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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201856

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201856

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 4 mai 2022 et 1er juillet 2022, M. A C, représenté par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2022 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou de réexaminer sa demande dans le même délai de trente jours et également sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ou, à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

la décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'un défaut de motivation et signée par une autorité incompétente ;

- n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée et signée par une autorité incompétente;

- n'a pas respecté le principe du droit d'être entendu ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- est illégale car fondée sur un refus de titre de séjour illégale ;

la décision fixant le pays de destination

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est illégale car fondée sur une mesure d'éloignement illégale.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 juin 2022 et le 5 juillet 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 6 avril 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- les rapports de M. B ;

- les observations de Me Kabamba, pour M. C.

Le préfet de l'Eure n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C est un ressortissant congolais né le 11 juin 1969 à Brazzaville, régulièrement entré en France le 16 septembre 2018 en qualité de conjoint d'une ressortissante française épousée en juin 2016, titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 15 septembre 2019. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 20 septembre 2021, et par l'acte attaqué du 23 février 2022, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande et a pris à son encontre une mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :

2. Les décisions contestées, signées par Mme Isabelle Dorliat-Pouzet, secrétaire générale de la préfecture de l'Eure disposant d'une délégation en date du 22 mars 2021 à cet effet, comprennent les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et sont par suite suffisamment motivées. Les moyens tirés du défaut de motivation et de l'incompétence du signataire des actes en cause doivent par conséquent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ()".

4. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet s'est fondé sur la rupture de vie commune du requérant avec Mme D, qui a introduit une requête en divorce en septembre 2020. L'acte attaqué relève également que le requérant est séparé et sans enfant, qu'il ne dispose pas d'un logement personnel et ne justifie pas d'une situation professionnelle établie, qu'il n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-neuf ans.

5. La rupture de la vie commune avec la ressortissante française concernée n'est pas contestée par le requérant qui, en revanche, soutient résider en France depuis quatorze années à la date de l'acte attaqué. Néanmoins, les pièces versées au dossier, qu'il s'agisse des avis d'imposition antérieurs à 2018 faisant état de l'absence de tout revenu, ou de copies de cartes d'admission à l'aide médicale de l'Etat, ne sont pas de nature à établir la réalité de la présence alléguée sur le territoire français pendant quatorze années. Par ailleurs, si M. C justifie d'une activité professionnelle exercée dans le cadre de contrats de mission temporaire et fait valoir que plusieurs membres de sa famille résideraient également en France, il n'est pas dépourvu de toute attache personnelle et familiale dans son pays d'origine qu'il a quitté à l'âge de quarante-neuf ans, et ne supporte aucune charge familiale en France. Par suite, il n'est fondé à se prévaloir ni des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté, ainsi que celui de l'erreur de fait, dès lors que la présence alléguée de quatorze années en France n'est pas établie. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux ne peut également être accueilli dès lors que le préfet a correctement analysé la situation du requérant.

7. En dernier lieu, eu égard à ce qui précède, dès lors que M. C ne remplissait pas les conditions lui permettant de bénéficier de plein droit de la délivrance d'une carte de séjour temporaire, le préfet de l'Eure n'était pas tenu de consulter la commission du titre de séjour avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français:

8. En premier lieu, une atteinte au droit d'être entendu tel que prévu à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait été empêché, avant que ne fût prise à son égard la décision qu'il conteste, de porter à la connaissance de l'administration des éléments tenant à sa situation personnelle qui, s'ils avaient pu être communiqués à temps, aurait été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation, de l'erreur de fait et du défaut d'examen sérieux de sa situation doivent être écartés. Par ailleurs, M. C n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour pour demander l'annulation de la décision attaquée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. Le requérant ne verse au dossier aucun commencement de preuve de nature à établir qu'il pourrait être l'objet de traitements inhumains et dégradants dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté. Par ailleurs, M. C n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour demander l'annulation de la décision attaquée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Elatrassi-Diome et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Leduc, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 octobre 2022.

Le rapporteur,

C. BLa présidente,

A. GAILLARD

La greffière,

A. HUSSEIN

N°2201856

ah

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