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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202102

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202102

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202102
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantSOW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

F une requête et un mémoire, enregistrés le 20 mai 2022 et le 27 juin 2022, Mme A C, représentée F Me Sow, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de constater l'incompétence d'un juge unique pour connaître de sa requête ;

3°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2022 F lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de son renvoi ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros F jour de retard ;

5°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 150 euros F jour de retard ;

6°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet de l'Eure de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros F jour de retard ;

7°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que :

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle repose sur un refus de séjour illégal car :

* elle a été adoptée F une autorité incompétente ;

* elle souffre d'une motivation insuffisante ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 17 du règlement UE n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

* S'agissant de la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :

- elle a été adoptée F une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations du 2° de l'article 7 de la directive 2008/115 UE.

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle souffre d'une motivation ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

F un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés F Mme C ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision F laquelle le président du tribunal a désigné M. D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ la directive 2008/115 UE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

­ le règlement UE n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 28 juin 2022, présenté son rapport et entendu les observations orales de Me Paraiso, substituant Me Sow, avocat représentant Mme C qui soutient que :

* le délai de reprise étant expiré la France est l'État responsable de sa demande d'asile ;

* elle a subi des violences en France qui justifieraient qu'un titre de séjour lui soit délivré ;

* les décisions méconnaissent sa vie privée et familiale.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 9 heures 35, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante camerounaise, née le 15 janvier 1983, est, selon ses dires, entrée sur le territoire français en 2019 où elle a déposé une demande d'asile qui a révélé l'existence d'une précédente demande déposée en Italie. Un arrêté de transfert a été adopté à l'encontre de l'intéressée le 29 janvier 2020, décision confirmée F jugement du tribunal de céans le 17 avril 2020. Mme C, qui n'a pas déféré à la mesure, a été placée en garde à vue le 18 mai 2022 pour des faits de violence conjugale. F décision du 18 mai 2022, le préfet de l'Eure a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai aux motifs que Mme C est entrée et s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français sans effectuer aucune démarche, qu'elle a déclaré ne pas souhaiter rentrer dans son pays d'origine, qu'elle ne présente aucun document de voyage, que se déclarant veuve et ayant un enfant au Cameroun, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, que sa situation personnelle ne permet pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que sa situation ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que rien ne s'oppose à ce qu'elle soit obligée de quitter le territoire français. Mme C demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit F le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit F la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée F le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme F l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C à l'aide juridictionnelle.

Sur la formation de jugement compétente :

3. Il ressort des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient au magistrat désigné F le président du tribunal de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté en litige, lequel oblige Mme C à quitter le territoire français au titre du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux trois décisions :

4. En premier lieu, Mme B E qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de l'Eure en date du 11 février 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.

5. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de Mme C F le préfet de l'Eure sont donc suffisamment motivées.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français a été adoptée au motif tenu de l'entrée et du maintien irréguliers sur le territoire français de la requérante, alors qu'il ne ressort d'aucun élément du dossier que le préfet de l'Eure ait adopté une décision de refus de séjour à l'encontre de Mme C. Le préfet de l'Eure ne peut d'ailleurs pas être regardé comme ayant, F l'arrêté en litige, implicitement refusé ce séjour au motif que la France serait devenue responsable de la demande d'asile de la requérante dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que, si l'État français est devenu responsable de cette demande le 18 octobre 2021, après l'expiration du délai de dix-huit mois institué F l'article 29 du règlement UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 en raison de la situation de fuite de l'intéressée, cette demande a toutefois, avant l'édiction de l'arrêté contesté, été implicitement rejetée à la suite du silence gardé pendant plus de quatre mois F l'administration alors que Mme C n'indique pas que, après que la France ait été regardée comme État responsable, elle aurait accompli en temps utile les diligences nécessaires afin de se voir délivrer une attestation de demande d'asile et déposer sa demande auprès de l'OFPRA. Ainsi, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre le refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

7. En second lieu, Mme C, qui serait entrée sur le territoire français en 2019, soutient que le centre de ses attaches privées et familiales serait en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée, se déclarant veuve et mère d'un enfant demeurant au Cameroun, n'est entrée en France qu'à l'âge de trente-six ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine. Elle ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement insérée socialement et professionnellement dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressée en France, et pour terribles que puissent être les épreuves qu'elle a eu à connaître au sein du couple qu'elle formait avec un ressortissant français, il n'est pas établi que la décision du préfet de l'Eure en date du 18 mai 2022 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C alors que les stipulations de l'article 17 du règlement UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ne peuvent être utilement invoquées.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

8. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 est inopérant dès lors que celle-ci a fait l'objet de mesures de transpositions dont la complétude et la conventionnalité ne sont pas remises en cause.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

9. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les motifs exposés au point 7.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 mai 2022 F lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de son renvoi. F voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Sow, et au préfet de l'Eure.

Rendu public F mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

T. D

La greffière,

F. HAY

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