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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201771

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201771

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantESNAULT-BENMOUSSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 21 avril 2022, le président du tribunal administratif d'Orléans a transmis le dossier de la requête de M. A C au tribunal administratif de Rouen.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Orléans le 17 décembre 2021 puis au greffe du tribunal administratif de Rouen le 21 avril 2022 sous le n° 2201771, M. A C, représenté par Me Esnault-Benmoussa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2021 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à titre principal, à verser à Me Esnault-Benmoussa au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat à la part contributive de l'Etat, et, à titre subsidiaire, à lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que les décisions attaquées :

- sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin ayant rédigé le rapport ne siégeait pas au sein du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ayant rendu son avis ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'état de santé du requérant, d'une part, concernant sa pathologie, et d'autre part, concernant l'impossibilité de sa prise en charge médicale en Russie.

Par un mémoire en défense, et des pièces complémentaires, enregistrées le 3 mars 2022 le 19 avril 2022 et le 20 avril 2022 au greffe du tribunal administratif d'Orléans, la préfète d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par décision du 19 novembre 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant russe né le 12 septembre 1976, déclare être entré en France en décembre 2015. Le 19 juin 2016, l'Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du Droit d'Asile (CNDA) le 26 octobre 2017. Le 2 mai 2018, il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, rejetée par décision du 16 novembre 2018. Le 21 mai 2019, il a formé une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Par arrêté du 2 août 2019, confirmé par la décision du tribunal administratif d'Orléans du 10 décembre 2020, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le 6 janvier 2021, M. C a sollicité une nouvelle fois son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Par l'arrêté du 19 avril 2022, la préfète d'Indre-et-Loire a décidé du placement de M. C à l'issue de sa levée d'écrou en rétention au centre de rétention administration de Rouen. Le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rouen a ordonné sa mise en liberté le 21 avril 2022. Par l'arrêté attaqué du 6 août 2021, la préfète d'Indre-et-Loire a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour () au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté () au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé ". L'article R. 425-13 du même code prévoit que : " Le collège à compétence nationale () est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

3. A l'appui de son mémoire en défense, la préfète d'Indre-et-Loire a produit l'avis émis le 3 mai 2021 par le collège des médecins de l'OFII au sein duquel ne siégeait pas le médecin rapporteur. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'OFII a estimé par un avis du 3 mai 2021 que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. M. C produit un certificat médical daté du 18 février 2021 établi par un médecin psychiatre indiquant qu'il souffre de troubles psychiatriques sévères, pouvant, en l'absence de traitement, provoquer des réactions d'impulsivité et que l'absence de prise en charge psychiatrique entrainerait une recrudescence de l'angoisse et des troubles du comportement. Toutefois, ce certificat, qui n'est corroboré par aucun autre élément versé au dossier, ne permet pas d'établir que le défaut de sa prise en charge médicale entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni qu'il ne pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine. Dans ces conditions M. C n'établit pas que l'absence de prise en charge médicale entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité à son égard. Par suite, et quelle que soit la disponibilité en Russie des substances qui lui sont prescrites en France, le moyen tiré de tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de l'état de santé de M. C doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C aux fins d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Esnault-Benmoussa et à la préfète d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

La rapporteure,

L.B

La présidente,

C.BOYER Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne à la préfète d'Indre-et-Loire en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

SG

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