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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201815

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201815

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201815
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

C une requête enregistrée le 29 avril 2022, M. A B, représenté C la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2022 C lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au le préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros C jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B soutient que :

* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle a été adoptée à la suite d'une procédure irrégulière car la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- elle n'a pas été adoptée à la suite d'un examen personnalisé de sa situation dès lors que le préfet n'a pas examiné sa demande d'admission exceptionnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

C un mémoire en défense, enregistrés le 29 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés C M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 23 mars 2022 C laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision C laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller ;

- et les observations de Me Leroy, substituant la SELARL Mary et Inquimbert, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant comorien, né le 13 mai 1989, est entré sur le territoire français le 10 août 2019 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a déposé une demande d'admission au séjour le 14 décembre 2021 en qualité de salarié. C décision du 16 février 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre sollicité et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que M. B ne disposait pas d'un visa de long séjour ni d'un contrat de travail, que, célibataire et sans enfants, il n'établissait pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résidaient ses parents et trois membres de sa fratrie, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'examen de son dossier ne permettait pas d'envisager une régularisation à titre exceptionnel et dérogatoire et que rien ne s'opposait à ce qu'il fût obligé de quitter le territoire français. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. Les décisions attaquées, qui contrairement à ce que soutient l'intéressé, n'ont pas à indiquer un autre but que le respect de la législation applicable, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. B C le préfet de la Seine-Maritime au regard de la demande faite C l'intéressé le 14 décembre 2021, laquelle se limitait à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, sans faire état d'une admission exceptionnelle ni d'ailleurs de la présence de son fils sur le territoire français, sont donc suffisamment motivées.

Sur les moyens propres au refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée C un étranger qui justifie C tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () " Il ressort de ces dispositions que l'autorité préfectorale, saisie d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, n'est tenue de saisir la commission du titre de séjour que pour les étrangers justifiant résider en France depuis plus de dix ans.

4. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. B n'a pas sollicité son admission exceptionnelle au séjour mais la délivrance d'un titre de plein droit. D'autre part, si l'intéressé peut être regardé comme ayant été scolarisé sur le territoire non européen de la France entre 2003 et 2008, il ne justifie pas d'une résidence en France entre 2008 et 2019. C suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie en raison du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que l'intéressé ne justifie résider en France que depuis 2019 alors même qu'il aurait été scolarisé sur le territoire extra-européen de la France entre 2003 et 2008. D'autre part, il ne justifie ni résider avec la mère de l'enfant né le 19 octobre 2021 qu'il a reconnu C anticipation le 24 août 2021 ni contribuer à l'entretien ou l'éducation de cet enfant. Enfin, il n'est entré pour la dernière fois en France qu'à l'âge de trente ans et ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents et trois membres de sa fratrie, alors qu'il ne justifie pas être particulièrement inséré socialement et professionnellement dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que la décision en litige du le préfet de la Seine-Maritime du 16 février 2022 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision ne méconnaît pas les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

8. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés au point 6.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En deuxième lieu, l'étranger, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, et, le cas échéant, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Il appartenait à l'intéressé de fournir spontanément à l'administration tout élément utile relatif à sa situation. Il n'établit pas avoir présenté ces éléments alors, C ailleurs, qu'il ne soutient pas que la communication d'éléments qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration aurait pu conduire à l'adoption d'une autre décision. C suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu doit être écarté.

11. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les motifs exposés au point 6.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 février 2022 C lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. C voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public C mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,

T. DEFLINNE

Le président,

P. MINNE

Le greffier,

N. BOULAY

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