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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201812

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201812

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201812
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantRENOULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 28 avril 2022 et le 9 juin 2022, M. A B, représenté par Me Renoult, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 novembre 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Normandie a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont il a été victime le 24 septembre 2021 ainsi que la décision du 8 février 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre, sous astreinte, à la rectrice de l'académie de Normandie de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont il a été victime ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens ainsi qu'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'accident dont il a été victime le 24 septembre 2021 est intervenu pendant l'exercice de ses fonctions, sur son lieu de travail et durant son temps de travail, si bien qu'il est présumé imputable au service ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article 47-3 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 et est fondée sur des faits matériellement inexacts.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 juin 2022 et le 28 juin 2022, la rectrice de l'académie de Normandie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 3 mars 2023 fixant la clôture de l'instruction au 4 mai 2023 à 12h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, professeur des écoles affecté à Sotteville-lès-Rouen, a été victime le 24 septembre 2021 d'un accident au sein de son établissement. Le 12 octobre 2021, il a rempli un formulaire de déclaration d'accident de service qu'il a transmis aux services de l'académie de Normandie, lesquels l'ont reçu le 18 octobre 2021. Estimant que la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident de M. B, ainsi formalisée, n'avait pas été complétée dans les délais impartis par les dispositions réglementaires en vigueur, la rectrice a, par la décision attaquée du 2 novembre 2021, rejeté cette demande. M. B demande également l'annulation de la décision du 8 février 2022 par laquelle la rectrice de l'académie de Normandie a rejeté son recours gracieux.

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service () / VI. -Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités du congé pour invalidité temporaire imputable au service mentionné au premier alinéa () " Aux termes de l'article 47-1 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Le congé prévu au premier alinéa du I de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée est accordé au fonctionnaire, sur sa demande, dans les conditions prévues par le présent titre. " Aux termes de l'article 47-2 de ce décret : " Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire, ou son ayant-droit, adresse par tout moyen à son administration une déclaration d'accident de service, d'accident de trajet ou de maladie professionnelle accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. / La déclaration comporte : / 1° Un formulaire précisant les circonstances de l'accident ou de la maladie. Un formulaire type est mis en ligne sur le site internet du ministère chargé de la fonction publique et communiqué par l'administration à l'agent à sa demande ; / 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l'accident ou de la maladie ainsi que, s'il y a lieu, la durée probable de l'incapacité de travail en découlant. " Aux termes de l'article 47-3 du même décret : " I.- La déclaration d'accident de service ou de trajet prévue à l'article 47-2 est adressée à l'administration dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident. / Ce délai n'est pas opposable à l'agent lorsque le certificat médical prévu au 2° de l'article 47-2 est établi dans le délai de deux ans à compter de la date de l'accident. Dans ce cas, le délai de déclaration est de quinze jours à compter de la date de cette constatation médicale. / () IV.- Lorsque les délais prévus aux I et II ne sont pas respectés, la demande de l'agent est rejetée. / Les délais prévus aux I, II et III ne sont pas applicables lorsque le fonctionnaire () s'il justifie d'un cas de force majeure, d'impossibilité absolue ou de motifs légitimes. "

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que pour solliciter la reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident et bénéficier du congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire en activité doit en faire la demande en adressant à son administration une déclaration d'accident de service. Cette déclaration doit, en principe, être adressée dans un délai de quinze jours à compter de la date de l'accident. Toutefois, si un certificat médical relatif aux lésions résultant de l'accident a été établi dans un délai de deux ans à compter dudit accident, la déclaration d'accident de service doit être adressée dans un délai de quinze jours à compter de la date de ces constatations médicales. Les deux délais mentionnés précédemment ne sont néanmoins pas opposables aux fonctionnaires justifiant d'un cas de force majeur, d'impossibilité absolue ou de motifs légitimes.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a transmis à son employeur, le 18 octobre 2021, un formulaire de déclaration d'accident de service, rempli par ses soins le 12 octobre 2021. Ce document faisait état d'un accident survenu le 24 septembre 2021. Il est constant que M. B n'a transmis, le 18 octobre 2021, que le formulaire de déclaration d'accident de service prévu par les dispositions précitées du 1° de l'article 47-2 du décret du 14 mars 1986. Faute d'être accompagné du certificat médical prévu par le 2° du même article, l'administration pouvait légalement, sur le fondement de ces dispositions, rejeter sa demande le 2 novembre 2021 eu égard à son incomplétude. Les circonstances, dont se prévaut M. B, que des certificats médicaux constatant les lésions, établis le 8 novembre 2021 et le 12 décembre 2021, auraient été susceptibles de rendre inopposable le délai de principe de quinze jours à compter de la date de l'accident pour transmettre ces documents, et qu'il a adressé à l'administration une nouvelle déclaration d'accident de service datée du 10 décembre 2021, sont toutes postérieures à la décision attaquée et sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, la rectrice de l'académie de Normandie pouvait, le 2 novembre 2021, sans s'être fondée des faits matériellement inexacts ni commettre une erreur de droit dans l'application des dispositions précitées de l'article 47-3 du décret du 14 mars 1986, rejeter la demande de M. B de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident dont il avait été victime le 24 septembre 2021, au seul motif qu'il ne l'avait pas complétée par la production du certificat médical prévu au 2° de l'article 47-2 de ce décret.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 2 novembre 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Normandie a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont il a été victime le 24 septembre 2021, ni, par conséquent, de la décision du 8 février 2022 rejetant son recours gracieux. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée, pour information, à la rectrice de la région académique Normandie.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

Le rapporteur,

A. LE VAILLANT

Le président,

P. MINNELe greffier,

N. BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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