce qu'il ne s'est pas conformé aux trois précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre. En outre, sa compagne, de nationalité mongole, avec laquelle il a eu un fils prénommé A, né le 15 septembre 2021, également titulaire de cette nationalité, est en situation irrégulière et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en 2018, à laquelle elle n'a pas déféré. Rien ne fait obstacle, dès lors, à ce que la cellule familiale se reconstitue en Mongolie ce qui, eu égard au très jeune âge de l'enfant, n'est nullement susceptible de léser son intérêt supérieur. La circonstance que le beau-frère et la sœur de M. B résident en France, n'est pas, par elle-même de nature à révéler que le requérant a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Au demeurant, Mme D B, sœur du requérant, est également sous le coup d'une mesure d'éloignement. Enfin, la circonstance que le requérant dispose d'une promesse d'embauche établie le 19 octobre 2021 par le gérant de la SAS M'hani, homonyme de son logeur, pour un emploi de peintre, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, n'est pas de nature à contrarier l'appréciation portée par le préfet de la Seine-Maritime sur l'absence d'insertion de M. B dans la société française, celui-ci n'apportant pas le moindre commencement de preuve d'une activité professionnelle actuelle ou passée alors même qu'il soutient résider en France depuis dix ans. Enfin, la situation personnelle et familiale du requérant, telle qu'elle a été précédemment exposée, ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette mesure a été prise ou aurait méconnu l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant doivent être écartés, de même que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de l'intéressé ne peut être accueilli.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, la décision de refus de séjour n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
6. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces considérations sont suffisamment précises et développées pour avoir mis le requérant à même d'en apprécier la teneur et d'en discuter la légalité. La décision est, par suite, suffisamment motivée. Dès lors, celle portant obligation de quitter le territoire, qui est prise en raison du refus de séjour, n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, conformément aux dispositions de l'article L 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.
7. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point n°4, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés.
Sur le refus d'octroi de délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.
9. En deuxième lieu, si M. B soutient qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire préalablement à son adoption, il a présenté une demande de titre de séjour au soutien de laquelle il a pu faire état de tous les éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle. L'administration n'était dès lors pas tenue de lui permettre de présenter des observations spécifiques sur la décision contestée, alors qu'il ne pouvait ignorer qu'en cas de refus de sa demande de titre de séjour, il pourrait être obligée de quitter le territoire français, le cas échéant, sans qu'un délai de départ volontaire lui soit octroyé. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu a été méconnu.
10. En troisième lieu, ainsi qu'il a été rappelé au point n°1, M. B a été condamné, le 21 décembre 2020, par le tribunal judiciaire du Havre à un an d'emprisonnement pour des faits de refus d'obtempérer dans des circonstances exposant autrui à un risque de mort ou d'infirmité, conduite en état d'ivresse, rébellion et conduite sans permis, puis placé sous le régime de la détention à domicile, sous surveillance électronique. Eu égard au caractère récent de la condamnation et à la nature des faits, le préfet de la Seine-Maritime était fondé à estimer que l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public et, dès lors, à lui refuser tout délai de départ volontaire. En outre, le préfet s'est également fondé sur la circonstance que M. B n'a pas déféré à deux précédentes obligations de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, situation démontrant l'existence d'un risque de fuite. Par suite, la décision n'est entachée d'aucune méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point n°4, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant doivent être écartée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Mulot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé
C. BOUVET
La présidente,
Signé
A. GAILLARD
La greffière,
Signé
A. RAHILI
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2201761
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026