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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2201907

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2201907

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2201907
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantALLIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 et 20 mai 2022, M. C B, représenté par Me Allix, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an dans le délai de trente jours à compter du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit d'être entendu ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Allix, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 26 février 1993 à Sidi Lakdar, qui déclare être entré en France en juillet 2018, demande l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont le préfet a fait application, mentionne la situation administrative et personnelle du requérant, la durée de son séjour sur le territoire et examine de manière suffisamment précise la nature et l'intensité des liens dont il se prévaut en France, la durée de la communauté de vie avec sa compagne, notamment. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de titre de séjour. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B n'est pas entré régulièrement sur le territoire français et ne remplit donc pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B séjourne depuis une date récente sur le territoire français. S'il fait valoir que la relation amoureuse qu'il entretient avec une ressortissante française a donné lieu à un mariage le 4 décembre 2021 à la mairie du Havre, le requérant ne verse aucun document de nature à établir l'ancienneté de cette relation qui doit être regardée comme établie depuis la date de mariage, soit depuis moins de quatre mois à la date de l'arrêté litigieux. En outre, M. B n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où réside l'ensemble des membres de sa famille et ne justifie sur le territoire français d'aucune insertion sociale et professionnelle. Par suite, en lui refusant le titre de séjour sollicité, le préfet n'a pas méconnu, eu égard à la faible durée de la communauté de vie du couple, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

Sur l'obligation de quitter sans délai le territoire français :

7. En premier lieu, M. B, qui a déposé une demande de titre de séjour, ne pouvait ignorer qu'un refus pris sur sa demande l'exposerait à une mesure d'éloignement. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier ni n'est d'ailleurs allégué que le requérant aurait été privé de la possibilité d'apporter à l'administration, durant l'instruction de sa demande, toutes les précisions qu'il jugeait utiles tant au regard de son droit au séjour qu'au regard des conséquences d'un éventuel éloignement du territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel qu'il est garanti par le principe général du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le moyen tiré de l'illégalité du refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'a pas déféré à la mesure d'éloignement prise à son encontre le 8 juillet 2021. Cette seule circonstance suffit dès lors à caractériser le risque que le requérant se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. M. B ne fait pas état enfin, en se bornant à alléguer qu'il respecte les obligations imposées dans le cadre de son contrôle judiciaire, de circonstances particulières justifiant qu'il ne soit pas privé de délai de départ volontaire. Par suite, et alors même que son comportement ne constituerait pas une menace à l'ordre public, le préfet a pu, sans méconnaître l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ".

13. En l'espèce, dès lors qu'il a rejeté, par l'arrêté attaqué, la demande d'admission au séjour du requérant, le préfet pouvait légalement, en application des dispositions citées au point précédent, assortir cette décision d'une mesure d'éloignement. La circonstance que M. B a fait l'objet, par une ordonnance du vice-président chargé de l'instruction du tribunal judiciaire du Havre, d'une mesure de contrôle judiciaire lui interdisant de quitter les limites du territoire français métropolitain est sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué, cette mesure faisant seulement obligation à l'autorité préfectorale de s'abstenir de mettre à exécution l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la levée par le juge judiciaire de l'interdiction prononcée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2022 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Allix et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le rapporteur,

S. A

La présidente,

C. BOYER

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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