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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202109

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202109

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202109
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantHUON SARFATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 mai 2022 ainsi que les 28 février et 27 avril 2023, M. C Merlin demande au tribunal :

1°) d'annuler le contrat de travail à durée déterminée conclu le 21 février 2022 par lequel le maire de Bois-Normand-Près-Lyre a recruté à compter du 26 mars 2023 Mme B A en qualité d'adjoint administratif territorial principal de 1ère classe à temps non complet pour une durée hebdomadaire de 15 heures ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bois-Normand-Près-Lyre la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête n'est pas tardive ;

- la procédure de recrutement sur un emploi permanent n'a pas été respectée, le maire ayant souhaité favoriser le recrutement d'une amie ;

- le contrat a été signé le 21 février 2022 alors que la séance du conseil municipal a eu lieu le 24 février 2022 sans qu'aucune information sur les conditions du contrat ait été communiquée aux conseillers municipaux ;

- aucune délibération n'a été adoptée pour la création du poste et le recrutement d'un agent contractuel sur le fondement de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 ;

- la date limite de réponse des candidatures n'a pas été respectée puisque le contrat a été signé le jour même du dépôt de l'offre d'emploi ;

- le maire n'a procédé à aucune présélection ni n'a accusé réception des candidatures alors qu'un fonctionnaire a déposé une candidature ;

- aucun constat du caractère infructueux du recrutement d'un fonctionnaire sur cet emploi n'a été fait avant la signature du contrat ;

- le contrat a été précédé d'un autre contrat rémunéré malgré l'absence de délibération du conseil municipal ;

- aucun entretien n'a été conduit par au moins deux personnes.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 février et 17 mai 2023, la commune de Bois-Normand-Près-Lyre, représentée par Me Huon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. Merlin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- elle ne respecte pas les exigences posées à l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- les moyens que soulève le requérant ne sont pas fondés.

La requête et les mémoires ont été communiqués à Mme B A qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le décret n° 2019-1414 du 19 décembre 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Guiral,

- les conclusions de Mme D,

- et les observations de Me Garceries substituant Me Huon, représentant la commune de Bois-Normand-Près-Lyre.

Considérant ce qui suit :

1. Par un contrat d'engagement à durée déterminée conclu le 21 février 2022, le maire de Bois-Normand-Près-Lyre a recruté à compter du 26 mars 2023 Mme A en qualité d'adjoint administratif territorial principal de 1ère classe à temps non complet pour une durée hebdomadaire de 15 heures afin d'exercer les fonctions de secrétaire de mairie. M. Merlin, conseiller municipal, demande l'annulation de ce contrat.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

3. Si, comme il est soutenu par la commune, M. Merlin a participé au conseil municipal du 24 février 2022, aucune des délibérations examinées lors de cette séance n'impliquait la conclusion du contrat de recrutement de Mme A dont le contenu n'a d'ailleurs pas été porté à cette occasion à la connaissance du requérant. Il suit de là que M. Merlin ne peut être réputé avoir eu une connaissance acquise du contrat le 24 février 2022. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le requérant aurait eu connaissance, plus de deux mois avant la saisine du tribunal administratif, du contenu du contrat de recrutement. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge ". Contrairement à ce que soutient la commune, la requête de M. Merlin, qui contient les conclusions soumises au juge, énonce, de manière suffisamment précise, les faits ainsi que les moyens qui sont analysés dans les visas du présent jugement. Elle satisfait ainsi aux exigences de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. La fin de non-recevoir opposée à ce titre doit dès lors être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Les membres de l'organe délibérant d'une collectivité territoriale ou d'un groupement de collectivités territoriales justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour contester, devant le juge de l'excès de pouvoir, les contrats de recrutement d'agents non titulaires par la collectivité ou le groupement de collectivités concerné. Eu égard aux intérêts dont ils ont la charge, les membres de l'organe délibérant d'une collectivité territoriale ou d'un groupement de collectivités territoriales peuvent invoquer tout moyen à l'appui d'un recours contre de tels contrats de recrutement.

6. Aux termes de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : () / 3° Pour les communes de moins de 1 000 habitants () ". Aux termes de l'article 41 de la même loi : " Lorsqu'un emploi permanent est créé ou devient vacant, l'autorité territoriale en informe le centre de gestion compétent qui assure la publicité de cette création ou de cette vacance, à l'exception des emplois susceptibles d'être pourvus exclusivement par voie d'avancement de grade ". Aux termes de l'article 2-2 du décret du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " Les recrutements pour pourvoir les emplois permanents de la fonction publique territoriale relevant des cas de recours aux agents contractuels prévus aux articles 3-1, 3-2 et 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée sont régis par les dispositions du chapitre Ier du décret n° 2019-1414 du 19 décembre 2019 relatif à la procédure de recrutement pour pourvoir les emplois permanents de la fonction publique ouverts aux agents contractuels et par celles des articles 2-3 à 2-10 du présent décret ". Aux termes de l'article 2 du 19 décembre 2019 relatif à la procédure de recrutement pour pourvoir les emplois permanents de la fonction publique ouverts aux agents contractuels : " II. - L'autorité compétente assure la publication de l'avis de vacance ou de création de l'emploi permanent à pourvoir sur l'espace numérique commun aux trois fonctions publiques dans les conditions prévues par le décret du 28 décembre 2018 mentionné ci-dessus. Lorsqu'il n'est pas prévu d'obligation de publication sur cet espace numérique commun, elle assure la publication de l'avis de vacance ou de création sur son site internet ou, à défaut, par tout moyen assurant une publicité suffisante. III. - L'avis de vacance ou de création de l'emploi est accompagné d'une fiche de poste qui précise notamment les missions du poste, les qualifications requises pour l'exercice des fonctions, les compétences attendues, les conditions d'exercice et, le cas échéant, les sujétions particulières attachées à ce poste. Elle mentionne le ou les fondements juridiques qui permettent d'ouvrir cet emploi permanent au recrutement d'un agent contractuel. La fiche de poste indique également la liste des pièces requises pour déposer sa candidature et la date limite de dépôt des candidatures. IV. - Les candidatures sont adressées à l'autorité mentionnée dans l'avis de vacance ou de création de l'emploi permanent à pourvoir dans la limite d'un délai qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à un mois à compter de la date de publication de cet avis selon les modalités prévues au II ".

7. Il résulte de ces dispositions que, pour assurer un égal accès aux emplois publics, l'autorité territoriale doit, même en cas de renouvellement d'un contrat de travail à durée déterminée, procéder à l'accomplissement des mesures de publicité de l'avis de vacance d'emploi permanent lequel fixe, notamment, le délai de dépôt des candidatures qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à un mois à compter de la date de publication.

8. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il résulte de l'instruction qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

9. Il ressort des pièces du dossier que le contrat de recrutement de Mme A a été conclu le 21 février 2022, alors que l'offre d'emploi, publiée le jour même, fixait la date limite de dépôt des candidatures au 23 mars 2022. Dès lors, et comme le soutient le requérant, le maire n'a pas respecté le délai d'un mois fixé par l'offre d'emploi pour permettre le dépôt d'autres candidatures. Ce délai, qui a pour effet d'interdire aux autorités investies du pouvoir de nomination de procéder au recrutement d'un agent contractuel avant qu'il ne soit expiré, constitue une garantie. Par suite, le contrat de recrutement de Mme A, qui a été signé à l'issue d'une procédure irrégulière, est illégal et doit être annulé pour ce seul motif.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. Merlin est fondé à demander l'annulation du contrat de recrutement de Mme A.

Sur les frais liés à l'instance :

11. M. Merlin, qui n'est pas représenté par un avocat, n'établit ni même n'allègue avoir exposés des frais à l'occasion de la présente instance. Par suite, la demande qu'il présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée. En outre, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que le requérant, qui n'est pas la partie perdante, verse la somme réclamée par la commune de Bois-Normand-Près-Lyre au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Le contrat de recrutement conclu le 21 février 2022 entre Mme A et la commune de Bois-Normand-Près-Lyre est annulé.

Article 2 : Les conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C Merlin, à Mme B A et à la commune de Bois-Normand-Près-Lyre.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le rapporteur,

S. GUIRALLa présidente,

C. BOYER

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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