jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2202171 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | SEYREK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 mai 2022, M. B E, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 17 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse Mme C épouse E ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui accorder le regroupement familial sollicité au bénéfice de son épouse, ou à défaut de réexaminer sa demande, dans les deux cas, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés et que M. E a un revenu mensuel inférieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol,
- et les observations de Me Seyrek, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E, ressortissant algérien, né le 25 août 1988, titulaire d'un certificat de résidence en cours de validité, a sollicité une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme A F C épouse E, ressortissante algérienne née le 28 mars 1992. Par une décision du 17 janvier 2022, dont M. E demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande de regroupement familial au bénéfice de Mme C, épouse E.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 21-093 du 25 octobre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n° 76-2021-185 du 29 octobre 2021, le préfet de ce département a donné délégation à Mme D, sous-préfète du Havre, à l'effet de signer, notamment, tous les arrêtés relevant de ses attributions, dans les limites de l'arrondissement du Havre, à l'exception de certaines décisions dont ne fait pas partie la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 4 décembre 2021 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne que la demande de M. E est rejetée, dès lors que l'intéressé a commis des faits de violence qui ont été condamnés pénalement et vise les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les dispositions du 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Une telle motivation, en ce qu'elle permet aux intéressés de comprendre, à la seule lecture de la décision, les éléments de fait et de droit qui motivent le refus de regroupement familial qui lui a été opposé, est suffisante. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : /1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ;/ 2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France. / Peut être exclu de regroupement familial :1 - un membre de la famille atteint d'une maladie inscrite au règlement sanitaire international ; 2 - un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français. " Et aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; /2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. "
5. Pour rejeter la demande de regroupement familial de M. E, le préfet de la Seine-Maritime a estimé que celui-ci ne se conformait pas aux principes essentiels qui régissent la vie familiale en France. Toutefois, les dispositions du 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lesquelles le bénéfice du regroupement familial peut être refusé au demandeur ne se conformant pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, et sur lesquelles le préfet a fondé la décision attaquée, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Au demeurant, l'accord franco-algérien ne comporte pas de stipulations semblables susceptibles de fonder un refus d'autorisation de regroupement familial pour un tel motif. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit selon lequel le préfet a opposé à tort à M. E les dispositions du 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elles ne sont pas applicables aux ressortissants algériens doit être accueilli.
6. Cependant, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
7. Pour justifier la décision attaquée, le préfet de la Seine-Maritime fait valoir en défense que le revenu mensuel du requérant est inférieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) et que, si depuis le 1er février 2021, celui-ci exploitait une société de services de coursiers urbains, la viabilité et la stabilité de son activité professionnelle ne sont pas démontrées. Le préfet doit ainsi être regardé comme sollicitant du tribunal une substitution de motifs.
8. Il résulte des stipulations précitées de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 que la demande de regroupement familial peut être légalement rejetée si le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille à condition que ses ressources soient strictement inférieures au SMIC.
9. En l'espèce, il n'est pas contesté par M. E qu'il travaille comme indépendant et qu'à la date de la décision attaquée, son revenu était inférieur au SMIC. M. E verse notamment à l'appui de sa requête son avis d'impôt sur les revenus établi en 2021 qui fait état d'un revenu fiscal de référence de 13 572 euros, inférieur au SMIC annuel au titre de 2020. Dans ces conditions, M. E ne justifiait pas, à la date de la décision, de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et à ceux de son épouse. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Seine-Maritime aurait pris la même décision en se fondant sur ce motif tiré de l'insuffisance des ressources de M. E à la date de la décision attaquée. Cette substitution de motifs, qui ne prive les requérants d'aucune garantie, doit être accueillie.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, comme en l'espèce, en cas de présence irrégulière sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il est constant que M. E vit en France depuis 2012, soit depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, et qu'il est titulaire depuis 2015 d'une carte de résident en cours de validité. Pour contester la décision attaquée, M. E fait état de ce qu'il est marié avec Mme C épouse E depuis le 28 juillet 2019 et que les faits qui lui sont reprochés sont anciens. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. E a été marié à une ressortissante française entre 2013 et 2018 et a obtenu un certificat de résidence valable dix ans en 2015 en tant que conjoint de français. Il ressort des mentions du bulletin n°2 du casier judiciaire de M. E que celui-ci a été condamné par le tribunal correctionnel du Havre le 7 mars 2019 pour des faits de violences commis en 2014 à l'encontre de son ex-conjointe. En outre, l'intéressé ne conteste pas les faits qui lui sont reprochés par le préfet de rébellion contre une personne dépositaire de l'autorité publique commis en 2015 et de menaces de mort réitérées commis en 2021. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de l'ancienneté du mariage de M. E et Mme C, épouse E et du comportement de M. E entre 2014 et 2021, le préfet n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision attaquée a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que ses conclusions au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Seyrek et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bailly, présidente,
M. Le Duff, premier conseiller et Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.
La rapporteure,
B. Esnol
La présidente,
P. Bailly La greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2202171
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026