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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202051

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202051

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2022, Mme A C, représentée par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte journalière de 100 euros ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte en la munissant, dans l'attente du réexamen de sa situation, d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 26 septembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande de Mme C relative à l'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Bidault représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante géorgienne née le 20 février 1982 à Tbilissi, est entrée sur le territoire français le 13 mai 2019 afin d'y demander l'asile. Par une décision du 31 décembre 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 27 mai 2020. En raison de la maladie dont était atteinte sa fille, Mme C a présenté le 10 février 2020 une demande de titre de séjour en qualité de parent accompagnant. Par l'arrêté attaqué du 14 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions applicables et mentionne l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Il précise en outre que l'enfant de la requérante, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Ainsi, cet arrêté, qui expose par ailleurs la situation personnelle de Mme C, comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles le préfet s'est fondé pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a estimé, au vu notamment de l'avis du collège de médecins de l'OFII, que le défaut de prise en charge médicale de l'enfant de la requérante était susceptible d'entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé géorgien, elle pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

5. Mme C soutient que sa fille est atteinte d'un myéloméningocèle qui nécessite des soins neurochirurgicaux et orthopédiques, une chirurgie viscérale, une prise en charge rééducative ainsi qu'un appareillage sur le long terme. Toutefois, ni les documents d'ordre général sur le système de santé géorgien ni les certificats médicaux qu'elle produit ne permettent d'établir que sa fille, qui a subi pendant qu'elle était présente en France une dérivation ventriculopéritonéale, ne pourrait pas bénéficier, au vu de son état de santé actuel, d'un traitement effectif et approprié en Géorgie. Par ailleurs, si la requérante fait valoir que les personnes handicapées ne peuvent pas souscrire dans son pays une assurance-maladie privée ni ne peuvent accéder à une offre de soins, il ressort des pièces du dossier, notamment du certificat médical établi le 9 juin 2022 par un praticien du centre hospitalier universitaire de Rouen, que cet enfant a été opérée à plusieurs reprises en Géorgie pour son dysraphisme spinal, la requérante n'apporte, au demeurant, aucun élément sur sa situation financière personnelle et les ressources dont elle pourrait disposer en Géorgie pour assurer le coût de la prise en charge de sa fille. Dans ces conditions, en lui refusant le titre de séjour sollicité, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C réside depuis seulement deux ans en France où elle est entrée à l'âge de trente-sept ans. Si la requérante fait valoir que ses deux enfants sont scolarisés sur le territoire français, cette seule circonstance n'est pas de nature à lui donner un droit au séjour, la seule attestation du 11 mai 2022 de la directrice de l'école Ekvtime Takaishvili de la ville de Tbilissi qui mentionne que cet établissement ne dispose pas de rampe d'accès n'étant d'ailleurs pas suffisante pour démontrer que sa fille ne pourrait pas, malgré sa pathologie, poursuivre sa scolarité dans cette école ou dans tout autre établissement scolaire de Géorgie. Dans ces conditions, en refusant à Mme C la délivrance d'un titre de séjour, le préfet n'a méconnu ni l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " ".

9. En soutenant que sa fille souffre d'une maladie grave et qu'elle est scolarisée en France, Mme C ne justifie pas, par ces seules considérations, de motifs exceptionnels ou de circonstances humanitaires de nature à lui permettre de se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que le moyen tiré de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

13. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, il ne ressort pas des pièces du dossier que la fille de Mme C ne pourrait pas bénéficier en Géorgie d'un traitement approprié à sa maladie ni que cette enfant, qui est née dans ce pays, ne pourrait pas y poursuivre sa scolarité malgré son handicap. Par suite, en obligeant la requérante à quitter le territoire, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

15. Il résulte de ce qui a été dit au point 14 que le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2021 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

Le rapporteur,

S. B

La présidente,

C. BOYER

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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