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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202052

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202052

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202052
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMAHBOULI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 mai et les 2 et 22 juin 2022, M. A F D, représenté par Me Mahbouli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation et de lui accorder une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il n'est pas correctement motivé ;

- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas été précédé de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Mahbouli, représentant M. D.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant ivoirien né le 2 juillet 1978 à Abidjan, qui est entré en France le 26 septembre 2016, a obtenu un titre de séjour en qualité d'étranger malade le 11 avril 2019, régulièrement renouvelé jusqu'au 14 décembre 2020. Par un arrêté du 6 mai 2022, dont l'annulation est demandée, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-055 du 1er avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. E C, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions relatives au renouvellement de titre de séjour ainsi que les mesures d'éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions dont le préfet a fait application et mentionne l'avis du collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), la situation personnelle et professionnelle du requérant, la durée de son séjour en France et examine en outre, de manière suffisamment précise, la nature et l'intensité des liens dont il se prévaut en France. Cet arrêté comporte, eu égard à l'objet de chacune des décisions litigieuses, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, et quels que soient la pertinence et le bien-fondé des motifs qu'il énonce, cet arrêté est suffisamment motivé tant en fait qu'en droit. Ce moyen doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

5. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité, le préfet a considéré, au vu notamment de l'avis du collège de médecins de l'OFII, que, si le défaut de prise en charge médicale du requérant pouvait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. M. D soutient qu'il souffre d'une hépatite B et d'une pancréatite chronique calcifiante qui nécessitent, à chaque survenance de crise, l'administration de morphine afin d'atténuer la douleur insupportable qu'il ressent, ainsi qu'une intervention chirurgicale par voie orale consistant en la pose d'une prothèse pancréatique, geste médical qui n'est pas pratiqué en Côte d'Ivoire. Il produit à cet égard un certificat médical du 10 juin 2022 d'un praticien du centre hospitalier de Bouake qui mentionne que " les chirurgiens viscéraux n'ont pas la compétence en endoscopie " et que " la pose d'endoprothèse n'est pas encore réalisée en Côte d'Ivoire surtout en urgence ". Il ne ressort toutefois pas des documents médicaux produits, qui sont très anciens, en particulier des comptes rendus de pose de prothèse pancréatique datant de l'année 2019, que l'état de santé actuel de M. D nécessiterait toujours ce type d'interventions chirurgicales, le seul certificat médical récent du 13 mai 2022, au demeurant établi par son médecin traitant, qui se borne à mentionner que l'intéressé a besoin de " soins médicaux et chirurgicaux en France pour une pathologie chronique " étant insuffisant et ne permettant pas de remettre en cause l'appréciation portée sur la disponibilité d'un traitement en Côte d'Ivoire. Par suite, le préfet a pu, sans méconnaître les dispositions citées au point 4, refuser de renouveler le titre de séjour du requérant et l'obliger à quitter le territoire français.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 425-9 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ".

8. Compte tenu de ce qui précède, dès lors que M. D ne remplissait pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

9. En cinquième lieu, M. D ne peut invoquer le bénéfice des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont pas applicables aux ressortissants ivoiriens dont les conditions d'admission au séjour au titre du travail sont régies par les seules stipulations de l'accord franco-ivoirien du 21 septembre 1992. Par suite, ce moyen est inopérant.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré, pour la première fois, sur le territoire français à l'âge de trente-huit ans. S'il fait valoir qu'il entretient une relation amoureuse avec une ressortissante française depuis 2018 et qu'il s'est marié avec cette personne le 4 juin 2022 à Darnetal, les documents qu'il produit, à savoir les attestations de sa compagne et de proches, un avenant au contrat de bail d'habitation ainsi qu'une quittance de loyer, sont insuffisamment nombreux, précis et probants, pour démontrer, ainsi que le fait valoir le préfet en défense, une ancienneté de la communauté de vie entre les époux antérieure au 1er juillet 2021, date à laquelle a pris effet l'avenant au contrat de bail. Il ressort d'ailleurs des deux bulletins de paie produits que l'intéressé était domicilié en août et septembre 2020 à Paris chez une autre personne. M. D ne justifie pas, en outre, par la production d'un contrat de travail à durée déterminée conclu le 1er février 2022, d'une insertion suffisamment réelle et stable en France et il n'est enfin pas démuni d'attaches familiales en Côte d'Ivoire où il s'est rendu en octobre 2020. Dans ces conditions, compte tenu notamment de la faible durée de la communauté de vie du requérant, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, il n'a pas méconnu l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni n'a davantage commis, pour les mêmes motifs, une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

12. En dernier lieu, en décidant l'éloignement de M. D en Côte d'Ivoire, pays dans lequel il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie ainsi qu'il a été dit au point 6, le préfet n'a pas méconnu l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 6 mai 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F D et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le rapporteur,

S. B

La présidente,

C. BOYER

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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