jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201875 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | CASTIONI DIEGO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 mai 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 19 mars 2023, M. B E et Mme C E, représentés par Me Castioni puis par Me Dubreil, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'avis défavorable rendu le 7 mars 2022 par le service central des courses et jeux du ministère de l'intérieur relatif à l'exploitation d'un point de vente de la Française des Jeux (FDJ) au sein de l'établissement " Le Mirage " sis à Rouen ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- l'avis est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 décembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Le ministre fait valoir que :
- les moyens de la requête sont infondés ;
- à titre subsidiaire, le motif tiré de l'opacité du montage financier de l'opération d'acquisition peut être substitué au motif tiré du risque pour l'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- l'arrêté du 5 décembre 2017 fixant la liste des pièces à fournir pour les demandes d'autorisations d'exploiter des postes d'enregistrement de jeux de loterie, de jeux de pronostics sportifs et de paris hippiques
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Léon, pour les consorts E.
Considérant ce qui suit :
1. Après s'être portés acquéreurs, le 17 juin 2021, du Bar-Tabac-Jeux " Le Mirage ", sis avenue Jean Rondeaux, à Rouen, M. et Mme E ont déposé une demande aux fins d'obtenir une autorisation d'exploitation d'un poste d'enregistrement de jeux de loterie et de paris. Le 7 mars 2022, le chef du service central des courses et jeux a émis un avis défavorable sur cette candidature. Le 10 mars 2022, M. et Mme E ont sollicité la communication des motifs de cet avis, lesquels ont été transmis le 22 mars suivant. Par la présente instance, les consorts E demandent l'annulation de l'avis défavorable du 7 mars 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 322-18-1 du code de la sécurité intérieure : " Lorsque la société La Française des jeux autorise des personnes privées à exploiter un poste d'enregistrement de jeux de loterie, son autorisation est accordée après avis conforme du ministre de l'intérieur émis en considération des enjeux mentionnés à l'article L. 320-2. () L'avis défavorable du ministre de l'intérieur est notifié à la société et à la personne qui a demandé l'autorisation. Cette personne peut en demander les motifs au ministre. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'avis rendu par le ministre de l'intérieur n'a pas à être motivé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'avis en litige, à le supposer soulevé, doit être écarté, les requérants ayant, au demeurant, obtenu, la communication des éléments factuels venant au soutien de l'avis attaqué à la suite de leur demande de communication des motifs, ainsi qu'il a été rappelé au point n°1.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 320-2 du code de la sécurité intérieure : " Les jeux d'argent et de hasard qui, à titre dérogatoire, sont autorisés en application de l'article L. 320-6 ne sont ni un commerce ordinaire, ni un service ordinaire ; ils font l'objet d'un encadrement strict aux fins de prévenir les risques d'atteinte à l'ordre public et à l'ordre social, notamment en matière de protection de la santé et des mineurs. / A cet effet, leur exploitation est placée sous un régime de droits exclusifs, d'autorisation ou d'agrément, délivrés par l'Etat. ". Aux termes de l'article L. 320-3 du même code : " La politique de l'Etat en matière de jeux d'argent et de hasard a pour objectif de limiter et d'encadrer l'offre et la consommation des jeux et d'en contrôler l'exploitation afin de : / 1° Prévenir le jeu excessif ou pathologique et protéger les mineurs ; / 2° F l'intégrité, la fiabilité et la transparence des opérations de jeu ; / 3° Prévenir les activités frauduleuses ou criminelles ainsi que le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ; () ".
5. Pour émettre un avis défavorable à la demande de délivrance d'une autorisation d'exploitation de postes d'enregistrement FDJ au sein de l'établissement " Le Mirage " acquis par les requérants, le chef du service central des courses et jeux (SCCJ) s'est fondé sur des considérations d'ordre public, de sécurité publique et de protection de la santé et des mineurs, en estimant, d'une part, que M. E ne présentait pas les conditions de moralité et d'honorabilité nécessaires à l'obtention des autorisations sollicitées, dès lors que l'enquête administrative avait permis de révéler que l'intéressé avait été mis en cause dans une procédure judiciaire et, d'autre part, que Mme E, sa cousine, gérante du " Café de la cité ", à Saint-Etienne-du-Rouvray, avait fait l'objet de deux avis défavorables du SCCJ en 2021 en raison de la moralité de son associé, des troubles à l'ordre public constatés impliquant l'établissement et du manque de transparence du montage financier.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, que M. E a été mis en cause en qualité d'auteur, en 2009, pour des faits de violences avec arme pour lesquels il a été condamné dans le cadre d'une composition pénale. En outre, l'intéressé a fait preuve d'insincérité durant l'enquête, en cherchant, notamment à dissimuler cet antécédent judiciaire, tout en persistant à minimiser sa gravité. Toutefois, eu égard à l'ancienneté des faits délictuels considérés et à la nature de la réponse pénale qui y a été apportée, ceux-ci ne pouvaient, à eux-seuls, caractériser le défaut d'honorabilité de M. E, retenu par l'autorité administrative.
7. D'autre part, il ressort de l'exposé des motifs de l'avis litigieux que Mme E, en sa qualité de gérante de l'établissement " Le bar de la cité ", sis rue du Madrillet à Saint-Etienne-du-Rouvray, a fait l'objet de deux avis défavorables du SCCJ en 2021 en raison des très nombreux antécédents judiciaires de son associé, M. A D. Il ressort des mentions non contestées du rapport d'enquête, versé aux débats par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, que l'intéressée a présenté une seconde demande d'autorisation d'exploitation, en 2021, après que M. D lui a cédé l'intégralité de ses parts dans l'établissement, qui a fait l'objet d'un nouvel avis défavorable en raison du manque de transparence du montage financier de l'opération, le crédit de rachat des parts, pour un montant total de 40 000 euros étant, selon les termes mêmes du rapport d'enquête, qui ne sont pas utilement contestés, " totalement fictif ". En outre, l'administration se prévaut de ce que l'établissement " Le bar de la cité " s'est signalé pour avoir fait l'objet de fusillades à l'arme automatique, en 2017 et 2021. Toutefois, Mme E apporte la preuve de ce qu'elle n'était pas gérante de l'établissement, en 2017, de sorte que les faits commis à cette période ne peuvent être mis en relation avec des négligences dans la prévention des risques de trouble à l'ordre public liés à la tenue d'un débit de boisson, imputables à l'intéressée. Par ailleurs, les circonstances de la seconde fusillade, intervenue en 2021, ne sont aucunement spécifiées par le rapport d'enquête, ni plus, au demeurant que " l'infraction à la législation sur le séjour " apparemment relevée dans l'établissement, le 24 août 2021, et évoquée par le rédacteur en des termes si succincts qu'il est impossible de déterminer si cette infraction concernait un client ou un employé de l'établissement. Ainsi, quoique retenant défavorablement l'attention, ces éléments, pris dans leur ensemble, sont insuffisamment précis et circonstanciés pour caractériser le défaut d'honorabilité et de moralité retenu par l'autorité administrative.
8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
9. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer sollicite que le motif tiré de l'opacité du montage financier de l'opération d'acquisition soit substitué au motif tiré du risque pour l'ordre public que celle-ci présente. Il ressort à cet égard des pièces versées aux débats que l'enquête menée par le SCCJ n'a pas permis de déterminer avec précision l'origine de l'intégralité des fonds mobilisés dans le cadre de l'acquisition de l'établissement " Le Mirage ". Ainsi, M. B E et Mme C E n'ont pas présenté, dans leurs auditions respectives, de schéma de financement cohérent, des divergences étant, notamment, apparues, dans les présentations fournies, quant aux apports personnels de chacun des associés. La modestie des revenus annuels de M. E (10 808 euros nets) ne peut en aucune manière permettre à l'intéressé de rembourser le prêt personnel de 20 000 euros qu'il dit avoir souscrit en vue de l'opération d'acquisition. Si M. E indique avoir perçu une somme de 25 000 euros au titre de la cession de ses parts dans la société de construction SAS NR76, dont il était associé, il s'est montré incapable de donner l'identité précise de l'acquéreur desdites parts, lequel est, au demeurant, totalement inconnu des services fiscaux. En outre, aucune des banques sollicitées par les consorts E n'a accepté de leur accorder un prêt de nature professionnelle. De la même manière, alors que le revenu annuel net de Mme E s'élève à 15 419 euros, et qu'un prêt personnel de 20 000 euros lui a été refusé par sa banque, l'intéressée n'est aucunement à même de financer son crédit de rachat des parts de M. D dans l'établissement " Le bar de la cité ", pour un montant de 40 000 euros, en vue de financer l'acquisition du " Mirage ". Enfin, l'intéressée ne saurait utilement se prévaloir d'éléments postérieurs à la date d'édiction de l'avis litigieux, en faisant notamment valoir qu'elle percevra une indemnité d'éviction d'un montant de 96 750 euros, dans le cadre du projet de renouvellement urbain du quartier du Madrillet, entrainant la démolition du " Bar de la cité ", le congé du bail de l'établissement ayant été fixé au mois de mai 2023.
10. Ainsi, aucun des éléments avancés par les consorts E pour justifier de l'origine des fonds qu'ils allèguent avoir mobilisés, n'est de nature à contrarier l'appréciation portée par l'administration sur l'absence de transparence et de traçabilité du montage financier de l'opération d'acquisition précitée, telle que portée dans le rapport d'enquête administrative.
11. De tels motifs sont de nature à fonder légalement l'avis défavorable relatif à l'exploitation d'un point de vente de la Française des Jeux contesté. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui établit qu'il aurait pris la même décision de refus en se fondant initialement sur le motif tiré de l'opacité du schéma de financement de l'acquisition du fonds est dès lors fondé à solliciter une substitution de motif. En outre, une telle substitution ne prive pas les requérants, qui ont présenté des observations sur la substitution de motif demandée, d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
12. Il résulte de tout ce qui précède que l'avis défavorable rendu le 7 mars 2022 par le service central des courses et jeux du ministère de l'intérieur relatif à l'exploitation d'un point de vente de la Française des Jeux (FDJ) au sein de l'établissement " Le Mirage ", n'est entaché d'aucune illégalité. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation formées par les requérants et dirigées contre cet acte doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme demandée par les consorts E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête des consorts E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à M. B E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Mulot, premier conseiller,
Assistés de M. Boulay, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le rapporteur,
C. BOUVET
La présidente,
A. GAILLARD
Le greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2201875
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026