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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2202152

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2202152

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2202152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête, enregistrée le 24 mai 2022, Mme A B, représentée D Me Boyle, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2022 D lequel le préfet de l'Eure lui a refusé le séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros D jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ; subsidiairement, de lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que les décisions :

* ont été adoptées D une autorité incompétente ;

* souffrent d'une motivation insuffisante dans la mesure où, notamment, la décision de délai de départ volontaire ne prend pas pleinement en compte sa situation personnelle ;

* ont été adoptées alors que la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) n'avait pas été lue ou sans que cette date n'apparaisse dans les motifs de l'arrêté ;

* procèdent d'une erreur de droit dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 423-236 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* procèdent d'une erreur d'appréciation car le motif de sa demande de séjour relatif à son état de santé n'a pas été examiné ;

* méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

D un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés D Mme B ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision du 8 juin 2022 D laquelle Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

­ la décision D laquelle le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 28 juin 2022, présenté son rapport et entendu les observations orales de Me Boyle, avocat représentant Mme B qui soutient que :

* sa demande de rendez-vous pour déposer un titre en raison de son état de santé date du 1er septembre 2021 soit quelque jours après qu'elle eut connaissance de son état de santé ;

* elle ne savait pas qu'il existait un délai afin de déposer une demande de titre de séjour sur un autre fondement que l'asile ;

* elle n'a rencontré un avocat que postérieurement à la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 9 heures 15, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante nigériane, née le 21 février 1987, est, selon ses dires, entrée sur le territoire français le 8 juin 2019. Elle a déposé une demande d'asile le 16 juin 2020 qui a été rejetée D l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 10 août 2021 et D la CNDA le 22 avril 2022. D décision du 5 mai 2022, le préfet de l'Eure a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que Mme B ne peut se prévaloir de la qualité de réfugié, qu'elle ne bénéficie plus du droit de se maintenir en France, qu'elle n'a pas déposé de demande de titre de séjour pour un motif autre que l'asile dans le délai qui lui était imparti, que sa demande déposée le 15 octobre 2021 a été regardée comme irrecevable, que son époux fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, que deux de leurs enfants résident au Nigéria, qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans, que sa situation personnelle ne permet pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que sa situation ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que rien ne s'oppose à ce qu'il soit obligé de quitter le territoire français. Mme. B demande l'annulation de ces décisions

2. En premier lieu, Mme isabelle Dorliat-Pouzet, secrétaire générale de la préfecture de l'Eure, qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de l'Eure en date du 22 mars 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de Mme B D le préfet de l'Eure sont donc suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, le moyen tiré de l'absence de lecture de la décision de la CNDA du 22 avril 2022 ou du défaut de mention de cette date dans l'arrêté en litige manque en fait.

5. En quatrième lieu, alors que Mme B n'a pas déposé de demande de titre de séjour en raison de sa vie privée et familiale et que le préfet ne s'est pas livré d'office à un tel examen, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est inopérant, doit être écarté.

6. En cinquième lieu, d'une part, la demande de titre de séjour déposée D Mme B le 15 octobre 2021 au motif de son état de santé a été regardée comme irrecevable le 15 octobre 2021. D'autre part, l'arrêté en litige se borne à refuser le séjour de Mme B sur le territoire français au regard de sa demande d'asile. D suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de l'existence d'un autre motif de demande de séjour ne peut qu'être écarté.

7. En sixième lieu, Mme B, qui serait entrée sur le territoire français le 8 juin 2019, soutient que l'arrêté querellé porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée mariée à un compatriote faisant également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et mère de quatre enfants nés en 2012, 2013, 2020 et 2022, n'est entrée en France qu'à l'âge de trente-deux ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine où elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches dans la mesure notamment où ses deux ainés y résident. Elle ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement insérée socialement et professionnellement dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressée en France, il n'est pas établi que l'arrêté du préfet de l'Eure en date du 5 mai 2022 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'il aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté contesté n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B.

8. En dernier lieu, si Mme B soutient que sa vie et sa liberté seraient menacées en cas de retour dans son pays d'origine, elle n'apporte toutefois au soutien de ses allégations, aucun élément de nature à justifier de leur bien fondé. Ainsi, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté aurait été adopté en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B, dont les conclusions relatives à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet, n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 5 mai 2022 D lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. D voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

T. C

La greffière,

F. HAY

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