mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202136 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | AURIAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête du 20 mai 2022, régularisée le 10 juin 2022, ainsi qu'un mémoire en réplique enregistré le 6 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Auriau, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'erreur de droit, le préfet lui ayant opposé l'absence de visa de long séjour et de contrat visé par les autorités compétentes, sur le fondement de l'accord franco-malien du 26 septembre 1994 ;
- a été rendu au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet de lui avoir communiqué les avis émis par la police aux frontières sur ses documents d'état civil ;
- lui a été notifié dans des conditions irrégulières ;
- méconnaît les dispositions de l'article 47 du code civil ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- l'ordonnance du 26 août 2022 fixant la clôture de l'instruction au 26 septembre 2022 à 12h ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Le Vaillant, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique
Considérant ce qui suit :
1. Le requérant déclare être entré en France en novembre 2018. Par un jugement du tribunal pour enfants de A du 15 janvier 2019, l'intéressé a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance. Le 27 novembre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 30 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il contient, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucune disposition ni d'aucun principe général et, particulièrement, du principe général des droits de la défense, qui implique notamment le respect d'une procédure contradictoire préalable, que l'autorité préfectorale, lorsqu'elle entend remettre en cause l'authenticité des actes d'état civil produits par un étranger au soutien de sa demande de titre de séjour ou la réalité des informations y figurant, serait tenu d'informer celui-ci des conclusions des rapports émis par les services de police sur ces actes. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.
4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des conditions dans lesquelles l'arrêté du 30 mars 2022 lui a été notifié.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "
6. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ", aux termes duquel : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. "
7. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
8. Le préfet de la Seine-Maritime a considéré, au regard en particulier des rapports émis par les services de la police aux frontières les 21 et 25 mai 2022, que les actes d'état civil dont s'est prévalu le requérant au soutien de sa demande d'admission au séjour, concernant M. C B né le 5 juin 2002 à Bandiougoula/Yélimané (Mali), ne pouvaient pas être regardés comme étant authentiques et que, dès lors, l'intéressé ne justifiait pas avoir été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans. Il ressort de ces rapports que les services de la police aux frontières ont considéré que l'acte de naissance n° 208/SJS du 13 mai 2020 et l'extrait d'acte de naissance n° 208/SJS du 13 mai 2020 étaient " contrefaits ", relevant des irrégularités de forme s'agissant des fonds d'impression des mentions pré-imprimées, du centrage et de l'alignement, du mode d'impression de la numérotation et de l'indication de certaines dates en chiffres et non en lettres, ainsi que l'absence de numéro national d'identification institué par la loi malienne du 11 août 2006. Toutefois, il ressort du rapport d'analyse du jugement supplétif n° 128 du tribunal civil de Yélimané, dont les informations, y compris la date de naissance de l'intéressé, concordent avec celles portées sur l'acte et l'extrait d'acte de naissance n° 208/SJS dont la réalité n'est pas remise en cause en tant que telle, que les services de la police aux frontières n'ont émis qu'un " avis défavorable ", relevant seulement, au demeurant sans entreprendre de comparaison avec un spécimen considéré comme authentique, les circonstances que le document a été réalisé sur papier ordinaire et que certaines mentions pré-imprimées ne sont pas alignées et centrées. Dès lors, nonobstant l'appréciation portée par ces services, dont le préfet s'est approprié les conclusions, s'agissant de l'acte de naissance et de l'extrait d'acte de naissance du requérant, l'autorité administrative n'apporte pas d'éléments suffisamment probants susceptibles de faire regarder les documents d'état civil du requérant comme irréguliers, falsifiés ou comme faisant état de faits ne correspondant pas à la réalité, s'agissant en particulier de sa date de naissance. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime a méconnu les dispositions de l'article 47 du code civil et de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en opposant, pour refuser de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement, la circonstance qu'il ne pourrait pas être regardé comme ayant été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans.
9. Cependant, le préfet de la Seine-Maritime pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est également fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé n'avait pas terminé sa formation professionnalisante, dont il ne justifiait pas du suivi réel et sérieux et qu'il ne faisait pas état d'une intégration particulière dans la société française. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été inscrit au centre de formation des apprentis Simone Veil de A, du 13 septembre 2020 au 9 juillet 2021, pour la préparation d'un certificat d'aptitude professionnelle " employé de vente " option " production alimentaire ". Dans ce cadre, il a conclu en dernier lieu un contrat d'apprentissage avec la SARL CAM du 3 septembre 2020 au 8 août 2021. S'il a tout d'abord soutenu avoir obtenu ce diplôme, M. B reconnaît, dans son mémoire en réplique, ne pas avoir mené à terme sa formation, sans justifier d'aucun motif particulier. En outre, le requérant ne produit aucun avis de sa structure d'accueil sur son insertion dans la société française. Il résulte de ce qui précède que l'administration aurait, dès lors, pris la même décision si elle n'avait retenu que ce seul motif pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour.
10. En cinquième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Maritime aurait examiné la demande d'admission au séjour de M. B sur le fondement de l'accord franco-malien du 26 septembre 1994, ni n'aurait fondé sa décision sur la circonstance qu'il ne disposait pas d'un visa de long séjour. L'arrêté attaqué se borne à faire état de ces éléments au soutien d'une appréciation globale portée sur la situation de l'intéressé. En tout état de cause, à supposer même que le préfet ait entendu faire de ces éléments un motif de sa décision portant refus de séjour, il résulte de ce qui a été dit au point 9 qu'il aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que le seul motif rappelé ci-dessus.
11. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français en novembre 2018, à l'âge de seize ans et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfant le 15 janvier 2019. Il fait valoir qu'il a été engagé en contrat à durée déterminée à compter du 1er mars 2021, puis en contrat à durée indéterminée à compter du 1er août 2021, par l'entreprise auprès de laquelle il effectuait son apprentissage, qui atteste de la satisfaction qu'il apporte. Cependant, l'entrée sur le territoire de M. B demeurait récente à la date de la décision attaquée, il n'a pas mené à terme sa formation professionnalisante, dans les conditions rappelées au point 9, et il ne justifie d'aucune intégration particulière dans la société française, outre son activité professionnelle. S'il soutient que sa mère et son père serait décédés au Mali, respectivement en février 2018 et en novembre 2019, il ressort du jugement du tribunal de grande instance de A du 2 avril 2019 qu'il avait alors déclaré que son père était décédé en février 2018 et que sa mère vivait toujours au Mali. Par ailleurs, M. B ne fait état d'aucune attache familiale en France. Dans ces conditions, en dépit du jeune âge du requérant lors de son entrée sur le territoire, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour et en l'ayant obligé à quitter le territoire français, eu égard aux buts poursuivis par ces décisions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
A. LE VAILLANT
Le président,
Signé
P. MINNELe greffier,
Signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026