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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202091

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202091

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202091
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantLECLERCQ & TARTERET AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 mai 2022 et le 24 mars 2023, M. C A B, représenté par Me Garraud, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de condamner le centre communal d'action sociale (CCAS) de Fécamp à lui verser la somme de 2 533,40 euros au titre de l'indemnité de fin de contrat, de 253,34 euros au titre des congés payés afférents à l'indemnité de fin de contrat, de 2 533,34 euros au titre des congés payés, de 399,75 euros au titre des indemnités journalières ;

2°) de mettre à la charge du CCAS de Fécamp une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que la mise en demeure du 12 novembre 2021 ne peut être qualifiée de demande indemnitaire préalable ;

- il a droit au versement d'une indemnité de fin de contrat en application de l'article 41-1-1 du décret du 6 février 1991 d'un montant de 2 533,40 euros, outre une indemnité de congés payés pour un montant de 253,34 euros ;

- il a droit à la somme de 2 533,34 euros au titre des congés payés qu'il n'a pas pris correspondant à 10 % des salaires perçus conformément à l'article 8 du décret du 6 février 1991 ;

- le CCAS de Fécamp doit lui reverser la somme de 399,75 euros qu'il a perçue de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) au titre des indemnités journalières pour la période du 13 au 30 septembre 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, le centre communal d'action sociale de Fécamp, représenté par Me Tarteret, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive, car la décision de rejet de la demande indemnitaire préalable du 13 avril 2022 n'est qu'une décision confirmative d'une précédente décision implicite ayant rejeté une première demande indemnitaire préalable formulée par le requérant le 12 novembre 2021 ;

- le requérant ne peut utilement invoquer le versement d'une indemnité de fin de contrat dès lors qu'il n'entre pas dans le champ d'application de l'article 41-1-1 du décret du 6 février 1991 ; subsidiairement, le montant sollicité devra être réduit à de plus justes proportions ;

- M. A B ne peut prétendre au versement d'une indemnité de congés payés alors qu'il a soldé l'ensemble de ses congés payés ; en tout état de cause, aucun principe ne permet à un agent de bénéficier d'une indemnité compensatrice de congés payés faute d'avoir soldé ses congés ;

- le requérant a perçu l'intégralité de son traitement durant le mois de septembre et ne peut dès lors prétendre au remboursement des sommes versées par la CPAM.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions indemnitaires fondées sur le non-reversement des indemnités journalières portent sur ses droits en sa qualité d'assuré social et ne relèvent donc pas, eu égard à leur nature, de la compétence de la juridiction administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boucetta,

- et les conclusions de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été recruté, à compter du 1er juillet 2020, par le CCAS de Fécamp afin d'exercer les fonctions de moniteur éducateur au sein du foyer Saint-Michel de Fécamp, par la voie de contrats à durée déterminée renouvelés successivement jusqu'au 30 septembre 2021. L'intéressé a été suspendu à titre conservatoire à compter du 14 juin 2021 en raison d'accusations d'agressions sexuelles formulées par des enfants accueillis au sein du foyer. Après avoir reçu son solde de tout compte, M. A B a sollicité, par lettre du 12 novembre 2021, le versement d'une indemnité compensatrice de congés payés, d'une indemnité de fin de contrat et le reversement d'indemnités journalières. Aucune réponse expresse n'a été apportée à ce courrier. Par une nouvelle lettre du 14 février 2022, le requérant, par l'intermédiaire de son conseil, a réitéré sa demande pour un montant total de 5 719,83 euros. Cette demande a été rejetée le 13 avril 2022. Dans le cadre de la présente instance, M. A B demande la condamnation du CCAS de Fécamp à lui verser cette même somme.

Sur les conclusions indemnitaires relatives aux indemnités journalières :

2. Les articles L. 142-1 à L.142-3 du code de la sécurité sociale attribuent compétence au tribunal judiciaire pour connaître des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale. En ce qui concerne les fonctionnaires ou agents de l'Etat et des collectivités publiques, le critère de la compétence des organismes du contentieux de la sécurité sociale est lié, non à la qualité des personnes en cause, mais à la nature même du différend. Aux termes de l'article R. 323-11 du même code, " lorsque le salaire est maintenu en totalité, l'employeur est subrogé de plein droit à l'assuré, quelles que soient les clauses du contrat, dans les droits de celui-ci aux indemnités journalières qui lui sont dues ".

3. M. A B demande le reversement par le CCAS de Fécamp de la somme de 399,75 euros correspondant aux indemnités journalières qu'il a perçues directement de la CPAM du Havre dans le cadre de la subrogation légale prévue par le code de la sécurité sociale. Toutefois, cette contestation se rattache à la récupération de prestations versées à un assuré social en application du code de la sécurité sociale et ne relève donc pas, eu égard à sa nature, de la compétence de la juridiction administrative. Dans ces conditions, ces conclusions indemnitaires doivent être rejetées comme étant portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense tirée de la tardiveté des conclusions indemnitaires :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet () ".

5. Aux termes de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de l'article L. 112-6 du même code qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ".

6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics.

7. Il résulte de l'instruction que M. A B a adressé le 12 novembre 2021 une lettre visant à obtenir notamment le versement d'une indemnité de fin de contrat et d'une indemnité compensatrice de congés payés, dont il n'est pas contesté qu'elle a été réceptionnée au plus tard le 18 novembre 2021 par le CCAS de Fécamp. La décision implicite de rejet née le 18 janvier 2022 du silence gardé par l'administration pendant deux mois est devenue définitive le 18 mars 2022. Si le requérant a réitéré, le 14 février 2022, sa demande indemnitaire, la décision de refus expresse qui lui a été opposée le 13 avril 2022, intervenue postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux qui courrait contre la décision implicite n'avait, en l'absence de circonstances de fait ou de droit nouvelles, qu'un caractère confirmatif du précédent refus implicite et n'était pas de nature à rouvrir ou proroger les délais de recours contentieux. Par suite, les conclusions indemnitaires de M. A B enregistrées au greffe du tribunal le 16 mai 2022 sont tardives et doivent donc être rejetées comme étant irrecevables.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas recevable à demander la condamnation du CCAS de Fécamp.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties formulées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions tendant au reversement des indemnités journalières sont rejetées comme portées devant un ordre de juridictions incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 3 : Les conclusions du CCAS de Fécamp tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au centre communal d'action sociale de Fécamp.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

H. BOUCETTA

La présidente,

Signé

C. BOYERLe greffier,

Signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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