jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201762 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | LEROY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 28 avril 2022 et 1er septembre 2022, Mme A E , représentée par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit tout retour en France pour une durée de deux ans;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou de réexaminer sa demande dans ce délai de deux mois, et de lui remettre, dans tous les cas, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les quinze jours et jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur son admission au séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 euros au titre de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- méconnait le droit à une bonne administration, qui comprend le droit d'être entendu, les obligations de motivation et d'examen complet et sérieux de sa situation ;
- n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;
- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- méconnait le droit à une bonne administration et les droits de la défense ;
- est illégale car fondée sur un refus de titre de séjour illégal ;
- est contraire à la jurisprudence Diaby, méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de destination :
- méconnait le droit à une bonne administration et les droits de la défense ;
- est illégale car fondée sur une mesure d'éloignement illégale ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision interdisant son retour en France :
- méconnait le droit à une bonne administration et les droits de la défense ;
- est illégale car fondée sur une mesure d'éloignement illégale ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2022 à 12h.
Un mémoire a été produit pour Mme E le 9 octobre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction et non communiqué.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 11 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Leduc, premier conseiller,
- et les observations de Me Leroy, pour Mme E.
Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E, ressortissante albanaise née le 15 mai 1991, déclare être entrée en France le 9 janvier 2016, accompagnée de son époux et de leur fils mineur. Par une décision du 25 novembre 2016, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande d'asile. Le 28 décembre 2016, le préfet de l'Eure a pris à l'encontre de Mme E une obligation de quitter le territoire français à laquelle l'intéressée n'a pas déféré. Le 8 janvier 2019, Mme E a déposé une demande de titre de séjour se prévalant, notamment de son état de santé ainsi que de celui de son fils. Par un arrêté du 12 janvier 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. La requête de Mme E tendant à l'annulation de cet arrêté a été rejetée par un jugement du tribunal administratif de Rouen en date du 30 septembre 2021, confirmé sur appel de la requérante par la cour administrative d'appel de Douai le 7 avril 2022. Entretemps, Mme E avait sollicité, le 27 janvier 2022, le préfet de la Seine-Maritime en vue d'obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, demande qu'il a rejetée par l'arrêté attaqué du 17 mars 2022, notifié le 26 avril suivant, l'obligeant également à quitter sans délai le territoire français et lui interdisant tout retour en France pendant une durée de deux années.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme E, postérieurement à la condamnation pénale dont elle a fait l'objet le 28 juin 2018 pour recel d'objets volés par son ex-époux, M. B, condamné à une peine d'emprisonnement de cinq ans et incarcéré à compter de décembre 2016, en a obtenu le divorce par jugement du 18 mai 2020. Si, à l'occasion de sa demande de titre de séjour du 8 janvier 2019, qui a donné lieu à l'arrêté préfectoral de rejet en date du 12 janvier 2021, la requérante n'a pas fourni d'éléments utiles relatifs à sa vie familiale en France, il ressort des éléments produits dans la présente instance que sa sœur, Mme D C, résidant comme elle au Havre, a disposé d'un titre de séjour à compter du 21 décembre 2020, et son frère, M. F E, résidant à Rouen, depuis le 4 février 2021, se trouve également en France en situation régulière. L'autre sœur de la requérante réside régulièrement en Italie, et il n'est pas contesté que son autre frère est installé au Royaume-Uni. Il résulte de pièces suffisamment probantes et concordantes versées au dossier que Mme E entretient de très étroites relations, d'une part, avec sa sœur résidant au Havre, pour, en particulier, avoir été hébergée chez elle sur une période de deux années, et, d'autre part, avec son frère résidant à Rouen. Le fils de la requérante, né en septembre 2012 et désormais âgé de dix ans, est quant à lui scolarisé depuis l'âge de quatre ans en France, où ses relations constantes avec les enfants de la sœur de la requérante sont suffisamment établies. La requérante n'entretient plus aucune relation avec ses parents résidant en Albanie, au même titre que sa fratrie établie en France, ni avec son ex-époux, installé en Albanie depuis la fin de son incarcération. En ce qui concerne le degré d'insertion de Mme E dans la société française, cette donnée apparait également suffisamment documentée, eu égard, d'une part, à sa contribution active à la vie d'associations caritatives, telles que le Secours populaire français, Le Havre des Familles, ou encore le Secours catholique qui en témoignent de manière circonstanciée, et, d'autre part, à sa maîtrise de la langue française, à quoi s'agrège une promesse d'embauche en date du 29 juillet 2021 émanant de la société Intercontinental Market sise au Havre.
3. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Seine-Maritime, en considérant, d'une part, que la requérante disposait encore d'attaches familiales en Albanie incarnées par ses parents et son ex-époux, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle se refuse à tout contact avec eux en raison de leur nocivité à son endroit, et d'autre part, en éludant totalement la présence en France de sa sœur Jonida et de son frère F avec lesquels l'intensité des liens est suffisamment établie, alors que l'acte attaqué souligne que Mme E n'est pas dépourvue d'attaches " ni en Angleterre ni en Italie ", a méconnu les stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête et nonobstant les précédentes mesures d'éloignement dont a fait l'objet la requérante, l'acte attaqué doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, la mesure portant obligation de quitter sans délai le territoire français, la décision fixant le pays de destination, ainsi que celle lui interdisant tout retour en France pendant deux années.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
4. Eu égard au motif d'annulation précité, il convient d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de remettre à Mme E un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui remettre également, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, sans qu'il soit besoin d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
5. Il convient également, eu égard à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
6. Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Leroy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à cette dernière de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Maritime par lequel il a, le 17 mars 2022, refusé d'accorder un titre de séjour à Mme E, l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit tout retour en France pour une durée de deux années, est annulé.
Article 2 : Le préfet de la Seine-Maritime remettra à Mme E un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il lui remettra également dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.
Article 3 : Il est également enjoint au préfet de la Seine-Maritime de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement de Mme E aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans le même délai.
Article 4 : L'État versera à Me Leroy la somme de 1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, à Me Magali Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Leduc, premier conseiller,
M. Bouvet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
Le rapporteur,
C. LEDUCLa présidente,
A. GAILLARD
Le greffier,
N. BOULAY
N°220176
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026