jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201948 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP MORIVAL AMISSE MABIRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mai 2022, Mme C A, représentée par Me Sylvie Amisse Duval, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, avec délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, avec délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intevenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de prendre à nouveau une décision concernant sa demande de renouvellement de titre de séjour, après une nouvelle instruction, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, avec délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'État, outre les entiers dépens, la somme de 2 000 euros à verser à Me Sylvie Amisse-Duval en application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme A soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d'une erreur de qualification juridique des faits.
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaillard, président de chambre,
- et les observations de Me Thillard, pour Mme A.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 7 mars 1991 à Abobo (Côte d'Ivoire) est entrée en France le 25 février 2015 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " conjoint de français " valable jusqu'au 25 février 2016. Elle s'est vue accorder le renouvellement de ce titre de séjour en qualité de conjoint de français jusqu'au 13 mars 2019. Elle a par la suite sollicité son changement de statut en qualité de " salarié " et s'est vue délivrer une carte de séjour temporaire valable du 26 mars 2020 au 25 mars 2021. Le 30 juillet 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an./ La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".
3. Mme A soutient qu'elle est entrée en France sous couvert d'un visa de long séjour, qu'elle a bénéficié d'un titre de séjour " salarié " et qu'elle était titulaire d'un contrat de travail lorsqu'elle a effectué sa demande de renouvellement de titre de séjour. Toutefois, d'une part, la légalité du refus de titre de séjour s'apprécie à la date de son édiction. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que Mme A a travaillé du 1er janvier 2020 au 31 janvier 2020 dans le cadre d'un contrat à durée déterminée pour la société " SAMSIC II ", les 5, 6, 7, 8, 9, 11, 12, 15, 18, 19, 20, 22, 23, 25, 28, 30 août 2021, les 20, 21, 24, 28, 31 octobre 2021 dans le cadre de plusieurs contrats de travail à durée déterminée " extra " d'une durée d'une journée pour la société " SA FORGES THERMAL ", mais également du 1er septembre 2021 au 30 septembre 2021 dans le cadre d'un contrat à durée déterminée pour la société " SA FORGES THERMAL ", ainsi que du 1er novembre 2021 au 31 janvier 2022 dans le cadre d'un contrat à durée déterminée pour la société " SA FORGES THERMAL ", elle ne disposait d'aucun contrat de travail à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
4. En second lieu, en revanche, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
5. Mme A soutient qu'elle réside en France depuis sept ans, qu'elle a occupé plusieurs emplois depuis son arrivée dans ce pays, qu'elle a d'abord été mariée à M. D, ressortissant français dont elle a divorcé, qu'elle entretient une relation conjugale depuis mai 2019 et une vie commune depuis janvier 2021 avec M. B, qu'elle s'est mariée avec ce dernier le 7 mai 2022 postérieurement à la décision attaquée et qu'elle dispose de perspectives professionnelles. Il ressort en effet des pièces du dossier que Mme A, titulaire d'une carte de séjour en qualité de salariée valable du 26 mars 2020 au 25 mars 2021 a travaillé du 1er janvier 2020 au 31 janvier 2020 dans le cadre d'un contrat à durée déterminée pour la société " SAMSIC II ", les 5, 6, 7, 8, 9, 11, 12, 15, 18, 19, 20, 22, 23, 25, 28, 30 août 2021, les 20, 21, 24, 28, 31 octobre 2021 dans le cadre de plusieurs contrats de travail à durée déterminée " extra " d'une durée d'une journée pour la société " SA FORGES THERMAL ", mais également du 1er septembre 2021 au 30 septembre 2021 dans le cadre d'un contrat à durée déterminée à temps plein pour la société " SA FORGES THERMAL ", ainsi que du 1er novembre 2021 au 31 janvier 2022 dans le cadre d'un contrat à durée déterminée à temps plein pour la société " SA FORGES THERMAL ". Il ressort également des pièces du dossier qu'elle a postulé pour un emploi d'auxiliaire de vie sociale-aide à domicile au CCAS de Neufchâtel en Bray et il n'est pas contesté qu'elle aurait obtenu une réponse positive sous réserve de régularisation. Mme A a par ailleurs été mariée pendant plusieurs années avec un ressortissant français et, si cette première union est aujourd'hui rompue, elle entretient une relation avec un autre Français depuis mai 2019, suffisamment sérieuse pour qu'elle quitte la Bretagne pour le rejoindre en Normandie et pour que les concubins se marient, postérieurement à la décision en litige il est vrai. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la durée du séjour de Mme A en France, à la circonstance qu'elle y a séjourné la majorité du temps en situation régulière, aux liens qu'elle entretient avec des Français, à ses efforts d'insertion professionnelle, la décision de refus de séjour attaquée doit être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli, ce qui conduit à l'annulation de la décision portant refus de séjour et, par voie de conséquence, à celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français sous trente jours et fixation du pays de renvoi. L'arrêté du 13 avril 2022 doit donc être intégralement annulé.
Sur le surplus des conclusions :
6. En premier lieu, l'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement, eu égard à ce qui a été dit au point 3, que le préfet de la Seine-Maritime délivre à Mme A, ainsi qu'elle le demande à titre principal, un titre de séjour portant la mention " salarié ". Elle implique, en revanche, que le préfet de la Seine-Maritime lui délivre une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de la délivrance du titre, la mette en possession d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement. Il y a lieu de prescrire au préfet de prendre lesdites mesures, sans qu'il soit nécessaire d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
7. En deuxième lieu, la présente instance n'ayant comporté aucun dépens au sens des dispositions de l'article R 761-1 du code de justice administrative, les conclusions aux fins que l'Etat supporte la charge des dépens doivent être rejetées.
8. En dernier lieu, Mme A n'a pas demandé à être admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et il n'est ni établi ni allégué qu'elle ait obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle ou même déposé une demande d'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, les conclusions aux fins qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, au bénéfice de Me Sylvie Amisse-Duval sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent être que rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 13 avril 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime, d'une part, de délivrer à Mme A une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, d'autre part, dans l'attente de la délivrance du titre, de la mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Sylvie Amisse-Duval et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Gaillard, présidente,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Mulot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
La présidente-rapporteure,
A. GAILLARD
L'assesseur le plus ancien,
C. BOUVETLe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2201948
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026