jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202055 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 4 |
| Avocat requérant | THISSE |
Vu la procédure suivante :
E une requête enregistrée le 17 mai 2022, Mme D C, représentée E Me Thisse, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2022 E lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de trois mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dès la notification du présent jugement et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à lui verser directement en vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français a été signée E une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet du Val-d'Oise n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Lepeuc substituant Me Thisse, représentant Mme C, qui reprend les conclusions et moyens exposés dans la requête, et ajoute que le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation, que l'arrêté méconnaît le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'administration n'établit pas que la requérante n'aurait plus un droit au maintien sur le territoire français, que la requérante n'a pas été entendue préalablement à l'édiction de la mesure, et demande, en outre, à titre subsidiaire, en cas de rejet des conclusions à fin d'annulation, la suspension de la mesure d'éloignement dès lors que la requérante a fait appel de la décision d'irrecevabilité de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides,
- et les observations de Mme C assistée de Mme A interprète en anglais.
Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.
En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante nigériane née le 5 juin 1991 à Lagos, est entrée en France le 9 juin 2016 pour y solliciter l'asile. E une décision d'irrecevabilité du 28 mai 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande de réexamen. E l'arrêté attaqué du 26 avril 2022, pris sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Val-d'Oise a obligé Mme C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Indépendamment de l'énumération donnée E l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement obliger un ressortissant étranger à quitter le territoire français que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou un accord international prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
4. Aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale () ". Ces dispositions prescrivent la délivrance de plein droit d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a déposé plainte le 16 mars 2022 contre une personne nommément désignée et dénoncé, au cours de son audition E les services de police, les agissements d'un réseau de prostitution dont elle a été victime entre 2016 et 2018 dans la région parisienne, infraction réprimée E l'article 225-4-1 du code pénal. Hébergée depuis le 21 mars 2022 E le centre d'hébergement et de réinsertion sociale de l'Armée du Salut à Louviers (département de l'Eure), Mme C est prise en charge E la Mission d'intervention et de sensibilisation contre la traite des êtres humains (Mist), association spécialisée dans le soutien des prostituées et victimes de traite, et a été mise à l'abri dans le cadre du dispositif national d'accueil national sécurisant des victimes de la traite, dénommé Ac.Sé, la requérante justifiant E ailleurs, ainsi qu'en attestent ses déclarations à l'audience, avoir rompu tout lien avec la personne qu'elle accuse d'avoir été sa proxénète. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le procureur de la République se serait prononcé sur les faits dont il était saisi. Dans ces conditions, Mme C, dont la présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public, peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en application de L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. E suite, le préfet du Val-d'Oise ne pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que, E voie de conséquence, l'annulation des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. L'exécution du présent jugement implique seulement que la situation de Mme C soit réexaminée et qu'une autorisation provisoire de séjour lui soit délivrée jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme C étant admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Thisse renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Thisse de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 26 avril 2022 du préfet du Val-d'Oise est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme C dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement et de lui remettre, jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur son cas, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Thisse au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat et que Mme C soit définitivement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée directement à Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Thisse et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public E mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
signé
S. B
Le greffier,
signé
J.-L. MICHELLa République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026