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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202059

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202059

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202059
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantMATRAND LUCILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mai 2022, Mme C A D, représentée par Me Matrand, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui accorder un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure d'examiner sa demande de titre de séjour pour raisons de santé dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Mme A D n'était ni présente ni représentée.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante ivoirienne née le 16 janvier 1983, demande l'annulation de l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui accorder un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, dont la motivation n'est pas stéréotypée, énonce, eu égard à l'objet de chacune des décisions qu'il comporte, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la fiche de situation remplie lors de la demande d'asile, que Mme A D n'a déclaré aucune maladie à l'administration. Par suite, en mentionnant dans l'arrêté litigieux que la requérante n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni n'a indiqué être atteinte d'une maladie pour laquelle elle ne pourrait pas être soignée dans son pays d'origine, le préfet de l'Eure n'a pas commis d'erreur de fait.

5. En troisième lieu, si Mme A D fait valoir qu'elle souffre d'une spondylodiscite, le compte rendu du scanner du rachis lombaire du 9 mars 2022 qu'elle produit et qui se borne à faire état de la présence d'une sténose foraminale bilatérale d'origine disco-ostéophytique et inter-apophysaire et de lésions destructrices des plateaux vertébraux avec une érosion corticale, ne permet pas de démontrer qu'un défaut de prise en charge médicale pourrait entraîner pour l'intéressée des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni qu'elle serait en outre dans l'impossibilité de recevoir un traitement adapté à son état de santé en Côte d'Ivoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A D, qui est entrée en France, selon ses déclarations, à l'âge de trente-six ans, est mère de trois enfants mineurs, dont deux résident en Côte d'Ivoire. Elle ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle ni n'établit, ainsi qu'il a été dit au point précédent, être dans l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en obligeant la requérante à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur sa situation personnelle et familiale.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A D est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A D, à Me Matrand et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

signé

S. B

Le greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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