vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2201977 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | GARRIGUES BEAULAC ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 10 mai 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis le dossier de la requête de la société CLM Consulting au tribunal administratif de Rouen.
Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 6 janvier 2022 puis au greffe du tribunal administratif de Rouen le 11 mai 2022 sous le n°2201977, et un mémoire enregistré le 16 mai 2023, la société CLM Consulting, représentée par Me Beaulac, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande du 24 novembre 2020 tendant à la délivrance d'une autorisation d'intermédiation de matériels de guerre de catégorie A2 § 4°, 5°, 6°, 9° prévue à l'article R. 2332-5 du code de la défense, ensemble la décision expresse de rejet de son recours gracieux du 8 novembre 2021 ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société CLM Consulting soutient que :
- la décision du 8 novembre 2021 est signée par une autorité incompétente dès lors que la délégation de signature est imprécise et qu'elle a été donnée par le directeur du développement international et non le ministre des armées ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure en l'absence d'information du ministre de l'intérieur et en l'absence de saisine des autorités compétentes dans le cadre de l'enquête administrative ;
- elles sont entachées d'erreur de droit ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête de la société CLM Consulting.
Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la défense ;
- le décret n° 2014-1285 du 23 octobre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Favre,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,
- et les observations de Me Beaulac représentant la société CLM Consulting.
Le ministre des armées n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande du 24 novembre 2020, réceptionnée le 8 décembre 2020, la société CLM Consulting a sollicité auprès de la ministre des armées l'autorisation d'intermédiation de matériels de guerre de catégorie A2 § 4°, 5°, 6°, 9° prévue à l'article R. 2332-5 du code de la défense, restée sans réponse après l'expiration du délai de neuf mois. Par courrier du 20 octobre 2021, l'intéressée a formé un recours gracieux, rejeté par une décision expresse du 8 novembre 2021. La société CLM demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions en annulation :
2. Aux termes de l'article R. 2332-5 du code de la défense : " Sont soumis à autorisation du ministre de la défense : / 1° La fabrication, le commerce et l'activité d'intermédiation de matériels de guerre de la catégorie A2 () ". Aux termes de l'article R. 2332-7 du même code : " L'autorisation peut être refusée pour des raisons d'ordre public ou de sécurité nationale () ".
3. La ministre des armées indique, dans sa décision expresse du 8 novembre 2021, que l'autorisation sollicitée par la société CLM consulting ne peut être accordée suite à un examen du dossier en liaison avec les services compétents. L'administration, dans ses écritures en défense, expose que l'autorisation demandée a été refusée pour des raisons d'ordre public et de sécurité nationale. Elle se prévaut d'une note blanche déclassifiée, soumise au débat contradictoire, faisant état du lien commercial exclusif entre la société CLM Consulting et un groupe d'armement américain ainsi que des activités rémunérées par ce client de mises en relation avec les autorités décisionnelles du ministère des armées et de représentation lors d'activités de médiation sans mandat du ministère des armées. En outre, il y est également indiqué que la société CLM Consulting s'efforce de recueillir toute information permettant de favoriser les intérêts commerciaux de son client américain, lequel constitue une société étrangère concurrençant directement des sociétés françaises, dès lors que le fondateur et représentant légal de la société a usé à plusieurs reprises de sa qualité de général de brigade aérienne à la retraite et de son réseau relationnel pour essayer d'obtenir auprès des autorités militaires françaises des informations sensibles, protégées au niveau " diffusion restreinte ", relatives aux besoins en équipements et aux programmes d'armement des armées françaises. Le ministre des armées considère que le positionnement de la société CLM consulting présente un risque avéré de fuites d'informations sensibles d'intérêt national pour l'industrie de défense vers une société étrangère. Toutefois, la société requérante conteste sérieusement la réalité des faits relatés dans la note blanche et se prévaut du manque d'objectivité de la notion d'information critique et sensible. Elle nie tout lien commercial exclusif avec le groupement d'armement concerné, indique solliciter une autorisation chaque fois qu'est demandé un entretien avec un officier du ministère des armées et explique que l'accompagnement de son client lors de déplacements en présence d'autorités militaires françaises s'explique par son rôle de conseiller. Ainsi, par ces seules circonstances, le ministre n'établit nullement la réalité des griefs invoqués, ni même la volonté de la société CLM Consulting de transmettre des informations sensibles à son client de manière non autorisée et de contourner la réglementation applicable à son activité, alors que l'existence d'une concurrence entre son client et l'industrie de défense française ne peut raisonnablement, à elle-seule, constituer une raison suffisante d'ordre public ou de sécurité nationale pour justifier le refus d'autorisation litigieux. Dès lors, les éléments versés au dossier et tels que présentés par le ministre des armées, peu étayés et circonstanciés, ne sauraient être regardés, à eux-seuls, comme suffisants pour caractériser un risque pour l'ordre public du fait de l'activité d'intermédiation du matériel de guerre de la société CLM Consulting au sens de l'article R. 2332-7 du code de la défense. Par suite, la société CLM Consulting est fondée à soutenir que la ministre des armées a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
4. Il résulte de ce qui précède que la société CLM Consulting est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande du 24 novembre 2020 tendant à la délivrance d'une autorisation d'intermédiation de matériels de guerre de catégorie A2 § 4°, 5°, 6°, 9° prévue à l'article R. 2332-5 du code de la défense, ainsi que la décision expresse de rejet de son recours gracieux du 8 novembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. Au vu des seuls motifs susceptibles de justifier cette annulation, le présent jugement n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint à l'Etat de délivrer à la société CLM consulting l'autorisation sollicitée mais seulement de procéder à l'examen de sa demande dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu de prononcer une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la société CLM Consulting sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle la ministre des armées a rejeté la demande de la société CLM Consulting du 24 novembre 2020 tendant à la délivrance d'une autorisation d'intermédiation de matériels de guerre de catégorie A2 § 4°, 5°, 6°, 9° prévue à l'article R. 2332-5 du code de la défense, ensemble la décision expresse de rejet de son recours gracieux du 8 novembre 2021, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à l'Etat de réexaminer la demande de la société CLM consulting dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à la société CLM Consulting sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus de la requête de la société CLM Consulting est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société CLM Consulting et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Cotraud, premier conseiller,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
La rapporteure,
L.FAVRE
La présidente,
C.VAN MUYLDER Le greffier,
J.-B. MIALON
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026