mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201818 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | LEROY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 avril 2022, M. A, se disant Badra Sacko, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la même date et, dans tous les cas, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle dans le délai de huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Le requérant soutient que :
* Le refus de séjour :
- a été pris sans recueil de ses observations, en méconnaissance d'un principe général du droit de l'Union européenne et d'un droit à une bonne administration et des droits de la défense ;
- a été pris en méconnaissance de l'article L. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- n'a pas été précédé de la consultation de la commission de titre de séjour ;
- est entaché d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
* L'obligation de quitter le territoire français :
- a été prise sans recueil de ses observations, en méconnaissance d'un principe général du droit de l'Union européenne ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- repose sur un refus de séjour illégal ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
* La décision fixant le pays de destination :
- a été prise sans recueil de ses observations, en méconnaissance d'un principe général du droit de l'Union européenne ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- repose sur une obligation de quitter le territoire illégale ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 9 mars 2022 d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 19 juillet 2022 fixant la clôture de l'instruction au 12 septembre 2022 à 12 h ;
- la lettre du 6 octobre 2022 par laquelle les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen, relevé d'office, tiré d'une situation compétence liée du préfet pour refuser de délivrer une carte de séjour à un étranger ne justifiant pas de son état civil et la réponse, enregistrée le 16 octobre 2022, présentée pour le requérant ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Minne, président de chambre,
- et les observations de Me Leroy, pour le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. Le requérant, ressortissant malien, est entré en France en août 2018 et a été placé au service de l'aide sociale à l'enfance. Par l'arrêté du 25 janvier 2022 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer la carte de séjour demandée sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant la régularisation à titre exceptionnel des jeunes majeurs entrés en France entre seize et dix-huit ans, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de son renvoi.
Sur le refus de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui comprend, sur quatre feuillets, les considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision de refus de séjour, est suffisamment motivé.
3. En second lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance () d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; () La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () " Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. " En vertu de l'article 47 du code civil, tout acte de l'état civil des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
4. En l'espèce, le requérant a présenté à l'appui de sa demande de titre un acte de naissance et un extrait d'acte de naissance du 21 septembre 2018, un jugement supplétif du tribunal civil de Diéma (République du Mali) du 13 juillet 2018 attestant qu'il serait né le 1er mars 2002. Pour renverser la présomption d'authenticité qui s'attache en principe à ces actes d'état-civil, le préfet de la Seine-Maritime, qui n'était pas tenu, contrairement à ce que soutient l'intéressé, de saisir les autorités maliennes aux fins de vérification de l'authenticité de ces actes, s'est fondé sur les rapports d'analyse en fraude documentaire de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Seine-Maritime qui conclut que ces documents sont falsifiés. Il ressort de ces rapports que le timbre humide apposé sur le jugement supplétif est contrefait, la devise de la République du Mali qui y est reproduite ne comprenant pas de " F " majuscule au mot " foi ". Il ressort également de ces rapports que l'acte de naissance, outre qu'il a pu être obtenu sur la base d'un jugement supplétif contrefait, est également apocryphe en ce que le mode d'impression utilisé n'est pas conforme par rapport à un document authentique, que la mise en page n'est pas non plus conforme et que le mode d'impression utilisé pour la numérotation ne l'est pas plus. Il ressort enfin de ces rapports que l'extrait d'acte de naissance, également produit par l'intéressé est également contrefait au motif que le mode d'impression du fond d'impression et des mentions pré-imprimées n'est pas réalisé en procédé offset comme sur un document authentique, que le document est établi dans un centre principal d'état-civil mais que le signataire a la qualité de troisième adjoint, alors que les adjoints sont uniquement des officiers d'état-civil des centres secondaires. Le rapport d'analyse documentaire note encore que l'extrait ne comporte pas de numéro d'identification de son bénéficiaire. La circonstance, à la supposer établie par les conclusions de rapports d'observateurs étrangers ou par les attestations des autorités locales, que ces atteintes au formalisme des actes d'état civil sont mineures et si généralisées qu'elles ne constituent pas des anomalies au Mali n'est pas de nature à conférer une authenticité aux actes d'état civil soumis, en l'espèce, à l'autorité administrative. La production d'une carte d'identité consulaire, établie au vu d'actes falsifiés, ne peut être regardée comme justifiant de l'identité et de l'âge de l'intéressé.
5. Dès lors qu'un titre de séjour constitue un titre de police et de circulation qui ne peut être remis qu'à une personne dont l'identité est établie, le préfet de la Seine-Maritime était fondé à estimer qu'il ne pouvait délivrer un titre de séjour, sur quelque fondement que ce soit, au requérant qui ne justifiait pas de son état civil. Les autres moyens soulevés par le requérant contre le refus de titre de séjour sont donc inopérants.
Sur les mesures relatives à l'éloignement :
6. En premier lieu, le requérant est l'auteur de la demande de titre de séjour à l'origine de l'arrêté préfectoral en cause, lequel comporte une obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination. Le moyen tiré de ce qu'il n'a pas été invité à présenter des observations, en méconnaissance d'un principe général garantissant le droit d'être entendu, doit être écarté.
7. En deuxième lieu, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour. L'obligation de quitter le territoire français n'avait pas à être spécialement motivée dès lors que le refus l'est suffisamment, ainsi qu'il est dit au point 2. La décision fixant le pays de destination, comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, est, quant à elle, suffisamment motivée.
8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait manqué à son obligation d'examiner la situation particulière du requérant.
9. En quatrième lieu, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui s'est orienté vers les métiers de la cuisine, a souscrit un contrat d'apprentissage d'une durée de trois ans dont l'exécution apporte toute satisfaction à l'entreprise de restauration qui l'accueille et s'il a noué des liens particuliers avec la personne qui l'héberge, il n'est pas dépourvu d'attaches en Guinée, pays dans lequel il a vécu une période indéterminée mais significative compte tenu de l'absence d'âge établi. Par ailleurs, les derniers bulletins scolaires produits montrent des résultats médiocres dans les matières dispensées au centre de formation des apprentis, non seulement dans les matières générales mais aussi dans les spécialités. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant au sens des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En cinquième lieu, aucune des deux décisions attaquées n'est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
11. En dernier lieu, le refus de titre de séjour n'est pas entaché d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français doit donc être écarté. Pour ces motifs, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de son éloignement doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, se disant Badra Sacko, à Me Magali Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Minne président,
M. Deflinne , premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
P. MINNEL'assesseur le plus ancien,
T. DEFLINNE
Le greffier,
N. BOULAY
7.
8.
N°2201818
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026