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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201835

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201835

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201835
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantBERRADIA NEJLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2022, M. B A, représenté par Me Berradia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de le munir d'une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- le refus de séjour n'est pas suffisamment motivé ;

- le refus de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de séjour est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français repose sur un refus de séjour illégal ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français repose sur un refus de séjour illégal ;

- il n'a pas de condamnation pénale et n'a jamais eu connaissance d'une précédente obligation de quitter le territoire français ;

- un arrêté de transfert a été annulé par le tribunal administratif de Versailles ;

- la décision fixant le pays de destination repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu :

- la décision du 27 avril 2022 admettant M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- l'ordonnance du 19 juillet 2022 fixant la clôture de l'instruction au 12 septembre 2022 à 12 h ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles versées le 11 mai 2022 pour M. A.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Minne, président de chambre,

- et les observations de Me Berradia, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant kosovar, est entré en France en février 2015 à l'âge de vingt-quatre ans environ. A la suite du rejet de sa demande de protection internationale, après que la France est redevenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, il a fait l'objet d'un arrêté de refus de séjour en raison de son état de santé par un arrêté du préfectoral du 7 avril 2020 contenant une obligation de quitter le territoire français. Par l'arrêté du 25 mars 2022 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour au titre de la vie privée et familiale, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois.

2. Il ressort des pièces du dossier que le requérant vit en concubinage avec une ressortissante albanaise titulaire de la protection subsidiaire avec laquelle il a eu un enfant né le 24 juillet 2021. Le couple demeure à la même adresse. Il est suffisamment établi, à la lecture des notes de situation et attestation établies par le pôle de compétences et de prestations externalisées de Normandie Seine Eure, que le premier enfant de la compagne du requérant, âgé de douze ans environ à la date de l'arrêté en cause, est gravement handicapé et que son degré d'autonomie est très réduit. Le caractère très éprouvant de la prise en charge de cet enfant est considérablement atténué par l'assistance prodiguée par M. A et ce, depuis plusieurs années, selon les termes circonstanciés de la note de situation établie le 4 mai 2022 par Mme C, éducatrice au pôle de compétences et de prestations externalisées du centre hospitalier du Rouvray. Dans ces conditions particulières, il existe des obstacles sérieux à ce que le foyer, composé au demeurant de personnes de nationalités différentes, puisse se reconstituer au Kosovo, pays que le requérant a quitté depuis plus de sept ans à la date de l'arrêté en litige. Compte tenu des besoins d'assistance de l'enfant handicapé, un retour de M. A dans son pays d'origine pendant une durée des plus incertaine constitue une entrave significative à la vie de famille. Au cas particulier, et en dépit du maintien irrégulier de M. A en méconnaissance d'une précédente mesure d'éloignement et d'une insertion professionnelle et sociale très peu affirmée, le refus de séjour porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, eu égard à l'objet et aux effets de cette décision administrative.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois.

4. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Seine-Maritime réexamine la situation de M. A ainsi qu'il le demande. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à cet examen dans le délai de deux mois à compter de la notification présent jugement.

5. En l'espèce, M. A n'établissant pas avoir exposé d'autres frais que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été accordée par décision du 27 avril 2022, sa demande tendant à ce que l'Etat lui verse directement la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer une carte de séjour à M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de munir M. A d'une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation au regard de son droit au séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Nejla Berradia et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Minne président,

M. Deflinne , premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

P. MINNEL'assesseur le plus ancien,

T. DEFLINNE

Le greffier,

N. BOULAY

7.

8.

N°2201835

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